- / LBR.ca / - La tempête médiatique qui a suivi la parution d’un article dans le Progrès Dimanche du 9 septembre, ne représente certes pas un fait banal. Trois messages furent initialement évoqués au journaliste pour son analyse. Ils concernaient le double aveu de la corporation Alcan et du gouvernement du Québec dans leur repli réciproque face au soutien régional aux 2ème et 3ème transformations de l’aluminium. Et l’indication de la « mince fenêtre d’opportunités dans la transformation au Canada » contenue dans la récente Carte routière de l’industrie de l’aluminium. Le média régional en a tiré une manchette qui a enflammé le milieu pendant trois jours.
Ces trois signaux ne sont aucunement concluants pour l’avenir régional de la transformation de l’aluminium qui possède un noyau désormais entraînant d‘entreprises innovatrices ainsi qu’un ensemble de mécanismes pour fertiliser la Vallée de l’aluminium, y compris une force croissante de recherche et de R&D. Mais les trois nouveaux faits s’ajoutent tout de même aux autres facteurs négatifs. Il y a matière à réflexion régionale.
La proaction
Mis à part la question très actuelle des avantages fiscaux menacés, la question principale qui se pose dans le secteur de l’aluminium comme dans les autres secteurs d’activités au Saguenay-Lac-Saint-Jean, concerne notre capacité d’anticiper les mouvements économiques et de réagir promptement de manière proactive. Que ce soit pour les bonnes nouvelles (investissements, emplois…) comme pour les mauvaises (fermeture d’usines, rupture de stocks….), la région est constamment prise de court autant dans le tourisme, les pâtes et papier, le sciage, l’aluminium, l’agroalimentaire. Nos décideurs s’inscrivent alors généralement en réaction devant les faits accomplis. Ce n’est la faute de quiconque, mais il en est ainsi.
Pour confronter ce problème, il existe des outils d’observation, de prévision et d’anticipation de la réalité économique. Ces outils sont certes imparfaits, notamment face à l’actuel environnement économique turbulent. Mais ils sont néanmoins utiles. À titre d’exemple, ils nous ont permis de prévoir en 2005 l’établissement dans la région de deux nouvelles alumineries et de 25 manufactures selon un horizon 2025. Ce scénario réaliste fut malheureusement qualifié de fabulation par l’un et de rêve en couleur par l’autre. Or, la première aluminerie fut annoncée en décembre dernier, au très grand étonnement de tous. Il est fort probable que la deuxième soit des nôtres plus tôt que l’on croit. Car la demande mondiale de métal gris est en forte croissance de l’ordre de 5 à 8% par année, à un prix qui garantit largement la profitabilité. Alors que les lots d’énergie deviennent de plus en plus rares pour cette industrie affamée de méga watts à tarifs préférentiels. À la table des négociations avec Alcan, la croissante production d’aluminium pourrait être placée en face de la demande régionale pour des activités dans la transformation en fixant des objectifs précis comme l’équivalence des taux de croissance entre production et transformation.
Vision globale
Observer l’environnement mondial, prévoir les menaces et les opportunités et anticiper des solutions pour la proaction au bénéfice de la région n’est pas une mauvaise idée. Car l’option contraire de la myopie et de la réaction après coup s’avère généralement décevante. Pour cette raison, je m’efforce depuis quatre ans à mobiliser le milieu régional dans un exercice continu de prospective. Malgré les faibles moyens disponibles, les résultats sont au rendez-vous, sous la forme de diagnostics affinés, de tendances élaborées, de scénarios validés et de propositions concrètes pour des initiatives proactives. Récemment avec Forum régional sur l’enjeu de l’énergie, les retombées furent encore une fois sans équivoque.
Et cette expérience de prospective Vision 2025 nous amène à avancer que les acteurs régionaux sont clairement en mesure de bonifier et de renforcer collectivement leur lecture actuelle de l’environnement de l’aluminium. Déjà les divers plans, les multiples stratégies et les études récentes offrent un solide point de départ. Avec la confection éventuelle d’une fresque globale du secteur, d’autres stratégies apparaîtront manquantes, notamment à propos de la fiscalité, de l’énergie, de l’attraction d’entreprises, de la synergie dans la R&D, des services aux entreprises. En réalité, la planification régionale actuelle par « pièces détachées » de la filière aluminium, nécessite un effort supérieur de coordination régionale, en fonction d’une vision globale renouvelée de l’industrie mondiale en mouvement rapide.
Forum régional
À cet effet, Vision 2025 organise le 30 novembre un Forum régional afin d’offrir une large tribune pour interpeller collectivement cet enjeu. On sait que la région fait face à de nombreuses incertitudes largement associées aux facteurs économiques, énergétiques et technologiques qui bouleversent l’industrie mondiale. L’arrivée de Rio Tinto accentue évidemment les craintes, tout en offrant néanmoins des opportunités à saisir et à maîtriser, en complémentarité avec les activités déjà existantes. Il faut à notre avis jeter de nouvelles lumières sur toute la filière industrielle incluant l’énergie, la recherche et la R&D, l’alumine, les services spécialisés, la conception, le financement, le transport, le métal primaire, les équipements, la prospection industrielle, la formation professionnelle, la transformation du métal, le marketing. Les objectifs sont très clairs : mieux maîtriser l’information ; réduire davantage l’incertitude ; renforcer la faisabilité de certaines actions ; revoir certaines stratégies ; et progresser vers la confection d’une « convention régionale de développement » pour la filière de l’aluminium. Pour paraphraser le rapport Brault de 2004, que ceux qui ne veulent pas mettre l’épaule à la roue aient la décence de ne pas nuire à son roulement.
Je termine en soulignant que la nervosité actuelle de certains acteurs régionaux de l’aluminium s’avère bien compréhensible et même tout à fait souhaitable. Leurs violentes réactions récentes sont certes préférables à l’inertie. Elles illustrent à mon avis un vif désir de mieux comprendre ce qui se passe réellement dans l’industrie de l’aluminium. Elles alimentent le régionalisme dans un esprit de réaction, d’appropriation et de repositionnement. Fort de ce volontarisme régional bien exprimé, les acteurs doivent maintenant cheminer ensemble vers une plus grande proactivité. En ce sens, le Forum Vision 2025 recherche avec rationalité et créativité, dans ce secteur régional comme dans d’autres auparavant, des gains collectifs en matière d’apprentissage collectif. Il n’en tient qu’à nous de progresser encore dans la fertilisation de notre Vallée de l’aluminium.
Marc-Urbain Proulx
Vision 2025
CRDT-UQAC
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