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Publicités politiques négatives: tirer sur les personnes pour tuer le débat - Par Denise Turcotte

Un texte de L'oiseau-mouche
2007-02-27 06:47 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Avec le lancement de la campagne électorale québécoise, les conservateurs de monsieur Harper ont retiré les publicités négatives qu’ils avaient lancées contre le chef libéral Stéphane Dion. On sera assurément bombardé de publicités politiques dans les semaines qui viennent, ce qui amène les conservateurs à ménager leurs munitions. Alors, sauvé par la cloche, monsieur Dion ? Rien n’est moins sûr, si on en croit les conservateurs pour qui ce n’est que partie remise.

Un malaise

Je peux bien l’avouer, je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour Stéphane Dion. Comme plusieurs d’entre vous sans doute, je me suis amusée de le voir dépeindre en rat par le caricaturiste Serge Chapleau. Il avait ce qui fait qu’on aime détester quelqu’un: la suffisance et l’arrogance de l’intellectuel qui se croit supérieur, le petit air hautain de celui qui a tout compris et qui est persuadé que tous les autres sont dans le champ. Quelque chose du traître aussi: ce Québécois qui prétend dire aux autres Québécois ce qui est clair et ce qui ne l’est pas, et qui cherche à changer les règles du jeu pour faire triompher son option fédéraliste par tous les moyens.

Et puis Jean Chrétien est parti et Paul Martin a relégué Stéphane Dion aux banquettes arrières. Et il a fallu ajouter des qualités improbables comme l’humilité et la modestie à notre façon de percevoir monsieur Dion. En jouant le brave soldat sans rechigner, puis en devenant ministre de l’Environnement, il a commencé à casser son image de Québécois venu à Ottawa uniquement pour remettre le Québec à sa place. Je crois que c’est à partir de là que l’image du rat est passée de caricature parfaite à insulte pas très gentille.

Finalement, pendant la campagne au leadership du Parti libéral, Stéphane Dion a redoublé d’efforts pour montrer qu’il pouvait être près des gens. En écoutant certaines des entrevues qu’il a données sur des tribunes moins politiques, je me suis même surprise à me dire que Stéphane Dion n’était peut-être pas un mauvais diable dans le fond. De là à en faire un chef charismatique de grand parti, il y a une marge, mais c’est comme si tout à coup, il ne méritait plus qu’on le déteste intégralement et sans appel.

C’est un peu pour cela que j’ai ressenti un malaise lorsque j’ai vu les publicités négatives des conservateurs sur Stéphane Dion. Le rat, on peut reconnaître que c’était peut-être un peu fort, mais on peut aussi se dire qu’il avait couru après. Mais il ne mérite pas un Rat II. S’attaquer à la personne plutôt qu’aux idées, c’est « cheap ».

Approche déloyale

C’est d’ailleurs curieux de voir combien les conservateurs sont prompts à préférer l’attaque personnelle à l’argumentation sur les idées, eux qui se posent en champions de l’intégrité morale. Il y a dans ce procédé toute l’hypocrisie que je déteste. Celle des défenseurs de la rigueur qui n’hésitent pas à tourner les coins ronds pour arriver à leurs fins. Celle des bigots qui mangent de la balustre d’un côté de la bouche et qui mangent du prochain de l’autre bord de la gueule.

Il fallait entendre les ministres conservateurs du Québec défendre leurs publicités négatives en les dépeignant comme de l’information. N’importe quoi ! Tout le monde sait que Stéphane Dion a loyalement servi Jean Chrétien, personne n’a besoin d'être informé là-dessus. De la part des conservateurs qui exigent de leurs députés un respect exemplaire de la ligne de parti, c’est presque cocasse.

En réalité, ce que les conservateurs cherchent à faire, c’est plutôt d’associer monsieur Dion à tout ce que les électeurs peuvent reprocher à Jean Chrétien, y compris le scandale des commandites et son style un peu colon. Ils ne démontrent pas que les idées de Dion sont mauvaises, ils tentent de nous convaincre que, puisque Dion travaillait avec Chrétien, il est forcément croche. Ils misent sur le fait que ni Dion, ni Chrétien ne bénéficient d’un grand capital de sympathie de la part des Québécois.

Nouvelle mode

Est-ce que ce type de publicités dont les Américains sont friands a de l’avenir au Québec ? Je ne sais pas. Les Québécois détestent la chicane et beaucoup de gens se plaignent que les politiciens passent leur temps à se dénigrer les uns les autres plutôt qu’à expliquer ce qu’ils ont à proposer pour régler les problèmes auxquels la population fait face.

D’un autre côté, la radio-poubelle a la côte et les morning-men qui se spécialisent dans l’attaque personnelle jouissent de larges auditoires qui en redemandent et qui en rajoutent dans les tribunes téléphoniques. Dans les milieux de travail, il n’est pas rare que le dénigrement des collègues soit érigé en système et c’est souvent vrai également dans les familles. Si nous sommes souvent portés à nous ranger du côté des victimes, nous avons bien de la difficulté à résister à la tentation de la gueule sale...

Finalement, je crois que ce qui me dérange le plus dans les publicités négatives, c’est qu’elles nous éloignent encore un peu plus des débats véritables. Il me semble qu’on baignait déjà dans suffisamment de démagogie comme ça ! Quoi qu’il en soit, si les conservateurs réussissent à faire entrer les publicités négatives agressives dans nos mœurs politiques, ce ne sera pas parce qu’ils sont plus méchants que les autres. Ce sera parce que nous sommes prêts à accepter que tous les coups sont permis et que les idées sont devenues secondaires dans l’arène politique.

Denise Turcotte

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