Corrigé de l’exercice de malhonnêteté intellectuelle présenté par monsieur Jacques Brassard le mercredi 30 mars 2005
Cette semaine, l’exercice de détection de la malhonnêteté intellectuelle et des sophismes présentés par Monsieur Jacques Brassard est particulièrement intéressant.
2005-04-01 16:21 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - Car bien qu’il ait laissé quelques indices probants pour nous mettre sur les principales pistes des entourloupes les plus manifestes, le professeur Brassard a lancé cette semaine un défi un peu plus difficile à ses lecteurs, car les manifestations de malhonnêteté et de rhétorique creuse sont drapées de plus de subtilité, ce qui rend l’exercice encore plus intéressant. Voyons donc, pèle, mêle, tant les indices laissés que les erreurs subtiles (ou non) installées par le patient pédagogue.
Dès le titre, Brassard nous met sur une piste. « Énergie : un « remake » ennuyeux et répétitif ». Ici, d’emblée, on se pose une question. De quel remake ennuyeux et répétitif Brassard parle-t-il ? Ses meilleurs élèves auront compris que Brassard parle des arguments sophistiques qu’il alignera, comme un défi renouvelé à notre intelligence somnolente, au cœur même de cet autre monument à la rhétorique rétrograde qu’il nous monte vaillamment pour en faire surgir la dénonciation. Vous voulez des preuves de cette intention? Cherchons les dans son texte.
Par exemple, en disant qu’aucun enjeu énergétique n’a changé depuis dix ans, on voit immédiatement, sans l’ombre d’un doute, que Monsieur Brassard blague. Car n’importe quel enfant qui sait lire peut s’informer, en ouvrant n’importe quel ordinateur branché à Internet, et apprendre que le protocole de Kyoto est entré en vigueur le 16 février dernier ( voir à ce sujet http://radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/kyoto/ ). Avec la signature de ce protocole, la réflexion en matière d’énergie a profondément changé. Tout le monde sait ça, y compris Monsieur Brassard puisqu’il n’est pas plus stupide qu’un enfant. On voit donc évidemment qu’il blague lorsqu’il dit que rien n’a changé. Mais un lecteur peu attentif aurait pu penser qu’il était sérieux, ce qui aurait été un manque de respect pour l’intelligence de monsieur Brassard.
Dans la suite de son texte, Monsieur Brassard continue sur le même chemin, en faisant appel à notre ignorance pour construire ce qui pourrait passer pour une argumentation lorsque lu par des yeux mal exercés. (sur le sophisme de l’appel à l’ignorance, voir la page suivante : http://www.cegep-sept-iles.qc.ca/pierrecouture/103/Sophismes.html) Ainsi, Brassard fait semblant d’ignorer une partie de la réalité lorsqu’il ne parle que de deux filières énergétiques susceptibles de représenter des voies d’avenir pour le Québec, soit l’hydro-électricité et les hydrocarbures. N’importe quel sot qui lit le moindrement les journaux est au courant d’une autre filière très prometteuse, celle de l’énergie éolienne, de plus en plus rentables et bien plus respectueuse des générations futures, puisque contrairement aux hydrocarbures, elle ne contribue pas à l’effet de serre. Il est d’une parfaite évidence que plusieurs groupes parleront de plus en plus de cette filière énergétique lors des audiences actuelles. Et collectivement, nous avons d’ailleurs pris, au Québec, des décisions cruciales et intelligentes pour aller dans le sens d’un développement de cette filière énergétique. ( Voir à ce sujet :http://www.ledevoir.com/2004/10/05/65458.html?355
On voit donc clairement que Brassard blague quand il prétend croire que rien n’a changé. Et lorsqu’il parle d’un « remake répétitif et ennuyeux », il est clair qu’il cherche à attirer notre attention ailleurs. Vous vous demandez où? La réponse est facile : c’est vers les arguments anti-écologistes que Monsieur Brassard veut attirer notre attention en parlant de remake ennuyeux. Pour nous l’indiquer, il refait subtilement appel cette semaine encore à la fausse analogie très facilement reconnaissable par chacun de ses lecteurs. (Sur le sophisme de l’attaque contre la personne, voir la page suivante :http://fr.wikipedia.org/wiki/Ad_hominem ou plus généralement http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme) Vous l’aurez deviné, il compare encore une fois de plus l’ensemble de ceux qui défendent l’environnement à un Clergé. Voilà le remake ennuyeux et répétitif qu’il nous annonçait!
