Manchettes RSS (?)



Corrigé de l’exercice de sophistique de Jacques Brassard, présenté le 13 avril 2005

On retrouve un intéressant mélange de sophismes et de propos courageux dans l’exercice préparé cette semaine par Monsieur Brassard.
2005-04-14 08:57 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Les trois sophismes qu’il commet réclament une attention particulière, car ils nous forcent à réfléchir à la limite parfois fine qui existe entre le propos rationnellement fondés et les inepties. Commençons l’analyse sans plus tarder.

Les lecteurs habitués auront reconnu le tout premier sophisme, qui fait un retour en catimini cette semaine. Après la pause de la semaine passée, Monsieur Brassard revient cette fois ci sur l’un des sophismes qu’il affectionne le plus : la comparaison de ses adversaires à des fanatiques religieux. Pour se libérer du discours qui nous embarrasse, il suffit de taxer ceux qui le tiennent de dogmatisme et de les traiter de fanatiques. C’est à cette réflexion que nous convie monsieur Brassard lorsqu’il parle de la « vache sacrée régionale », et qu’il prétend que plusieurs sont convaincus que l’autoroute à 4 voies sera un « remède magique » à tous nos problèmes. Les propos de monsieur Brassard sonnent une cloche. Ils nous forcent réellement à nous demander si nous sommes collectivement devenus fanatiques au point de ne plus entendre aucun des arguments qui s’opposent à la construction de la route à 4 voies. Et une fois qu’on a constaté le sophisme, on peut convenir que la question qu’il soulève est légitime.

Le deuxième sophisme auquel monsieur Brassard nous sensibilise cette semaine est parent du premier. Monsieur Brassard, en parlant de « l’accueil glacial » réservé à son « effronterie », cherche à se présenter en victime de l’incompréhension de ses contemporains. C’est une stratégie intéressante. En déformant jusqu’à la caricature les objections qui lui sont adressés, Monsieur Brassard réussit encore une fois à faire passer ceux qui s’opposent à lui pour des fanatiques, excluant ainsi toute réflexion sur leurs reproches réels et éventuellement fondés. Monsieur Brassard nous enseigne donc encore par cet exemple à réfléchir en utilisant de vrais arguments, plutôt des insultes idiotes et des carricatures.

Pour ce qui est du dernier sophisme dont monsieur Brassard nous présente cette semaine un exemple, il s’agit du sophisme de la pente fatale. On commet ce sophisme lorsqu’on prétend qu’une action envisagée doit être évitée car elle entraînerait de manière certaine une série de conséquences tragiques. Ceux qui ont lu l’un ou l’autre des sites Internet que nous recommandions sur les sophismes ont de bonne chance de connaître celui-ci car il s’agit d’un grand classique. On en trouvera une description à la page suivante : http://pages.infinit.net/plotin11/sophismes.htm

Évidemment, on peut très bien évoquer des conséquences possibles de nos actions pour nourrir notre réflexion. Et la possibilité de conséquences tragiques associée à certaines de nos pratiques peut justifier une saine prudence. À titre d’exemple, lorsque les 1360 scientifiques de 95 pays qui sont mandatés par l’ONU pour étudier les conséquences de l’activité humaine sur les écosystèmes de notre planète arrivent à la conclusion que nous sommes en train de causer des dommages très graves, l’amour que nous portons à nos enfants devrait nous inciter à être prudents et à écouter ce que l’ONU essaye de nous dire. ( Voir à ce sujet la page couverture du Devoir, 30 mars 2005 ou le site de l’ONU, qu’on pourra trouver à partir de la page suivante : http://terresacree.org/etaplane.htm )

On passe de la réflexion saine au sophisme lorsqu’on prétend connaître avec certitude un avenir qui n’est pourtant qu’hypothétique, et qu’on justifie ainsi des permissions irresponsables ou des interdictions totalitaires. Ceux qui ne croient pas au problème de l’effet de serre, par exemple, nous invitent à continuer de polluer comme si de rien n’était. À l’autre extrême, certains écologistes maladroits sont quant à eux si convaincus de l’imminence des catastrophes en cascades qu’ils sont prêts à mentir pour manipuler la foule et la tirer vers des mesures de protection environnementale inutiles. Mais heureusement, il n’y a pas que ces deux extrêmes. Entre les deux, il y a des gens sains d’esprit, comme ceux qui travaillent pour l’Organisation des Nations Unies.

En se tenant en équilibre sur le mince fil qui sépare la prophétie noire sans fondement de la réflexion saine sur l’avenir, monsieur Brassard nous pousse encore cette semaine à réfléchir. Il nous force à nous demander qui nous croirons, entre les prophètes de malheur, les analystes prudents, ou les irresponsables qui nous invitent à agir n’importe comment au nom de la liberté, sans écouter aucun appel à la prudence. Et Brassard nous invite aussi à nous demander dans quelle équipe nous classons chacun de ceux qui interviennent sur la scène publique. Tout, en ce domaine, est question de mesure. Et les anathèmes et les insultes que monsieur Brassard adresse ordinairement indistinctement à tous les écologistes prennent, dans cette perspective, une saveur particulière, celle d’un indice.

En attirant notre attention sur la possibilité de parler intelligemment ou stupidement des conséquences de nos gestes, Monsieur Brassard nous invite à réfléchir sur la stupidité profonde des propos de ceux qui rejettent en bloc tous les arguments des écologistes. Et désormais, grâce à lui, nous serons forcés de nous demander qui a raison lorsque nous verrons les écologistes en découdre avec ceux qui se contentent de les insulter.

Et la meilleure preuve que nous puissions avoir que monsieur Brassard veut nous voir réfléchir plus posément aux arguments des écologistes c’est qu’en prenant la position courageuse qu’il a choisie cette semaine, monsieur Brassard se place du même côté qu’Harvey Mead, l’un des rares à avoir souligné qu’on aurait pu faire mieux avec les centaines de millions que coûtera notre route à quatre voies. Nous aurions pu mettre en place un service de transports en commun très abordable par exemple. Voilà une mesure qui aurait libéré la route de bien des voitures, diminuant d’autant l’encombrement et l’usure de la route, la pollution atmosphérique, les risques d’accidents reliés à la conduite dangereuse et à la fatigue, et augmentant la convivialité entre les usagers qui peuvent se parler dans un autobus plutôt que de s’envoyer des doigts d’honneur d’une voiture à l’autre.

Vraiment, Monsieur Brassard a bien raison de nous faire comprendre qu’on aurait peut-être pu faire autre chose de mieux avec tout l’argent qu’on investira dans la route du parc.

François Privé
Professeur de philosophie

Réagir à cet article Version imprimable Envoyer à un ami

Pour d'autres informations dans « Opinion du lecteur »...

LBR.ca - Saguenay-Lac-St-Jean - AB

Tous droits réservés © 1996 - 2008 La Firme Inc.