Réaction à l'article : Arrêtons l'humiliation des assistés sociaux !
Je ne suis pas d'accord avec les solutions que tu suggères, François...
2007-04-19 12:00 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - Je ne suis pas d'accord avec les solutions que tu suggères, François, même si je sais que la base de ton raisonnement n'est pas mauvaise. Mais permets moi de t'expliquer ma vision des choses:
Lier l'aide sociale à l'exécution d'un quelconque travail revient à réduire cette protection sociale à du « worfare », du travail forcé pour les pauvres, comme jadis on envoyait les chômeurs affamés dans les camps de travail, loin de chez eux. Nous avons évolué depuis ce temps.
Je comprends que tu fasses le lien entre le travail et la dignité, mais il n'y a pas beaucoup de dignité dans le « workfare ». À commencer par le salaire. Tu proposes que les sans emploi puissent occuper un emploi "social" en échange de leur chèque. Mais comment évaluer la valeur de ce travail ? Et pourquoi ne pas leur donner un salaire, un véritable emploi ? Si ce n'est déjà pas le cas, c'est qu'il y a un problème avec le monde du travail. Trop de gens en sont exclus. Et que dire des travailleurs (SES) pauvres ? Donc pour moi, la solution n'est pas ultimement le travail, même si je lui donne une place importante dans la vie d'une personne. C'est par son biais que l'on se réalise comme individu membre d'une communauté. Mais faute de droit à un travail décent pour touTEs (ce qui serait souhaitable), il faut agir sur l'axe des droits.
Il est vrai que le programme d'aide sociale actuel soit humiliant et vecteur de préjugés blessants et tristes. Mais j'aimerais mettre de l'avant l'approche des droits pour y trouver une solution, mieux garante de la dignité pour chacunE.
Il faut comprendre que l'aide sociale est un droit fondamental dans notre société, tel que s'y est engagé le Québec et le Canada il y a maintenant un peu plus de 30 ans (1976) en signant le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels. Dans ce pacte, notre pays et notre province se sont engagés à garantir un revenu suffisant à chaque citoyenNEs. Ce Pacte est un engagement semblable à celui pris par les pays membres de l'ONU par la déclaration universelle des droits de l'Homme. Elle est, en quelque sorte, son prolongement sur les questions plus sociétales. La communauté internationale serait en émoi de voir un des pays signataire de cette déclaration nier les droits qui y sont inscrits à ses citoyens ? Et bien il en va de même pour le non respect des engagements du PIDESC par notre pays. D'ailleurs, un comité d'experts réprimandait, en 2006, le Canada pour son manquement à plusieurs engagements du PIDESC, et cela alors que notre nation dispose des richesses suffisantes pour faire avancer les droits sociaux et économiques de touTEs. Pour plus de détails sur le PIDESC et le rapport social déposé par la Ligue des droits et libertés du Québec:
www.liguedesdroitsqc.org/
Ce manque de volonté politique de faire avancer les droits sociétaux intervient alors que de nombreux phénomènes sociaux et politiques font leur apparition. Permettez-moi, pour le bien de ce court texte, d'en faire que la simple énumération, sans tomber dans les détails. Nous assistons donc, à une mondialisation des économies qui arrache de plus en plus de pouvoirs aux États pour les remettre au libre marché, au nom du libre commerce; à une concentration incroyable des richesses globales dans quelques centaines de mains, alors que la grande majorité du genre humain doit se débrouiller avec quelques dollars par jour pour survivre; à une transformation du monde du travail, à l'apparition du travail atypique et de la précarité qui se fait plus en plus grande. C'est ainsi que le travail rémunéré n'est plus le répartiteur des richesses qu'il était auparavant. On assiste à la naissance d'une nouvelle classe de travailleurs; les travailleurs(SES)pauvres qui malgré un travail à temps plein, n'arrivent pas à joindre les deux bouts; et finalement au double phénomène de la destruction des solidarités: solidarités humaines et interpersonnelles par la montée de l'individualisme, même en politique , solidarité sociale par le démantèlement, petit à petit, des régimes de protection sociale (aide sociale, assurance-chômage), mise de l'avant par les apôtres du néolibéralisme et nos gouvernements qui appliquent cette doctrine.
Depuis plus de 15 ans, les gouvernements successifs à Québec et à Ottawa ont apporté des réformes destructrices aux programmes sociaux, comme l'aide sociale et l'assurance-chômage. On a réduit la couverture de l'assurance-chômage, on a rendu plus difficile l'accès au bénéfice des prestations, on a imposé des coupures stupides aux assistés sociaux (comme celle dévoilée hier qui tue l'entraide entre personnes), on a utilisé sciemment les préjugés contre les personnes sans emploi pour démolir le filet social que nos aïeux avaient construit à coup de luttes sociales, de grèves et de manifestations.
Je crois que nous, les progressistes, avons essayé trop longtemps de réparer les pots cassés par les néolibéraux. Je suis convaincu que nous devons aujourd'hui proposer des solutions nouvelles qui répondront à notre désir de justice sociale et nos voeux de voir les droits de chacun s'affirmer et se faire respecter.
En ce sens, je crois que l'idée d'une allocation universelle, d'un revenu de citoyenneté, reste la meilleure alternative à l'aide sociale ostracisante et créatrice de désespoir. En reconnaissant le droit de touTEs de disposer d'un revenu suffisant (PIDESC) (je propose 12 000$ par individu de plus de 18 ans), en permettant à touTEs d'avoir un accès égal à la dignité et à l'égalité des chances de réussir sa vie, nous aurons fait ensemble un grand pas. Cela ne règlera pas tous les problèmes liés à la pauvreté, mais ce sera sûrement un tremplin vers de véritables solutions durables à ces problématiques sociales. Le débat reste à faire sur le comment et sur les modalités d'application de cette allocation universelle, mais je crois que nos efforts, nos réflexions et nos espoirs de militantEs progressistes doivent aller dans ce sens.
Le mot d'ordre d'un monde plus juste: PAUVRETÉ ZÉRO!