- / LBR.ca / - Il est difficile de mobiliser des consommateurs autour d’un débat aussi terne que celui au sujet des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés). Contrairement à l’Europe par exemple, les produits alimentaires contenant des OGM ne sont toujours pas identifiés au Canada et le gouvernement actuel à Ottawa n'a pas du tout envie d'intervenir pour faire changer les choses. D’ailleurs, le ministre de l'Agriculture Chuck Strahl a indiqué que son gouvernement n'avait pas l'intention de rendre obligatoire l'étiquetage des OGM, comme le réclament certains groupes d’écologistes et associations de consommateurs. Par conséquent, afin de rallier les consommateurs autour d’une même cause et d’influencer les hautes instances politiques de notre pays, ces groupes ont du pain sur la planche puisque le débat au sujet des OGM est loin de faire l’unanimité.
A priori, à l'exception de la Colombie-Britannique et du Québec (et peut être un peu en Ontario), ce débat est tout à fait négligeable. Rares sont les périodiques et les journaux qui informent le public sur les répercussions de cette technologie envers les consommateurs. À l’exception des consommateurs de ces deux provinces, plusieurs ignorent même ce que veut dire « OGM » ou, son pendant anglophone, « GMO ». Évidemment, l’affaire Percy Schmeiser, l'agriculteur de Saskatchewan qui a affronté Monsanto jusqu'en Cour suprême, avait fait couler beaucoup d’encre dans l’ouest canadien à l’époque. Par contre, cette histoire était foncièrement liée aux méthodes de production céréalière et non à une appréhension du risque alimentaire que représente les OGM pour les consommateurs.
Dans un deuxième temps, la science et la recherche scientifique ne favorisent pas vraiment la position des groupes d’écologistes. En considérant l'état actuel des connaissances scientifiques, le génie transgénique expose les consommateurs à un risque infime. Le risque resterait donc moins élevé que l'usage d'autres méthodes actuelles aux risques avérés (colorants, conservateurs, pesticides...). D'autre part, le risque, même s'il existait, serait relativement faible, étant donné que les OGM ne sont en fait que des cellules auxquelles on a inséré un gène (une protéine) supplémentaire à leur ADN. Cela s’apparente un peu à une technique vieille de plus d’un millénaire qui consiste à combiner les caractéristiques génétiques de deux produits pour en obtenir un troisième.
Finalement, une province comme le Québec investit énormément en biotechnologie. D’autoriser l’utilisation d’OGM signifie donc beaucoup d’argent en recherche et des emplois et empêcher l’étiquetage des ces ingrédients permet d'éviter la fuite des cerveaux, qui, pour poursuivre leurs recherches, ne seront pas tentés de s’installer dans d'autres pays plus laxistes envers les OGM comme le Brésil et la Russie par exemple. De plus, une nouvelle réglementation sur l’étiquetage nécessiterait forcément l’adoption de nouvelles normes de traçabilité coûteuses, ce qui découlerait probablement en une augmentation du prix du panier d’épicerie pour le consommateur moyen. L’étiquetage des OGM soulève plusieurs autres questions fondamentales. Quel est le seuil de contamination acceptable pour les consommateurs; 0,9% comme en Europe ou 5% ? Quel est le type d'étiquetage adéquat ? Comment peut-on imposer cette nouvelle règle aux importateurs de façon efficace au sein d’une économie aussi ouverte que la nôtre ? Doit-on continuer à subventionner la recherche biotechnologique ?
Cela étant dit, l’échec de situer la véritable problématique des OGM est manifeste. Nous devons d’abord et avant tout protéger les droits des consommateurs en leurs offrant une transparence et un choix. La communication du risque n’est pas qu’une relation à sens unique, mais plutôt un processus interactif d’échanges entre des individus, des groupes et des institutions. Évidemment, cette dynamique de communication favorise la compréhension de phénomènes complexes, la récente épidémie de grippe aviaire par exemple. Ainsi, le public, en étant ancré dans cette dynamique, ne peut qu’en bénéficier en étant véritablement sensibilisé et informé sur les risques réels, malgré l’effet indéniable des risques perçus.
À ce jour, l’arrivé massive des OGM sur le marché canadien représente un choix de société pour lequel les consommateurs n’ont pas encore eu la chance de s’exprimer. Les secteurs privé et public doivent agir de concert afin de rassurer le groupe d’individus qui détient l’authentique pouvoir : les consommateurs. Ces derniers représentent le dernier maillon important de la chaîne alimentaire et méritent un système d’approvisionnement sûr de même qu’une saine gestion de notre industrie agroalimentaire.
Nous devons insister sur la nécessité de garantir le choix libre et renseigné du consommateur quant à sa nutrition et ce, malgré les répercussions économiques qui en découleront. Nous avons tant fait pour cuirasser les droits des consommateurs lorsqu’ils se procurent une voiture, un bateau ou une maison. Ne doit-on pas faire la même chose pour la nourriture qu’ils ingèrent? C’est assurément sur ce point que le débat devrait porter. La consommaction suscite aujourd’hui d'importantes mobilisations sociales et, quant aux OGM, le Québec détient déjà le leadership à cet égard. Cependant, pour vraiment changer les choses, ce leadership doit s’exercer à Ottawa.
Dr. Sylvain Charlebois
Professeur Adjoint
Faculté d’Administration
Université de Regina
Chercheur en distribution
et sécurité alimentaire
Fellow de l’Institut des Politiques
Publiques de la Saskatchewan
3737 Wascana Parkway
Regina SK S4S 2X6
t. 306-525-2432
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