- / LBR.ca / - C’est difficile de prévoir l’avenir. En fait, le résultat final de l’élection du 26 mars prochain sera beaucoup plus facile à prévoir le 27 ou le 28 mars. En attendant cette date, toute prédiction comporte des risques.
Mais je vais quand même me risquer.
J’ai l’impression que les gens du Québec n’ont plus vraiment envie de se faire parler d’un autre référendum.
J’ai l’impression qu’il y a pas mal de monde qui est écoeuré, en fait, de se faire raconter qu’ils n’auront un pays qu’après un référendum divisif gagné par le PQ. De plus en plus de gens considèrent le Canada comme leur pays, et nombreux sont ceux qui sont contents que ce pays aille d’un océan à l’autre, avec toute la diversité géographique et culturelle qu’on lui connaît.
Donc, il y a des gens qui ne veulent pas d’un référendum car ils considèrent que le Canada est un grand pays, capable de dire un non courageux et obstiné à la guerre des USA en Irak, et un oui déterminé à l’intervention multilatérale en Afghanistan.
Et il y a aussi des gens qui sont déçus du PQ, qui promettait le scrutin proportionnel, mais qui a ensuite décidé de faire semblant qu’une telle réforme n’était possible qu’après la signature du chèque en blanc de la souveraineté… Et bien que nous ayons étés parmi les premiers à parler des vices de notre mode de scrutin, (avec René Lévesque en tête!) nous ne serons pas nécessairement les premiers à mettre en place les réformes démocratiques depuis si longtemps attendues. Car les péquistes préfère exiger la souveraineté avant que ce progrès démocratique ne soit consenti. C’est qu’ils savent bien que cette réforme leur serait défavorable, eux qui peuvent gagner l’élection même en tirant de l’arrière par 3 ou 4% du suffrage universel.
Il y en a d’autres qui sont déçus du PQ car le parti a fait de la Souveraineté une fin en soi, au lieu de n’en faire qu’un moyen pour construire un monde plus juste. Au lieu d’être un simple moyen, la souveraineté est devenu une fin en soi, à réaliser le plus vite possible coûte que coûte. À ce PQ pressé, je connais plein de gens qui ont envie de répondre « Il n’y a rien qui presse! La souveraineté, peut être un jour, mais certainement pas tout de suite et à tout prix! »
Pas tout de suite, car le PQ a besoin d’un chef qui ne soit pas contesté de l’intérieur même de son propre parti pour qu’une démarche aussi divisive puisse être menée avec une sérénité minimale, si tant est que ce soit possible. L’enjeu est trop gros pour un chef mal assuré, qui raconte qu’il a le couteau entre les dents pour faire oublier les deux ou trois poignards qu’il a entre les omoplates.
D’autres enfin n’ont plus aucun intérêt pour la souveraineté car ils croient que le lien fédératif est nécessaire pour que nous puissions continuer à réfléchir ensemble, à l’échelle de tout le Canada, sur les règles que nous devrions nous donner pour encadrer notre développement économique. Nous devons pouvoir réfléchir ensemble à l’avenir des sables bitumineux de l’Alberta. Je serais bien étonné que l’Alberta soit encline à écouter notre point de vue si nous prenons d’abord la peine de déchirer le pays que nous partageons depuis plus d’un siècle, alors pourtant que les signes d’ouverture et de respect pour nos différences se sont multipliés au cours des dernières années.
Et de toute manière, pourquoi priverais-je mes petits enfants de la possibilité d’être Premier Ministre du Canada, ou député d’un parti qui exerce le pouvoir à l’échelle de tout ce grand pays? Pourquoi enfermer mes enfants dans une petite frontière alors qu’ils peuvent en ce moment entretenir des ambitions à l’échelle de tout le Canada? Pour satisfaire l’égo des purs et durs du PQ? Disons que ce n’est pas ma première priorité.
En fait, je ne vois pas l’intérêt d’ajouter une frontière entre nous et le reste du pays, et je ne vois pas l’intérêt qu’il pourrait y avoir à cesser d’être Canadiens.
En attendant qu’un péquiste renonce à me vociférer une litanie de vielles querelles poussiéreuses pour justifier encore un troisième renouvellement du même vieux psychodrame collectif inutile, en attendant que l’un d’entre eux trouve un vrai argument intelligent pour justifier que mes enfants cessent d’être Canadiens, j’ai bien l’impression que je devrai renoncer à voter pour le PQ.
Mais c’est dommage, car j’aurais bien aimé soutenir quelqu’un de la trempe de Sylvain Gaudreault ou Denis Trottier. Et je promets de le faire lorsqu’ils auront réussi à faire réécrire l’article 1 du programme du PQ. J’avais espoir qu’André Boisclair le fasse, car à un certain moment de la course à la chefferie de son parti, il semblait le moins pressé des aspirants. Mais malheureusement, les purs et durs du PQ ont eu raison de cet air frais qui semblait pourtant prometteur. Et le PQ est tombé dans l’ornière du référendum à tout prix le plus vite possible. Tant pis pour eux. Maintenant, ils sont pris avec un chef qui a l’air à côté de ses souliers, même aux yeux de ses propres militants.
Mais pour qu’une vraie remise en question de l’Article 1 ait lieu, il faut peut-être plus qu’une défaite honorable au PQ. Il leur en faut peut-être une grosse. On ne saura qu’après une vraie grosse défaite du PQ si ce parti est réformable à un degré qui pourrait le rendre de nouveau utile.