Manchettes RSS (?)



La carte démocratique - Par Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec

« La démocratie devrait assurer au plus faible, les mêmes opportunités qu’au plus fort » Gandhi
2008-04-18 16:22 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Le premier mérite de l’actuel débat que suscite le découpage électoral est probablement celui de porter notre regard sur la réalité géographique de notre société. Il suffit de voir la carte du Québec avec ses villes et ses villages pour réaliser qu’il y a ici une histoire et un territoire plus vaste qu’ailleurs, que des communautés humaines ont occupé et continuent de développer au profit de toute la collectivité. C’est l’empreinte même de notre culture sur un espace façonné par notre histoire.

Notre système de représentation électoral trouve ses racines dans cet ancrage territorial. Rendu vétuste, il doit se moderniser sans qu’on jette le bébé avec l’eau du bain. Il est devenu archaïque parce qu’il produit des distorsions au point qu’un parti peut être porté au pouvoir même s’il recueille moins de votes qu’un autre. Il est dépassé aussi puisqu’il ne laisse pas de place pour des tiers partis en mesure d’enrichir le débat démocratique et ainsi mieux refléter la diversité des tendances politiques présentes dans notre société.

Mais le redécoupage proposé de la carte électorale ne réglera en rien ces distorsions. Au contraire, il s’appuie sur une logique qui conduit irrémédiablement à l’érosion de la représentation territoriale. Pourtant, la représentation de nos territoires est une richesse pour notre démocratie, parce qu’elle permet de tenir compte des réalités diverses, sur les plans de l’économie, de la culture et de l’environnement naturel. Le prétendu poids exagéré des régions est ici trop facilement évoqué. Faut-il rappeler que les élus issus de la métropole, de ses couronnes et de la Capitale représentent les deux tiers de la députation? Serait-il faux de dire que le Maire d’une grande ville peut avoir accès plus facilement au cabinet des ministres que celui d’un village ou d’une ville moyenne? Faut-il mesurer que la perte d’un comté sur les quatre existant en Gaspésie, est plus ressentie que l’ajout d’un comté aux 39 comtés de la couronne? Il suffit là aussi de porter le regard sur notre territoire pour réaliser que l’étendue du nouveau comté de Matane proposé par la Commission de la représentation électorale, équivaut à la distance entre le centre-ville de Montréal et Baie-Saint-Paul dans Charlevoix. Non, la démocratie ne peut pas se passer de l’ancrage territorial.

Parce que le Québec est un territoire vivant et habité par des communautés, il est pluriel et riche de ses appartenances et des identités qui s’y expriment. Ne pas tenir compte du territoire revient à nier ces réalités et à priver notre démocratie d’une richesse culturelle inscrite dans son espace. La Coalition que je préside ne veut pas d’un compromis sur le dos de la démocratie. Elle milite pour renouveler l’édifice démocratique dans son ensemble en s’appuyant sur deux piliers légitimes et tout aussi essentiel l’un que l’autre: la représentation territoriale et la représentation populaire.

À cet égard, le statu quo n’est pas une option puisqu’il consacre les distorsions et l’érosion de la représentation des régions. Il faudra introduire des éléments de proportionnalité non pas pour chambouler la représentation de fond en comble, mais bien pour compenser ces distorsions et ouvrir le jeu pour de tiers partis.

Renouveler cet édifice démocratique doit échapper au calcul partisan et à l’opportunisme électoraliste. On doit le renouveler dans la perspective de réconcilier le citoyen avec nos institutions et de susciter sa participation. C’est d’un nouvel élan de mobilisation dont nous avons collectivement besoin. Il nous faut stimuler la participation dans toutes nos communautés pour générer les idées et la créativité. La démocratie commence à la base dans les communautés et les territoires pour se prolonger dans les institutions nationales comme le parlement. Le citoyen est informé et rivé sur les enjeux de notre planète certes, mais il fait de plus en plus le lien entre le monde et le local.

Démocratiser la gouvernance locale, à commencer par l’élection des préfets des MRC au suffrage universel notamment, est fondamentale si on veut préparer les territoires à prendre en charge des leviers et des responsabilités. La décentralisation longtemps réclamée qui doit impérativement renforcer les capacités locales viendrait alors s’appuyer sur des institutions qui disposent d’une véritable légitimité aux yeux des citoyens.

Vaste projet de société dirons certains, vœu pieu décréterons d’autres. Il n’en demeure pas moins qu’il faudra une réforme de nos institutions selon une direction, une vision d’ensemble sans laquelle un tel exercice restera abstrait et technocratique sans réelle portée pour les citoyens.

En le prenant de la lorgnette du poids politique des uns et des autres ce débat risque d’être sans issus et inutile pour les générations à venir. Il peut en revanche être une occasion pour revigorer notre démocratie, remobiliser nos concitoyens dans un élan de solidarité dans nos villes et nos villages pour faire face, à tous les échelons, aux défis de la planète et de la mondialisation.

Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec

Réagir à cet article Version imprimable Envoyer à un ami

Pour d'autres informations dans « Opinion du lecteur »...

LBR.ca - Saguenay-Lac-St-Jean - AB

Tous droits réservés © 1996 - 2008 La Firme Inc.