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Nous sommes presque tous des perdants

Lundi, nous serons nombreux à essayer de choisir notre gouvernement.
2007-03-26 07:29 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Lundi, nous serons nombreux à essayer de choisir notre gouvernement. Et nous échouerons, pour ce qui est de la vaste majorité d’entre nous.

Mais malgré tout, le lendemain matin, il faudra tout de même essayer de nous convaincre que c’est bien « notre » gouvernement. Ce sera le gouvernement que nous aurons collectivement choisi. Et nous devrons nous en sentir pleinement responsables. Et nous devrons continuer d’exiger d’être entendus et respectés par ces députés que nous aurons élus.

Mais ce gouvernement, nous serons majoritaires à ne pas le sentir comme le fruit de notre choix personnel. Pour ma part, demain, je ferai partie des perdants, car je voterai à Alma pour Québec Solidaire ou pour le Parti Vert. Et j’en serai fier! Car j’aurai perdu avec honneur! Je serai fier d’avoir manifesté l’existence d’idées importantes pour l’avenir de mes enfants avant même que ces idées ne récoltent assez de support pour qu’elles puissent être représentées à l’Assemblée Nationale!

Et nous serons d’ailleurs majoritaires à avoir perdu nos élections, chacun chez nous, un peu partout au Québec. Car ce député qui aura gagné chez nous sans notre vote, nous serons plus de 65% à sentir qu’il n’est pas notre député à nous, puisque nous n’aurons pas voté pour lui. Et nous aurons donc perdu, localement. Et nous serons majoritaires à perdre localement.

Et je ne compte ici que parmi ceux qui auront pris la peine de voter! Si on ajoute le tiers qui n’aura même pas pris la peine de voter, nous nous retrouverons à être les trois quarts de la population en âge de voter à ne pas nous reconnaître dans le représentant local du gouvernement.

C’est normal, dans ces conditions, que les gens méprisent l’appareil gouvernemental. Mardi, nous serons entre 60% à 75% des gens à ne pas nous y reconnaître.

Personne, je dis bien personne, ne se sentirait ainsi si nous avions au moins une forme minimale de scrutin proportionnel. Car si nous avions la proportionnelle, chacun pourrait nommer, le lendemain de l’élection, le représentant précis qu’il aurait contribué à élire. Moi, par exemple, j’aurais élue Françoise David, Amir Kadir ou Scott Makay. Et puisque chacun pourrait ainsi nommer son député gagnant personnel, il n’y aurait donc personne, parmi ceux qui auraient voté, qui pourraient dire que son vote personnel n’a rien changé.

Nous avons tous le droit d’avoir ce sentiment important qui consiste à être certain d’avoir contribué directement au choix de l’un des représentants démocratiques de l’Assemblée Nationale. Pour l’instant, ce ne seront que le tiers ou le quart des électeurs qui auront ce sentiment.

Or, il suffirait de quelques députés attribués à la proportionnelle pour empêcher toutes ces défaites inutiles si fertile en cynisme. Même si il n’y avait que quelques députés d’ajoutés, chaque citoyen pourrait avoir ce sentiment d’appartenance dont on prive imbécilement la majorité de la population pour pouvoir la piéger dans des idées qu’elle ne veut plus soutenir.

Car ce député qui aurait gagné par nos votes, ce serait le nôtre. Et nous connaîtrions son nom et son numéro de téléphone le lendemain du vote.

Ce serait le représentant direct de notre vote personnel. Nous serions responsables de ses paroles et il aurait le devoir de nous écouter.

Mardi matin, ce ne seront qu’une minorité de Québécois qui se sentiront écouté par leur député.

Et ils ne se sentiront écoutés que pour 4 ans.

Et ils ne pourront pas en parler avec leur entourage qui n’auront pas une telle écoute car ça les mettra en christ.

Ce sentiment d’être muselés pour 4 ans, sentiment qu’éprouveront tous ceux qui auront perdu leur élection locale, ce sera le meilleur ferment possible pour que les gens en viennent à mépriser la classe politique. En étant muselés, les perdants de chaque élection locale deviendront cyniques et haineux. Jusqu’à un grand ras-le-bol total qui donnera le pouvoir à des idiots qu’on ne surveillera même plus!