Monsieur Brassard déploie vraiment des efforts respectables pour nous apprendre à reconnaître cet argument inepte. Et il le fait même quatre semaines de files, au péril de sa propre réputation, à un moment où tout le monde connaît la nature et l’urgence des problèmes soulevés par les écologistes. Car comme n’importe qui d’intelligent, Monsieur Brassard sait bien qu’il ne suffit plus de discréditer les écologistes en disant qu’il s’agit d’un clergé pour que les gens soient assez sots pour devenir entièrement sourds à leurs arguments et pour qu’on se mette à prendre des risques avec l’environnement! Plus personne n’est assez imbécile pour choisir l’aveuglement volontaire sur la base d’une simple insulte idiote et répétitive ! Nous ne sommes plus dans la cour d’école! Et ça, Monsieur Brassard le sait, comme tout le monde. Et si il persiste sans relâche à utiliser un chemin rhétorique si faible, ce n’est que pour nous apprendre à nous en prémunir. Et on l’en remercie de nouveau, encore et encore.
Comment vraiment croire que Monsieur Brassard pense ce qu’il écrit lorsqu’il fait ainsi mine d’insulter les écologistes, alors que tous peuvent lire les rapports nombreux publiés par l’ONU sur ces questions. (Voir à ce sujet le site de l’Organisation des Nations Unies http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=10149&Cr=PNUE&Cr1=%C3%A9cosyst%C3%A8mes) On voit donc bien que Monsieur Brassard ne peut aucunement être sérieux lorsqu’il traite collectivement tous les écologistes de sectaires, et qu’il les prétend inféodés à une église ou à un clergé. Tout ça, ce n’est que de la « Rhétorique » comme l’indiquait d’ailleurs l’un des sous-titres de l’exercice de détection de la malhonnêteté intellectuelle présenté par Monsieur Brassard encore cette semaine.
Ce mot, rhétorique, est l’un des autres mots qu’on utilise pour désigner cette science du verbe qui permet de convaincre la foule en utilisant des arguments habiles, persuasifs mais trompeurs car dénués de force logique réelle. C’est ça, faire de la rhétorique. Ceux qui pensent que Jacques Brassard est une sorte de dinosaure encroûté dans des idées totalement dépassées, archi-rétrograde et frustré de sa fin de parcours politique, qui cherche maladroitement à régler ses comptes avec ceux qui ont facilité son départ, n’ont simplement pas compris que chacun de ses textes est une invitation à la réflexion, une invitation à ne pas se laisser berner par des arguments aussi fallacieux que ceux auxquels il fait semblant de prêter du crédit.
Lorsqu’on comprend qu’il blague, on comprend tout de suite le message qui se cache derrière l’importance qu’il prête à l’économie dans ses textes. Lorsqu’il fait semblant de ne donner d’importance qu’à l’argent, notamment à celui qu’on pourrait tirer des hydrocarbures du Saint-Laurent, et lorsqu’il fait semblant de croire que le sort des baleines ou des rivières n’a aucune importance, on voit bien qu’il blague. Car Monsieur Brassard n’est ni un idiot, ni un irresponsable fini qui adopterait une philosophie du genre « après nous le déluge ». Il n’est pas plus stupide et borné qu’un autre! Lui aussi il préfère léguer à nos enfants un monde où nous aurons faits ensemble les choix nécessaires à la préservation des écosystèmes, y compris celui des baleines, y compris celui des rivières. Quand il fait semblant de s’en foutre, c’est pour nous inviter à réfléchir. C’est pour nous inviter à nous préparer à expliquer à ceux qui l’auraient oublié qu’il faut penser à nos enfants, à nos petits enfants, et à nos arrières petits enfants.
Et sur ce point, Monsieur Brassard a bien raison de déplorer la poltronnerie des trois principaux partis politiques du Québec. Qu’attendent-ils tous pour cesser de nous parler seulement d’argent, de baise d’impôts ou de courses larvées au leadershit, et pour commencer à nous parler du monde que nous construisons ensemble maintenant pour nos arrières petits enfants? N’est-ce pas là l’une des plus importantes questions à se poser lorsqu’on prétend parler de politique, c'est-à-dire lorsqu’on prétend avoir une vision éclairée de ce en quoi consiste le bien commun?