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La bière en région : ça brasse!

Le secteur brassicole est aussi florissant qu’une fleur de houblon
2006-04-19 09:22 - Reportage

- /LBR.ca/ - Si la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean peut se targuer de sa légendaire grosse bière, elle peut aussi, désormais, tirer gloire de la qualité et de la variété des produits qu’elle a vus naître. La frénésie des micro-brasseries frappe aux portes du royaume des bleuets. Si l’on tient compte de la multiplication des épiceries et dépanneurs spécialisés, de la panoplie de brasseurs qui ouvrent des bistros ici et là, sans oublier la réponse positive de la clientèle grandissante, on peut parler d’un essor sans précédent. Plongeons dans l’univers de la bière, à l’heure où le secteur brassicole est aussi florissant qu’une fleur de houblon, et tout aussi effervescent qu’un col de mousse en plein débordement.

Pour comprendre le phénomène dans toute son ampleur, il faut se reporter à l’échelle du Québec. Et à ce titre, lorsque vient le temps d’expliquer l’engouement soudain pour la bière, plusieurs écoles de pensées se butent les unes contre les autres. Tchin-tchin!

«Les gens veulent boire du local, du québécois. Non pas par souveraineté, mais par fierté.» Voilà l’avis du propriétaire du Bistro L'Autre Oeil à Gatineau, Daniel Lagacé. «Il est possible de faire le tour du monde avec nos produits», dit-il pour compléter. En effet, les brasseries québécoises offrent un voyage gustatif intéressant :Unibroue surprend par son style belge, McAuslan séduit avec son style anglais alors que la brasserie Les Trois Mousquetaires flirte davantage avec le style allemand, pour ne nommer que celles-ci.

Le président de l’Institut de la bière (la plus importante association francophone d'amateurs de bière en Amérique du Nord), Claude Boivin, quant à lui, attribue le succès de «la plus noble et la plus saine des boissons» à plusieurs autres facteurs tels qu’ «une plus grande disponibilité de nouveaux produits et de bistro-brasseries, la grève de la SAQ qui a forcé certains amateurs de vins à découvrir la bière et la visibilité croissante de la bière dans les médias gastronomiques.» M. Boivin, qui est aussi auteur, journaliste brassicole, conférencier et juge en bières certifié – on comprendra ici que le monsieur connaît sa broue – croit que le mariage de la bière avec plusieurs mets et fromages est un autre facteur de popularité.

Si depuis quelques années, le trinqueur commun semble délaisser le simple plaisir de la brune de dépanneur, pour le luxe convivial d’un bock bien rempli, à même le fût le plus raffiné, Molson et Labatt ne perdent pas de terrain pour autant.

«Les gens ont connu d'autres bières que celles de Molson et Labatt avec... les importations de Molson et Labatt !» C’est ce que révèle l’éditrice et rédactrice en chef du journal Le Sous-Verre BièreMag, Annie Dumoulin. Si les grosses compagnies conservent leurs parts de marché, les petites se taillent quand même une place de choix. «Les micro-brasseries ont doublé leurs parts de marché depuis 2 ans, ce qui est tout de même à considérer», précise Mme Dumoulin pour illustrer l’ampleur de la croissance.

Son confrère Alex Ganivet-Boileau, rédacteur en chef adjoint au Sous-Verre, attribue principalement l’élan du secteur artisanal au bouche à oreille. «Des événements comme le Mondial de la Bière et la Fête Bières et Saveurs y sont aussi pour quelque chose, affirme-t-il, ça attire plusieurs milliers de personnes qui ne demandent qu'à découvrir de nouvelles bières. Les bières de masse des grosses brasseries n'ont pas d'âmes il n'y a pas ou peu de
passion dans leur élaboration […] alors les gens se tournent vers des bières artisanales, qui ont plus de personnalité.»

D’autre part, les écrits de plus en plus nombreux sur le sujet ne manquent pas d’alimenter les discussions. À ce propos, le Sous-Verre est publié tous les deux mois, gratuitement. Dans la région, il est possible de le lire à la Voie Maltée, à l’ombre d’une pinte tirée avec soin.

Toujours dans le domaine de l’écrit, il est plutôt inconcevable de passer à côté de l’un des pionniers en matière de bières au Québec. Auteur de plusieurs bouquins (plus d’une dizaine), goûteur érudit, professeur de dégustation et conférencier de surcroît; son nom rime avec bière, j’ai nommé Mario D’Eer. Ce type a pratiquement instauré la «biérologie» au Québec. De passage à l’occasion dans la région, M. D’Eer ne tarit pas d’éloges auprès des bières et des brasseurs de notre coin de pays. Plusieurs petits chefs-d'œuvre d’ici ont d’ailleurs reçu une note parfaite dans son dernier bouquin. Rejoint dans son Outaouais résidentiel, par le biais d’un appel téléphonique, M. D’Eer a accepté de commenter quelques brasseries de Ville Saguenay.

La Voie Maltée – Jonquière

«Le brassage des bières de la Voie Maltée est très pointu. Ce gars-là fait des grandes bières de dégustation. Il est très minutieux et ça donne toujours de bons résultats.»

La Tour à Bières – Chicoutimi

«Du côté de Chicoutimi, le brasseur de la Tour à Bières est un virtuose du malt. Il joue avec les malts pour aller chercher des profils de saveur intéressants. C’est probablement l’un des meilleurs au monde à ce niveau.»

La Korrigane (Café Bistro Victoria) – La Baie

«Finalement, à La Baie, la Korrigane interprète des grands classiques de la bière. Cette brasserie offre des produits de qualité.»

Si M. D’Eer a été charmé par la rondeur des trois arrondissements, ou du moins par celle leurs bières, il ne manque pas de féliciter aussi les épiceries spécialisées. Il lève notamment son chapeau au Marché Centre-Ville à Chicoutimi qui offre une variété d’environ 300 bières, entreposées selon les règles de l’art. D’ailleurs, avis aux amateurs, ce marché a déjà organisé deux festivals de la bière (Festibière) au cours des dernières années, et aux dires du gérant, Pierre Bouchard, qui est aussi conseiller en bières, l’expérience risque de se répéter. L’épicerie, située au bas de la rue Jacques-Cartier, vend aussi des verres, des coupes et autres contenants pour boire de la bière. Il faut croire que l’amateur se raffine, et en plus, il boit ses bières dans les récipients adaptés à chacun des styles.

Pour conclure sur la soudaine notoriété des bières artisanales, Mario D’Eer croit qu’il s’agit d’une évolution normale des goûts au sein de la population. «Il y a eu les produits bio, les différents cafés, le pain avec une quantité incroyable de céréales… et maintenant c’est le tour de la bière.»

Qu’elle soit artisanale, importée ou même commerciale, la bière a su redorer son image, aux mêmes teintes que ses robes les plus enivrantes. À la rencontre des flaveurs les plus recherchées, je lève mon verre aux bières de la région. Dans cette ère de mondialisation, le marché local a su se démarquer et faire preuve d’originalité. Petit train va loin. Bière qui roule n’amasse pas mousse!

Pierre-Luc Gagnon
pl.gagnon@lbr.ca

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