- / LBR.ca / - Les membres de l'Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec ont décidé de ne pas offrir à leur président sortant, Laurent Pellerin un huitième mandat consécutif. Laurent Pellerin était à la tête de ce qui est sans doute le plus important groupe de pression du secteur agricole au Canada depuis 1993. Bien que monsieur Pellerin soit loin de faire l’unanimité dans le monde agricole, nous devons tout de même lui rendre hommage pour quelques raisons.
Certes, Laurent Pellerin a derrière lui un parcours atypique pour un dirigeant de l'UPA. Il est le premier président de l’UPA à ne pas avoir été élevé sur une ferme. Il a volontairement adopté la vie d’agriculteur en achetant une ferme abandonnée dans la région de St-Grégoire. De plus, en oeuvrant dans le domaine porcin, il devenait le premier grand patron à ne pas être issu de la très puissante Fédération des producteurs de lait. Son arrivée en 1993 était donc un authentique vent de fraîcheur pour une organisation qui entamait alors une période houleuse pour l’agriculture québécoise face à une mondialisation de plus en plus menaçante.
Malgré sa puissance syndicale et son pouvoir politique considérable, l’UPA demeure une organisation difficile à piloter. D’abord, plusieurs fédérations coexistent sous la bannière de l’UPA et elles tentent constamment de trouver des intérêts convergents. Par exemple, la Fédération des producteurs de lait, un organisme qui canalise essentiellement ses énergies sur le commerce intérieur, doit composer avec les filières bovine et porcine, deux industries dont la destinée est vouée vers les exportations. Monsieur Pellerin était devenu le maître du consensus, un objectif difficilement atteignable en agriculture. Pour ceux qui suivent l’actualité agricole, c’est assurément un accomplissement de taille.
En outre, il faut admettre que l’agriculture est une industrie complexe et difficile à comprendre. La dynamique acéricultrice (culture des érables), par exemple, diffère grandement de celle de la culture maraîchère. Monsieur Pellerin maîtrisait bien ses dossiers, tous les dossiers. Sa méthode populiste pour communiquer avec le public était à la fois efficace et autoritaire. Le fameux « pot de cornichons », qu’il brandissait constamment pour démontrer la modeste part versée aux agriculteurs, offrait aux consommateurs un message percutant, malgré un argumentaire plutôt boiteux. Le projet des portes ouvertes des fermes du Québec, une initiative instituée sous le règne de monsieur Pellerin, aura permis aux urbanistes de mieux comprendre le monde mythique de l’agriculture.
Par contre, Laurent Pellerin aura maintenu un double discours néfaste pour l’agriculture québécoise. Paradoxalement, il souhaite toujours voir l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) s'occuper strictement d'échanges internationaux et laisser les pays décider des règles de leur commerce intérieur. Avec la globalisation que l’on connaît aujourd’hui, c’est une vision qui ne tient tout simplement pas la route. De surcroît, lourdement critiqué et menacé par l’OMC, la gestion de l’offre qui réglemente la mise en marché de la volaille, des œufs et du lait, demeure un point de litige important pour l’UPA. Désormais, le combat se poursuivra avec le nouveau président, monsieur Christian Lacasse.
Sans contredit, l’UPA est un mouvement envié par l’ensemble des organisations d’agriculteurs du pays, même si jamais ils ne l’avoueront ouvertement. Le dévouement de monsieur Pellerin a permis à l’UPA de demeurer une entité solidaire et emblématique des régions rurales du Québec. Bref, Laurent Pellerin aura réussi à réduire le clivage qui existe entre les régions urbaines et rurales du Québec. À ce chapitre, aucun autre leader au Canada n’a pu faire mieux. Même si plusieurs s’y opposent, plusieurs urbanistes s’identifient aux discours liés à la souveraineté alimentaire, aux produits biologiques et à l’identification des produits génétiquement modifiés.
En somme, le discours de monsieur Pellerin ne laissait personne indifférent. Plusieurs condamnent ses propos et sa vision depuis le début (, en commençant par l’auteur de cet article). Néanmoins, il faut rendre à César ce qui est à César. L’héritage de monsieur Pellerin est admirable. En espérant que les membres de l’UPA lui rendront un vibrant hommage, car il a été un véritable « Pellerin » de l’agriculture québécoise.
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Dr Sylvain Charlebois
Associate Professor/Professeur Agrégé
Faculty of Business Administration
University of Regina (CANADA)
Food distribution and safety specialist/
Spécialiste en distribution et sécurité alimentaire
Saskatchewan Wheat Pool
Faculty Fellow in Marketing/
Fellow de la Saskatchewan
Wheat Pool en Marketing
3737 Wascana Parkway
Regina (Saskatchewan) S4S 0A2
t. (306) 337-2695
f. (306) 585-5361
sylvain.charlebois@uregina.ca
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