Lors du dévoilement du Tissu Social du FSR02, on reconnaît de gauche à droite, Joanie Bolduc, Vincent Gagnon, Josie-Ann Bonneau et Réjean Godin.
- / LBR.ca / - Tissu social du Forum social régional 02
Comme tant d’autres dans le monde
Nous avons commencé déjà à vivre
Les valeurs de la nouvelle société
Nous voulons, avec vous,
Bâtir cet autre monde
Qui est devenu possible
La société renaît constamment
Avec les jeunes et les jeunes d’esprit
Nous voulons être du nombre
Venez-nous rejoindre !
Nous cheminerons ensemble
A la reconquête de notre territoire =======================================================
Écho mondial
Sabrina Gauvreau, Claire Lavoie, Josie-Ann Bonneau, Stéphanie Fortin, Jocelyne Simard, Vincent Gagnon, Joanie Bolduc, Réjean Godin et Guylaine Boivin.
Plusieurs communiqués ont déjà annoncé le lancement du premier Forum social Mondial régional au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui aura lieu à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix les 22, 23 et 24 septembre 2006. Ce communiqué a comme objectif de présenter les grandes lignes du programme de l’événement.
Le Forum n’a pas de hiérarchie, ni de représentants officiels, mais seulement des organisateurs. C’est un lieu de débat libre et ouvert, et en même temps un mouvement. L’opposition à la mondialisation dominante et la création d’un autre monde possible sont les motivations qui font converger des participants et des participantes de différents horizons, de différentes positions politiques et provenant de différentes écoles de pensée. Tout le monde amène de l’eau au moulin et chacun a le droit de cuire en toute liberté son propre pain.
Il y a certaines lignes d’orientation qui ont caractérisé le Forum Social Mondial jusqu’à présent. Tout d’abord, il s’agit d’une critique des institutions internationales car certaines sont considérées non transparentes et très peu démocratiques. Elles s’approprient le développement mondial avec un pouvoir démesuré sur la vie et sur le destin des gens. Aussi, il s’agit d’une position claire contre la tendance qui prône la marchandisation du monde suivant une confiance excessive aux mécanismes du marché et favorisant ainsi, dans les faits, l’accumulation indue du capital avec les déséquilibres qui en résultent. Troisièmement, le forum intervient dans les débats internationaux avec une certaine efficacité. Il est destiné à influencer et à provoquer l’échec d’intérêts contraires aux valeurs d’un nouvel humanisme émergeant. Finalement, il s’agit d’une participation très ouverte embrassant les orientations des syndicats et des mouvements sociaux, tout en les dépassant.
De ces orientations découlent des valeurs qui deviennent objet de vigilance et de mobilisations massives. Ces valeurs sont d’assurer la primauté de l’éthique et de la justice sociale, de prôner l’égalité de tout le monde, tout en respectant et en mettant en relief les différences, de respecter les êtres humains et la nature, de travailler pour la solidarité dans les relations humaines et pour la protection de la culture, et ceci, dans le monde entier.
Le premier Forum social avec leadership des jeunes Le Forum social régional 02 est toujours le Forum social mondial, mais repris en région. Cependant, tout en étant une continuité des grandes questions mondiales, le Forum social régional 02 vise le développement de la région sous tous ses aspects. Une deuxième différence de grande importance s’ajoute : notre Forum social au Saguenay-Lac-Saint-Jean est le premier au monde où les jeunes, en minorité dans les autres Forums, ont pris en main le leadership de son orientation et de son organisation. Loin de se limiter à des dénonciations malheureusement parfois nécessaires, le Forum social régional 02 va plus loin : il vise directement des apports à la fois réalistes et audacieux, dans le but de bâtir le nouveau monde.
