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Critique - deuxième partie -

Aux médias du Québec
2007-10-10 12:02 - Commentaire d'opinion

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Mesdames,
Messieurs,

Deux artisans des médias du Québec m'ont informé qu'ils avaient trouvé, dans des dictionnaires, le mot «critique» dans le sens de «porte-parole» d'un parti politique. Or, quand j'ai écrit qu'il fallait ouvrir son dictionnaire, je ne pensais pas devoir préciser qu'après l'avoir ouvert, il fallait aussi essayer de comprendre ce qui est écrit dedans.

Lorsque certains lexicographes constatent l'usage, mais prennent la peine de signaler que l'emploi d'un mot constitue un régionalisme critiqué, que ce mot vient de l'anglais et qu'il vaut mieux en employer un autre, très bien compris de tous et aussi fréquent dans l'usage, il faut vraiment être soit très paresseux intellectuellement, soit très obstiné dans sa volonté de favoriser la dégénérescence du français pour continuer d'employer le moins bon des deux mots et se justifier ensuite en citant des terminologues qui sont obligés de constater les usages coloniaux à leur corps défendant ou d'autres encore qui décrètent subitement, en plein régime libéral de soumission fédéraliste et de complaisance anglophile comme par hasard, qu'un anglicisme est désormais accepté.

Pire encore, l'emploi du mot «critique» constitue une façon insidieuse de dévaloriser le rôle de l'opposition dans un régime parlementaire, rôle qui est loin de se limiter à la critique. L'opposition peut notamment présenter des projets de loi, qui sont même parfois adoptés, en particulier lorsque le gouvernement est minoritaire. Elle fait valoir un point de vue souvent complètement différent et défend sa vision de la société, ce qui dépasse largement la critique. Du reste, le rôle est inversé dans le cas d'un projet de loi d'initiative parlementaire, et ce sont les députés ministériels qui se trouvent alors à critiquer. Bref, l'emploi du mot «critique», dans le sens de porte-parole, constitue un illogisme et un sérieux accroc, complètement inutile, au génie de la langue française.

Je vous dirais pour terminer, sur un ton plus personnel, que l'expression «critique de l'opposition» m'apparait exécrable parce qu'elle relève du simplisme d'esprit et du conformisme ovin. Elle n'est pas digne d'un communicateur soucieux de bien faire son travail. Elle est plutôt digne de la mentalité qui fait dire à certains: «bande de chialeux! Vous ne pensez qu'à "critiquer"! Fermez vos gueules et contentez-vous donc de ce que le gouvernement de Sa Majesté vous donne. Cessez de mordre la main qui vous nourrit.» Voilà tout ce que sous-tend dans mon esprit cet usage linguistique fortement critiquable, c'est le cas de le dire.

J'espère vous entendre souvent nous parler des «porte-parole» de l'opposition et de leurs idées, qui vont bien au-delà de la critique. Le Québec en a bien besoin.

Bernard Desgagné
Gatineau, Québec

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