Quand l’actionnaire récompense ses fidèles serviteurs
Le Groupe de Réflexion Citoyenne « Ad Lib » a pris connaissance de l’éditorial de monsieur Carol Néron portant sur les grands patrons qui s’en mettent plein les poches.
2008-02-28 06:43 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - L’histoire récente des montants alloués aux administrateurs de la compagnie Abitibi-Bowater, estimés à environ 50 millions de dollars, est l’illustration parfaite que les actionnaires sont portés à récompenser les gestionnaires pour leurs bons coups lors de fusion ou de vente d’entreprises, à raison de cent fois plus que les gages des travailleurs, peu s’en faut, car les sacrifices que doivent faire les bas échelons font beaucoup plus mal. À nos yeux se sont plutôt des coups fumants servis à la menace.
Si l’on tient compte que le travailleur, par ses sueurs, son labeur, ses efforts pour fournir le meilleur rendement possible dans le but d’augmenter sa productivité est récompensé quant à lui, par une paie coupée de 2$ de l’heure, cela signifie un retour de 2080 $ par année par employé dans les poches du patron. Mais ce n’est pas tout, pour appâter le poisson, et s’il n’obtempère pas on le menace de fermer l’usine.
L’outrecuidance va encore un peu plus loin. On laisse savoir au maire et à son Conseil de ville de leur remettre les taxes municipales, sinon, on passe à l’étape suivante des menaces de fermeture de l’usine.
Lorsque la négociation est rendue à ce point tordue, il va falloir examiner le chiffrier des comptes. Pendant des années, cette entreprise a vécu des années de vaches grasses et l’argent des profits s’était engouffré dans les poches des actionnaires comme le disait si bien monsieur Néron.
C’est quand même évocateur de la disproportion qui existe entre l’actionnaire l’administrateur et le travailleur. Pourtant, tous ont à cœur la réussite de l’entreprise. Comment alors concilier ces deux points de vue. Sommes-nous devant la situation du matamore qui avec ses gros bras est prêt à écraser le petit maigrichon, ou sommes-nous dans une société dite civilisée qui veut faire reconnaître qu’elle a des droits et que ces droits proviennent de la possession des richesses naturelles qu’on avait prêtées aux entreprises pour autant pour qu’elle puisse les exploiter et survivre? Pour autant aussi que d’en faire profiter aussi à la population qui s’était prêtée à la croissance et à l’évolution de sa société. Mais force est de constater que cette entreprise a abusé des prêts que la société lui avait consentis et qu’elle a en même temps spolié notre richesse naturelle. Et maintenant, en plus de déshabiller le travailleur et sa communauté, cette entreprise en veut encore davantage.
Nous avons la certitude que si l’entreprise est devenue prospère c’est grâce essentiellement aux efforts concertés des investisseurs, des administrateurs, mais également aux efforts soutenus des travailleurs et de la valeur exploitable des richesses naturelles de la région. Nier ces évidences, c’est nier toute forme d’évolution.
Sommes-nous revenus à l’âge des grandes noirceurs où le travailleur était considéré comme une vulgaire machine dont on se débarrassait aussitôt que la moindre défaillance de la production se faisait sentir et alors, on lui payait son voyage aux rebuts?
Nous avons parlé de la compagnie Abitibi-Bowater mais le même raisonnement s’applique pour une compagnie comme Rio Tinto Alcan.
Comme quoi ces entreprises ont un modèle d’opération parfaitement identique. Accapareurs de richesses naturelles, contrôle des retombées économiques calculées au millième de cenne près, encaissement maximum pour les actionnaires, récompenses faramineuses aux administrateurs et passage aux menaces contre les travailleur de la région de déménagement ou de fermeture s’il le faut.
Sommes-nous assez candide pour accepter ce nouveau contrat social avec tout ce que cela entend comme soumission?
Nous, en tant que Groupe de Réflexion Citoyenne, préconisons un meilleur dialogue entre les grandes entreprises et la population et non plus des pages d’information par Relation Publiques interposées. Une nécessaire plus grande conscience sociale de la part de ces compagnies et une nécessaire plus grande implication de la part de la population. Nous croyons que ces deux affirmations ne sont pas contradictoires, au contraire, elles sont corrélatives.