L’alternative En tant que continuité du Forum social mondial, le Forum social régional 02 continue à mettre en cause la mondialisation actuelle. Les raisons sont largement connues. D’abord, d’un point de vue pragmatique, cette mondialisation, malgré des aspects positifs indéniables, n’a pas produit les résultats escomptés. Au contraire! La mondialisation nous a embarqués dans un déséquilibre et un désordre mondial croissant qui ne cesse d’aggraver la sécurité dans la société à tous les niveaux : économique, social, politique, militaire, environnemental, et ainsi de suite. Le problème, c’est que la mondialisation telle qu’enclenchée actuellement empêche une majorité humaine d’accéder à des biens essentiels pour la vie. Elle est accompagnée d’un système de concurrence économique dont l’idéal administratif est souvent l’élimination du concurrent et le maintient le plus longtemps possible d’échanges inéquitables, divisant en deux les sociétés. Elle prend, dans le fait, le social comme un empêchement à la bonne administration, à la possession des ressources et à l’accès à la richesse sur lesquelles certains considèrent avoir tous les droits de possession. Cette mondialisation favorise ainsi ceux et celles qui sont en mesure d’en tirer profit et elle augmente constamment l’écart entre les classes sociales.
La mondialisation actuelle produit des aberrations dangereuses La mondialisation actuelle à grande échelle se nourrit de la corruption marchande des États et de la puissance des groupes transnationaux. Elle est incapable de donner des réponses valables aux abus de pouvoir des puissances économiques et politiques. Elle néglige l’abyme croissante entre possédants et dépossédés, puis considère l’armement comme une industrie rentable pour les États et une opportunité d’affaire comme tout les autres. Son irresponsabilité devant la destruction de l’environnement situé à la source de la vie humaine et planétaire commence à devenir criminelle. Au niveau régional, certains considèrent ces aberrations comme un mal nécessaire pour augmenter la croissance économique ou avoir des emplois. Plusieurs acteurs régionaux, devant l’impuissance de faire un autre développement, se sont repliés sur eux-mêmes se disant, dans le secret de leur intimité, que le déclin et le dépérissement produit ici et ailleurs n’a pas de sortie possible devant le bulldozer des multinationales et des acolytes du progrès à tout prix. Ils font cela en gardant la langue de bois du développement régional et de la démocratie.
Pour une autre mondialisation régionale La deuxième source d’inspiration du Forum, tout en reconnaissant l’immensité de la tâche de David contre Goliath, n’est pas contre la mondialisation en tant que telle, mais pour une autre mondialisation, pour une alternative valable. Le Forum Mondial social, critique envers soi-même, a déjà laissé la phase de l’antimondialisation, qui dénonce sans rien proposer, pour passer à la phase de l’altermondialisation c’est-à-dire à la recherche d’une véritable alternative. Au niveau régional, le développement est appelé à répondre tôt ou tard aux valeurs des nouvelles générations, telles que la défense et la protection et de notre environnement. La question démocratique devient ainsi une priorité. En prenant la concertation comme moyen indispensable pour produire de la synergie, elle n’échappe pas à des compromis qui, par la force des choses, restent enfermés dans le cercle restreint des élites dirigeantes, malgré l’indéniable bonne intention des élus pour s’ouvrir à la population. Nous sommes encore très loin d’avoir instauré une gouvernance où la société civile a la place qui lui est due. Par société civile, nous désignons l’ensemble de la population en tant que citoyens et citoyennes organisés en institutions, entreprises, associations, religions, regroupement, ONG, etc.
Renforcer le tissu social Ce premier Forum social au Saguenay-Lac-Saint-Jean se veut un pas collectif vers un développement alternatif par la création d’un espace de débat public où toutes les opinions sont considérées et respectées. Nous envisageons de créer un domaine public d’information et de communication accessible à tous, libre des distorsions politiques partisanes, des dividendes marchandes ou de dépendance de l’État, ceci afin que l’éthique évite toute manipulation concernant les informations d’intérêt public. Nous voulons créer à long terme les conditions requises pour faire participer le plus grand nombre de citoyens et citoyennes dans les décisions qui concernent leur destin, en réveillant leurs besoins de s’informer, de participer et de s’impliquer. Nous entendons par citoyen et citoyenne tout le monde sans exception, indépendamment du rôle directif, professionnel, politique, économique ou social qu’ils ou qu’elles jouent dans la société, ceci dans le but de partager l’information et d’enrichir les débats. Cette participation accrue des citoyennes et des citoyens est devenue incontournable pour augmenter notre intelligence collective en particulier dans la gouveranance. De ce fait, tous et toutes, sans exception, sommes appelés en tant que citoyens et citoyennes à être partie prenante de cette intelligence et à fournir notre apport dans les débats publics dont ce premier Forum social régional est une opportunité.
