D’une mère monoparentale qui attend des réponses et de l’espoir
À vous madame la ministre Courchesne
2007-11-27 13:47 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - À vous madame la ministre Courchesne ,
Je vous écris pour vous dénoncer une situation qui va à l’encontre des valeurs des québécoises, mais surtout des obligations du ministère de l’éducation, donc de vos obligations.
Dans cette lettre, je vous expliquerai la situation que je vis présentement mais cette situation est celle de plusieurs autres femmes également. Je vous expliquerai ensuite les raisons de cette situation et vous remémorerai vos obligations comme ministre de l’éducation et de la famille.
Voici ma situation, je suis une mère monoparentale qui a effectué un retour aux études. J’en suis présentement à ma dernière année de soins infirmiers (comme vous le savez sûrement un métier avec beaucoup d’avenir dû à la grande pénurie d’infirmière dans les hôpitaux du Québec). Voici le problème, je dois payer mes études, subvenir à mes besoins et à ceux de mon garçon avec des revenus provenant de l’aide financière aux études de 434 $ par mois. Voici ce que je vous propose, je vous donne ce montant et si vous réussissez à me créer un budget qui me permet de subvenir à mes besoins de base, nous serons moi et mon fils très reconnaissants envers vous et nous vous remercierons publiquement. Si vous ne réussissez pas, c’est que vous ne respectez pas vos responsabilités de ministre de l’éducation et de la famille qui stipule selon l’article 1.2 de la Loi sur le ministère de l'Éducation que vous devez : Promouvoir l'éducation; contribuer, par la promotion, le développement et le soutien de ces domaines, à l'élévation du niveau scientifique, culturel et professionnel de la population québécoise et des personnes qui la compose; et surtout favoriser l'accès aux formes les plus élevées du savoir et de la culture à toute personne qui en a la volonté et l'aptitude. Je vous garantis que j’ai les aptitudes nécessaires et la volonté pour réussir à devenir une infirmière accomplie, le problème c’est que je ne peux poursuivre mes objectifs avec des revenus à ce point insuffisants.
Maintenant que je vous ai décrit la situation de nombreuses mères monoparentales, je vous expliquerai quelques–unes des raisons qui font que les montants versés en prêts et bourses sont si dérisoires et insuffisants. Les derniers changements législatifs au programme des prêts et bourses ont amené une hausse des prêts et une diminution des bourses significatives. On endette donc toute une famille sans se soucier des impacts. Pire encore, d’un côté, le gouvernement calcule la pension alimentaire comme des revenus pour réduire le soutien financier et d’une autre, la loi sur les pensions utilise les bourses pour réduire la pension alimentaire versée au bénéfice de l’enfant.. Bref, un cercle vicieux infernal qui amène la situation que je vous ai décrit.
Comme vous devez sûrement le savoir, le jugement Thibaudeau de la cour suprême (2 RCS 1990), a établi que la pension alimentaire versée au profit d’un enfant est défiscalisée et qu’elle ne peut donc pas être considérée comme un revenu pour la mère. Il dit aussi qu’un gouvernement n’a aucun droit de fiscaliser indirectement, ce que le plus haut tribunal du pays a défiscalisé. Alors madame la ministre, allez–vous respecter les lois ou continuer à vous cacher la tête dans le sable en faisant comme si ce jugement n’existait pas ou que votre gouvernement était au dessus de cette loi et de ce tribunal? J`aimerais que vous expliquiez aux nombreuses femmes dans cette situation, pourquoi la pension alimentaire, considérée comme étant versée au bénéfice de l’enfant et donc non imposable au niveau fiscal, est-elle toujours calculée comme un revenu pour le parent étudiant ?
Comment, dans un Québec dont le gouvernement vante ses nouvelles politiques d’aide aux enfants et aux familles, une telle situation peut-elle se produire? Il est bien noble, lorsqu’une collectivité fait face à d’importants changements démographiques comme c’est le cas au Québec, de mettre en place des mesures pour aider les gens à fonder une famille. Mais il faut aussi, conséquemment, aider ceux et celles qui ont déjà franchi ce pas et ont des enfants à leur charge.
Est-ce à dire que le Québec ne veut pas accroître son élite intellectuelle? Ou bien, sommes-nous si patriarcal que notre société met tout en œuvre pour empêcher une femme d’accéder aux niveaux supérieurs du savoir?
Voilà bien des questions à lesquelles j’attendrai des réponses de votre part. J’espère sincèrement avoir des nouvelles de vous, et que la situation change dans un avenir rapproché; que les mères monoparentales qui retournent aux études aient le droit d’améliorer leur avenir tout en continuant de pouvoir subvenir à leurs besoins de base et ceux de leurs enfants. Devons-nous demander à ces femmes de choisir entre la famille ou un avenir meilleur ?
Veuillez agréer, madame la ministre l'expression de mes sentiments distingués.
D’une mère monoparentale qui attend des réponses et de l’espoir.