- / LBR.ca / - Par un magnifique après-midi de tempête aux airs de fin du monde, en plein coeur de Chicoutimi, samedi le 15 janvier 2006, rue Racine, Café Cambio, 12h30, trois individus se sont donnés rendez-vous pour parler d'une langue, dans une langue aux sonorités qui font tendre l'oreille.
Tamara Koziej (et sa grenouille verte) de St-Honoré, Higinio García d'Alma et Michel Légaré de St-Prime, attendaient ce moment avec appréhension. Ils l'ont provoqué pour se livrer à leur passion commune : la pratique d'une langue curieuse créée en Pologne à la fin du XIXe siècle. Autour d'une petite table, une infusion d'orchidée aidant, du dynamisme de Tamara, de la prudence d'Higinio et de la réserve de Michel naissent tout naturellement, tout simplement, les germes du mouvement espérantiste au Saguenay-Lac-St-Jean. Après trois heures d'oscillations de la part du trio, cent dix-neuf années après que L.L.Zamenhof ait proposé au monde entier sa langue internationale, l'Espéranto, comme outil d'unité, la vague atteint maintenant, timidement, les rives du Lac St-Jean et du Saguenay. Dans ce café coopératif à l'ambiance décontractée, le trio sent maintenant, parfaitement, que les conditions sont remplies, sinon pour faire de la Sagamie la patrie des espérantistes, du moins pour couler le socle sur lequel le mouvement pourra s'appuyer plus tard.
Un moment magique au cours duquel on se prend à rêver naïvement du nombre d'espérantistes "sauvages" (les autodidactes indépendants) que l'on pourra sortir de l'isolement, du nombre de ceux qu'on pourra intéresser à l'apprentissage d'une langue dont personne n'a entendu parler, des espérantistes étrangers qui viendront de tous les horizons enrichir les soirées saguenéennes, etc. Tamara les imaginent tous dans son café vert dont elle espère l'ouverture l'été prochain à St-Honoré. Higinio y voit une occasion pour chacun d'améliorer la pratique de sa langue maternelle, tant il est vrai qu'on n'apprend pas une langue seconde sans développer un intérêt profond pour celle qu'on a reçue à la naissance (qui donc déjà affirmait que celui qui ne parle pas trois langues n'a pas de culture ?). Et moi, espérantiste frustré, apostat repenti, qui ne pense qu'à me libérer des grammaires d'espéranto pour enfin me délier la langue.
Une bourrasque menace la fenêtre du Café Cambio. Voilà qui soudainement nous ramène tous trois à la réalité. S'organiser. Oui, mais comment ? Tamara, à court de temps, mais jamais à court d'idées, dans un espéranto superbe, trace des jalons : les journalistes, les personnalités, le toit sur la tête, les cours, les rencontres, tout y passe ! On s'entend. Puis c'est l'apothéose : la photo qui passera à l'histoire. Le mouvement espérantiste est lancé dans nos têtes et dans nos coeurs. Ne reste plus qu'à officialiser la chose, à tout mettre en branle et à inviter les intéressés, espérantistes sauvages, espérantistes isolés ou futurs espérantistes, à venir gonfler les rangs de la nouvelle association. Tout est à faire, et tout se fera : la tempo aliancis kun ni, le temps a fait alliance avec nous !
Nous nous disons au revoir et partons chacun de notre côté, avec l'assurance de bien dormir ce soir, une étoile verte dans les yeux, le visage détendu et les poings relâchés.
Michel Légaré
St-Prime, le 18 janvier 2006
Pour plus d'informations sur le groupe, contacter :
Tamara Koziej 673-1934
Higinio García 662-4185
Michel Légaré 251-1896
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