Favoriser le débat public Pour ce faire, ce premier Forum social régional se propose d’être un instrument permettant aux citoyens d’exprimer publiquement leurs aspirations et exposer leurs projets en cours ou futur. Qu’ils puissent exprimer leurs craintes et leurs attentes, leurs angoisses et leurs espérances, leurs préoccupations et leurs joies. Nous voulons que tout le monde puisse trouver le canal propice pour faire entendre sa voix dans un débat permanent sur notre présent et notre l’avenir, sans distinction d’appartenance ethnique ou social, économique ou politique, multinationale ou PME, élus ou non élus, religieuse ou laïque, jeune ou moins jeune.
Nos multinationales : pour ou contre une mondialisation civilisée? Il y a des questions régionales dont la portée est mondiale. L’importance de disposer de ressources, par exemple, est au cœur de l’autonomie économique productrice du développement. La dépendance que nous avons actuellement envers ceux qui administrent et profitent de nos ressources est structurale et elle ne nous permet pas de devenir à part entière des acteurs efficaces dans notre propre développement. On se pose ainsi des questions par rapport aux grands pouvoirs économiques des multinationales qui ont fini par devenir plus puissantes que les États, s’appropriant les meilleures ressources de la planète. Sans une autonomie économique raisonnable, nos élus, nos entreprises et notre population, ne se sortiront pas d’une servitude similaire à celle d’un colonisé parfois bien payé. Après le sondage auprès de la population et la déclaration des élus sur les redevances de nos ressources naturelles, la balle est maintenant dans le camp de l’État afin que celui-ci joue son véritable rôle d’accompagnateur et d’arbitre avec ceux et celles qui administrent nos ressources pour leur bénéfice, sans compensation équitable pour la région. Nos multinationales, peuvent-elles continuer à garder le silence, se vendre au plus offrant sans notre consentement, ou cacher leur tête dans le sable en attendant l’explosion du prochain conflit politique et social des régions qu’elles exploitent ?
Privilèges contre emplois Les raisons pour lesquelles on faisait jadis des contrats octroyant des privilèges en échange des responsabilités sociales d’emploi ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Ces compagnies multinationales apportent des redevances à l’État et nous permettent de maintenir un niveau de culture technologique mondialement enviable dont la région est fière. Mais la fierté ne fait pas à manger et les régions de la Terre qui accueillent ces multinationales sont perdantes. Nous sommes devenus des spectateurs impuissants face à ces compagnies qui disposent de notre territoire et exploitent nos propres ressources publiques. Ces ressources que nous leur avons confiées les ont fait grandir, tandis que la région dégringole, les infrastructures de santé se détériorent, les jeunes émigrent, la population vieillit, les bureaux de poste, les caisses et les écoles ferment et des employés et des travailleurs perdent emplois et dignité.
Les contrats et leur morale Les contrats sociaux signés depuis des décennies ont bénéficié aux multinationales de notre région avec la complicité de l’État. Ils peuvent être juridiquement blindés. Mais pour combien de temps pourront-ils légitimer ce qui est en train de devenir moralement inacceptable? Les dirigeants peuvent-ils consciemment continuer à faire du lobbying avec l’État pour maintenir, et même augmenter, leurs privilèges, au nom de la libre concurrence, pendant que la région dépérit? L’État québécois, par exemple, manque d’argent pour la santé. L’hôpital régional doit demander des signatures pour retenir ses médecins, passer le chapeau dans la population pour avoir l’équipement médical nécessaire et même envoyer des malades hors de la région ou du pays pour les faire soigner. Peut-on continuer moralement à soutenir l’insoutenable? Des exemples dans plusieurs domaines sont légion. Le problème est mondial, mais la véritable solution ne se fera jamais sans ressources et sans que ceux et celles qui sont concernés puissent avoir le pouvoir de gérer leur propre vie et leur destin.
