- / LBR.ca / - Dernièrement, Crawford Falconer, Président des négociations sur l'agriculture à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a distribué un document contenant une liste de questions aux pays membres afin de faciliter les discussions sur la question délicate du commerce international agricole. Les négociations devraient s'intensifier dans les prochains mois après la remise de la deuxième tranche du document. D’emblée, plusieurs observateurs croient maintenant que le cycle de négociations de Doha vient de se doter d’une seconde vie. Après le fiasco de la rencontre ministérielle de Genève en juillet 2006 où la mort du cycle de Doha avait été annoncé, l’espoir de mener les négociations sur la libéralisation de l'agriculture à terme est maintenant permis. L’OMC et le cycle de négociations de Doha représentent une opportunité inouïe pour les pays membres de régler les problèmes de subventions agricoles déraisonnables et les barrières tarifaires inéquitables. Néanmoins, l'intransigeance nombriliste des États-Unis et de l'Union Européenne demeure toujours un obstacle considérable à l’achèvement du cycle.
Le cycle de Doha a été lancé en novembre 2001, dans un élan de solidarité mondiale consécutif aux attentats du 11 septembre, faut-il le rappeler. Les négociations de Doha portaient sur l'agriculture et sur l'amélioration de l'accès aux marchés des pays riches pour les produits agricoles des pays en développement. Autrement dit, l’ultime objectif du cycle de négociations de Doha est de créer un levier qui aidera les pays laissés-pour-compte à se sortir de la misère. Derrière les bonnes intentions de départ, la perspective d'une baisse des aides aux agriculteurs provoque une levée de boucliers dans les pays riches, notamment en France, aux États-unis, en Suisse, au Japon et en Corée du Sud. L'échec des négociations tient en premier lieu à l'incapacité pour les États-Unis à s'entendre avec l’Union Européenne, et les autres gros pays agricoles, ayant tout à gagner à une libéralisation du marché agricole. D'autant plus que, au lieu de négocier en faveur de la libéralisation des marchés, la majorité des pays membres, incluant le Canada, défend sans répit les intérêts de leur propre industrie agricole allant ainsi à l’encontre même de l’objectif des discussions.
À cet égard, le Canada est souvent accusé de maintenir un double discours et sème l’ambiguïté au sein de la communauté internationale. D’une part, l’économie canadienne dépend foncièrement de ses exportations. D’ailleurs, 41 % de notre PIB émane de nos exportations et un emploi sur trois créé au Canada résulte de nos exportations. Bref, notre économie est ouverte sur le monde. Or, lors des rencontres ministérielles à l’OMC, le Canada défend avec ferveur les propriétés de nos politiques protectionnistes. La gestion de l’offre qui régit plusieurs filières telles que les produits laitiers, la volaille et les œufs est sous pression, que ce soit pour ses tarifs douaniers ou pour ses pratiques de fixation des prix pour lesquelles le Canada a déjà été condamné par plusieurs membres de l'OMC. Il s’agit purement d’isolationnisme économique et ceci risque fort bien de nous éclabousser en plein visage. Avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée et le départ incessant du Président Bush de la Maison-Blanche en 2008, les probabilités que les États-unis et l’Union Européenne adhèrent conjointement à un nouveau protocole d’échanges agricoles augmenteront de façon significative. De cette manière, le Canada devra acquiescer et réformer ses politiques d’importations et de gestion de l’offre, peu importe si le parlement à Ottawa est occupé par un gouvernement minoritaire ou majoritaire.
Il faut bien comprendre que le Canada est un joueur important en matière d’agriculture. Le Canada est le 4e plus grand exportateur et le 5e plus grand importateur de produits agricoles au monde. Le Canada peut potentiellement jouer un rôle de leader pour résoudre l’impasse à l’OMC, mais nos pratiques commerciales actuelles affectent notre crédibilité. Au lieu de s’appuyer sur des arguments qui ne misent qu’à protéger notre souveraineté alimentaire, le Canada doit être conséquent avec lui-même et favoriser la libéralisation des marchés entre les pays membres.
Certains pays ont réagi défavorablement au document remis par monsieur Crawford, et le considèrent comme une invitation à un nouvel échec humiliant. Toutefois, en survolant le document, nous sommes à même de constater que le projet de monsieur Crawford est en quelque sorte une feuille de route équilibrée et équitable dont l’unique but est de ramener tout le monde autour d’une même table de négociation. L’exercice a du mérite et le Canada doit le reconnaître le plus tôt possible.
Les négociations de nature multilatérale sont sans contredit toujours plus difficiles à prolonger. En effet, plusieurs pays, dont le Canada, entretiennent actuellement des négociations bilatérales puisque celles-ci sont plus diplomatiquement maniables et s’adaptent généralement mieux aux réalités d’une économie régionale. Les Accords du Cycle d'Uruguay, le dernier et le plus important des cycles de négociations multilatérales, a duré 7 ans. Plusieurs estiment que la durée du cycle de Doha sera au moins 2 fois plus longue que ce dernier. Ceci nous mène alors à 2015. Dans ces conditions, la patience du Canada est importante, mais son implication active dans les négociations demeure déterminante.
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Dr Sylvain Charlebois
Associate Professor/Professeur Agrégé
Faculty of Business Administration
University of Regina (CANADA)
Food distribution and safety specialist/
Spécialiste en distribution et sécurité alimentaire
Saskatchewan Wheat Pool
Faculty Fellow in Marketing/
Fellow de la Saskatchewan
Wheat Pool en Marketing
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