Et il faudrait donc, de toute urgence, lancer un programme de parrainage pour que les électeurs perdants aient tous un député élu répondant. Un député qui aurait un numéro de téléphone sans frais, et qui représenterait la voix des électeurs déçus de son parti. Ce député devrait venir faire un tour dans la circonscription pour rencontrer les électeurs qui auraient soutenu son parti, et dont son parti serait donc responsable.

Ici, à Alma, nous devrions avoir un député de chaque parti qui nous soit assigné, pour que ceux qui ont voté pour ce parti puissent s’adresser à lui pour lui poser des questions ou pour lui proposer des projets ou des munitions qu’ils auraient peur de ne pas pouvoir acheminer au député local gagnant. Les députés assignés aux perdants de chaque région devraient être des députés élus, présents à l’assemblée nationale. Et ces députés devraient avoir un numéro de téléphone local et une adresse de courriel pour que nous puissions leur faire part de nos suggestions et doléances. Et ils devraient venir faire un tour en personne de temps en temps.

Et il devrait y avoir un représentant élu qui représenterait ces votes pour chaque parti recevant au moins 100000 votes. Quitte à ajouter deux ou trois sièges à l’assemblée nationale si aucun élu n’est déjà là pour répondre. Et ainsi, aucun groupe de 100000 personnes ne pourra prétendre qu’il n’a aucun représentant à l’Assemblée Nationale.

Et ainsi, tous les citoyens verront un lien personnel, une responsabilité personnelle dans la composition de l’Assemblée de notre nation.

Et tous, le lendemain des élection, auront gagné, dans une proportion ou dans une autre, leurs élections. Comment prétendre que nous respectons les citoyens, dans une civilisation qui se contente stupidement d’un mode de scrutin qui fait deux à trois fois plus de perdants que de gagnants?

En attendant que nos politiciens se réveillent, nous devrions nous cotiser entre électeurs soutenant Québec Solidaire ou le Parti Vert payer Françoise David, Amir Kadir et Scott Makay pour qu’ils fassent la job à temps plein en alternance.

Et nous devrions dire à nos gros politiciens : « Françoise David, Amir Kadir et Scot Makay ont la même légitimité que vous car ils ont reçu une proportion suffisante du vote! Faites leur une place de député! Nous allons nous cotiser pour payer leur salaire! Faites leur une place partout où les députés ont le droit d’aller! Ils ont reçu assez de votes pour mériter une voix au sein de l’assemblée des représentants de notre collectivité! »

Moi, je suis prêt à mettre 100$ par année pour être représenté par Françoise et Amir. Et je suis certain qu’on est 1000 à être prêts à faire pareil. Autant leur donner l’argent et leur demander de siéger à temps plein à toutes les fois que les députés siègent, et de s’adresser aux médias ensuite.

Et je serais content que Scott Makay se joigne à eux.

Un siège de compensation proportionnelle à l’assemblée nationale, ça devrait coûter 100000$ par année et 100000 votes lors d’une élection générale. Il me semble que ce serait le minimum de respect que mériterait la population. Tous devraient avoir le droit de gagner leurs élections. Ce privilège ne devrait pas être réservé au quart ou au tiers de la population.

Avant de devenir de tristes obsédés, lorsqu’ils étaient encore guidés par un vrai démocrate idéaliste, les Péquistes comprenaient tout cela. Et ils avaient inscrit la réforme du mode de scrutin parmi leurs plus importantes priorités. Mais depuis, ils ont dégénéré, et sont devenus maniaques. Et ils sont prêts à sacrifier la représentation juste du peuple si elle risque de nuire à leur volonté obsessive de briser les liens avec les autres Canadiens. Ces tristes obsédés ont oublié les idéaux du plus noble d’entre les leurs. Ils sont devenus aussi cyniques et laids que les politiciens qu’ils avaient, un jour de 76, si honorablement mérité de prendre la place.

Combien de temps faudra-t-il attendre pour qu’une autre génération se lève avec des idéaux démocratiques renouvelés? Jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour qu’un politicien dénonce cette ignoble situation où la majorité de la population perd ses élections? Nous sommes déjà les deux tiers, peut-être même les trois quarts? Faudra-t-il que nous soyons 90% à ne pas nous sentir représentés pour commencer à nous poser des questions?

François Privé
Alma

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