Appel à relever un défi commun Quand aura-t-il lieu, le changement de cap qui évitera à temps les confrontations inutiles et destructrices pour tous? Les multinationales pourront-elles encore longtemps esquiver la marée montante de la conscience éthique collective? Entourés de forêts, les crises cycliques demandent aujourd’hui plus que jamais une démocratie économique et sociale porteuse de solutions communes. C’est le simple bon sens que tout soit fait avec une synergie commune. Celle-ci amènerait une répartition équitable des richesses, ce qu’il est juste et honnête de faire. Puisque nous sommes un Forum social à la fois mondial et régional, nous nous demandons : nos multinationales deviendront-elles nos meilleurs partenaires pour réussir un développement régional plus humain, solidaire, économiquement viable et respectueux de l’environnement? Feront-elle bande à part ? Nous les invitons à s’attaquer ensemble aux règles du jeu productif et de services emprisonnées entre un passé révolu et une mondialisation sauvage et sans âme. C’est pourquoi nous nous proposons la reconquête de notre territoire. Il s’agit encore une fois d’autonomie, de l’autonomie de notre vie dans la région, de notre qualité de vie et de tant d’autres régions dans la planète. C’est, en fin de compte, une question de dignité humaine, de notre dignité régionale qui est en jeu.
Vivre dès maintenant les valeurs de la nouvelle société Nous sommes loin d’être dans une société du vide, affirmant que tout le monde vit dans l’incertitude d’une époque incapable de définitions, produit du nihilisme et d’une crise de valeurs. Ce n’est pas le cas, nous savons où aller. Nous ne voulons pas tomber dans les idéologies révolutionnaires qui produisent plus de mal que de bien. Nous sommes ailleurs, dans la phase de construction de cet autre monde qui est devenu possible. Nous le bâtissons déjà à la mesure de nos moyens. Nous ne nous faisons pas d’illusions, mais nous ne renonçons pas pour autant au rêve de ce nouveau monde qui vit déjà. Nous voulons le prolonger avec tout le monde vers l’avenir qui nous attend au tournant parce que nous sommes tous dans un même bateau appelé planète Terre.
D’ailleurs, nos valeurs ne sont pas que des valeurs de la jeunesse. Elles sont des valeurs qui d’une façon ou d’une autre ont toujours existé reliées à l’équilibre fragile et puissant de l’évolution de la vie et de l’humanité. Elles sont devenues aujourd’hui des valeurs des plus en plus conscientes et appréciées par la population : souci prioritaire pour l’environnement, beauté des paysages et amour de la nature et du terroir, place aux femmes et priorité à la famille sur le travail, croissance économique liée à la rentabilité sociale, pluralisme et citoyenneté planétaire avec des échanges équitables dans le monde entier, exclusion des impérialismes et des dominations avec toutes les violences qu’ils comportent, droits humains et démocratie participative, solidarité des sexes et des peuples, éradication totale de la guerre qui ne se fait plus sans crimes d’humanité perpétrés avec la complicité du secret d’État et de l’omerta militaire.
Si auparavant on disait qu’un autre monde était possible, aujourd’hui, nous disons que ce monde auquel nous aspirons est déjà né. Il est devenu possible parmi nous, il est vécu par des multitudes dont nous faisons partie. Ce nouveau monde n’est pas donné. Il existe parce que vous et nous, nous sommes là, et il faut continuer à le soutenir avec ténacité, à le conquérir jour après jour. Nous voulons, avec vous, bâtir cet autre monde devenu possible. Venez-nous rejoindre ! Commençons par le dialogue, le débat public, la conquête de notre propre autonomie et la reconquête de notre région.
Le collectif du Forum social régional 02
Saguenay-Lac-Saint-Jean, 31 août 2006