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Corrigé des exercices de mauvaise foi présentés par Monsieur Jacques Brassard les 27 avril et 4 mai 2005

Lorsqu’on veut décourager la réflexion critique, l’un des meilleurs truc consiste à accumuler tellement de mauvais arguments que notre auditeur, sous le poids du nombre, finit par se dire, comme devant un monceau d’ordure, que compte tenu de la quantité, il doit bien s’y trouver quelque chose d’encore bon.
2005-05-09 11:19 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - C’est un peu cette stratégie contre laquelle Monsieur Brassard cherche à nous mettre en garde. Cette semaine, pratiquement chaque phrase comporte un sophisme. Nous ne pourrons évidemment que relever les plus gros car le temps nous manque pour les expliquer tous.

Premièrement, lorsque Monsieur Brassard fait confiance aux paroles de l’administration Bush qui drape ses gestes de l’intention de sauver le monde contre la menace islamiste, Monsieur Brassard feint d’oublier que l’administration Bush a admis avoir menti sur les armes de destruction massive pour justifier l’invasion de l’Irak et le meurtre de 160 000 de ses citoyens. Si ils ont été prêts à mentir pour justifier autant de meurtres, comment leur faire confiance lorsqu’ils parlent de terrorisme et de liberté?

Deuxièmement, lorsque Brassard décrit ceux qu’il appelle les « exaltés de la sainte paix », c'est-à-dire les pacifistes, il déforme évidemment leurs propos. Brassard prétend que les pacifistes ignorent qu’il y a des islamistes fanatiques. C’est évidemment stupide. Ce que disent plusieurs pacifistes, c’est qu’on lutte mieux contre le terrorisme en connaissant ses causes réelles. Et ces causes ne se réduisent évidemment pas au seul fanatisme religieux. Nier les autres causes, c’est faire preuve d’aveuglement. Quelles sont ces autres causes? L’exploitation, la misère, l’injustice, le désespoir social et économique. Tous ces facteurs rendent la tâche facile aux fanatiques lorsque vient le temps de convaincre un jeune homme ou une jeune femme de se faire exploser avec quelques ennemis. Réduire cette misère, cette exploitation, cette injustice, ce désespoir, c’est réduire le terreau du terrorisme. Voilà, au-delà des caricatures idiotes de Brassard, les idées de bien des pacifistes, qui ne nient absolument pas l’existence du terrorisme mais refusent qu’on en donne une image trop caricaturale et imbécile pour pouvoir agir efficacement contre ce fléau.

Troisièmement, les insultes et les caricatures contre les « zartistes » sécrétées par Brassard sont de la même couleur. Dire que les artistes cautionnent le terrorisme relève de la calomnie grossière. Mais on pourrait demander à monsieur Brassard si il cautionne les mensonges des Bush, leur collusion économiques avec les Ben Laden qu’ils ont enrichis et armés, les meurtres des dizaines de milliers de civils en Irak, l’utilisation d’armes à l’uranium qui créeront une catastrophe sanitaire sans précédant, multipliant les cancers et les malformations congénitales pour des décennies en nombre impossible à déterminer. Les mines dont les américains et autres sauvages inconscients ont criblé le sol de l’Asie du Sud-Est arrachent encore chaque semaine des jambes d’enfants, même après plusieurs décennies de paix. Et les américains sont encore l’un des très rares pays à s’arroger le droit de continuer de fabriquer et d’installer ces armes d’une aveugle sauvagerie. Encenser sans aucune nuance les américains dans un tel contexte représente un tour de force. Surtout quand on sait que pratiquement toutes les têtes dirigeantes de l’administration Bush sont des milliardaires du pétrole et des armes, et que la guerre en Irak permettra aux USA de prendre pied dans deux immenses champs pétrolifères. 160 000 morts en Irak sur la base de fausses accusations de possession d’armes de destruction massive, voilà ce que Brassard appelle une stratégie audacieuse. Investir 450 milliards dans l’armée des USA à chaque année, alors qu’avec 80 milliards par année pendant 10 ans on pourrait donner de l’eau potable, des soins de santé de base, de la nourriture en quantité suffisante, et des écoles pour tous les enfants et adultes de la terre, est-ce bien faire preuve de vision libératrice et salvatrice…

En fait, l’évocation du Nazisme par Monsieur Brassard est probablement un appel à la réflexion. Bien qu’il prétende que ce sont les islamistes qui ressemblent aux Nazis, se pourrait-il qu’il nous invite, en les évoquant, à se servir des Nazis comme clé pour lire l’histoire. Car avant que l’occident finisse par se décider à les arrêter, les Nazis avaient réussi à convaincre tout le monde de la présence d’un axe du mal. Ce sont les juifs qui étaient, à cette époque, les parias. On parlait de la grande juiverie mondiale, et des « scientifiques » disaient combien cette race était dangereuse. Et l’occident était passablement convaincu par la propagande nazie, conviction dont témoignait l’antisémitisme généralisé, présent même ici jusqu’au fond de nos campagnes. Et nous n’avons remis notre haine en cause que lorsque nous avons vu à quel point les nazis avaient été sauvages, torturant et tuant les juifs par dizaines de milliers, hommes femmes, enfants et vieillards. Un peu comme le font les américains en ce moment en Irak et dans leurs prisons offshore.

Les américains font comme les nazis…

« Ha! Ha! » Direz-vous. « Voilà un sophisme! Monsieur Privé fait le sophisme d’amalgamer les Américains avec les Nazis! »

Bien remarqué. Un tel amalgame serait stupide. Comme le serait l’amalgame des Islamistes avec les Nazis. Amalgamer, c’est chercher à tromper nos auditeurs en les empêchant de comprendre la réalité qu’on caricature en construisant autour d’elle une fausse comparaison. On se trouve donc en présence de trois sophismes : une fausse analogie, une attaque contre la personne et une caricature.

C’était justement ce sophisme qui était commis la semaine dernière lorsque Brassard comparait les altermondialistes avec les communistes staliniens. C’est une comparaison tellement stupide qu’on voit avec une infinie évidence que Brassard le fait exprès. Il accumule les sophismes pour nous forcer à réfléchir. Réfléchir pour trouver des critères qui permettent d’évaluer les gestes de nos états.

Je propose d’utiliser le critère de la souffrance des enfants de partout. Les guerres de Bush causent-elles plus de souffrance chez plus d’enfants? Sont-elles économes en vies humaines et en souffrances ou sont-elles incroyablement onéreuses? Servent-elles les intérêts de quelques milliardaires Texans, Afghans et Saoudiens ou ceux des populations civiles de partout? Aurions-nous pu faire mieux si la sauvagerie sanguinaire unilatérale avait été remplacée par une vraie coalition onusienne justifiant ses gestes mieux mesurés par des faits plutôt que par des mensonges? Et plus généralement, les États-Uniens seraient-ils plus aimés dans le monde et donc plus en sécurité si le cinquième de leurs faramineuses dépenses militaires étaient utilisés pour nourrir, soigner, abreuver et éduquer tous les déshérités de la terre au lieu de les bombarder? Pour ma part, je n’en sais rien. Peut-être devrions nous y réfléchir, nous, les humains de toute l’humanité qui doutons de la pertinence et de l’utilité de toutes ces boucheries aveugles que monsieur Brassard appelle « stratégie audacieuse ».

François Privé
Professeur de philosophie

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