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Pourquoi je ne présente pas ma candidature pour Québec Solidaire

Après avoir lu le papier de Sylvain Gaudreault à propos des raisons pour lesquelles il se présente pour le Parti Québécois...
2007-02-19 06:58 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Après avoir lu le papier de Sylvain Gaudreault à propos des raisons pour lesquelles il se présente pour le Parti Québécois, j'ai cru qu'il serait intéressant de procéder au même exercice que lui, pour expliquer les raisons qui m'ont retenu de me présenter pour Québec Solidaire.

Il y a deux raisons de base qui m'ont retenu de me présenter pour Québec Solidaire: le choix que le parti a fait de soutenir la souveraineté, et le choix qu'il a fait de s'afficher seulement féministe, sans affirmer dans ses objectifs de base son intention de lutter contre les détresses des hommes. Ce sont ces deux raisons que j'expliquerai un peu plus en détail dans les lignes qui suivent.

D'abord, parlons un peu de la souveraineté. Lors du dernier référendum, et lors de toutes les élections québécoises auxquelles j'ai eu l'occasion de voter, j'ai toujours soutenu la souveraineté du Québec. Je croyais à l'époque que si autant d'artistes s'étaient prononcés pour cette option, ce devait certainement être pour des raisons valables. Et mes professeurs d'histoire du secondaire et du collège étaient tellement insistant lorsqu'ils présentaient ce qu'ils voyaient comme l'infamie historique des Anglais que j'en étais venu à me forger une image caricaturale de ceux-ci, un mélange de patrons méprisants, de Red Neks racistes, de Cow-Boys et autres quasi-américains qui ne nous déclaraient leur amour que par calcul. Tout le « Rest-of-Canada » me semblait hostile, inhospitalier, sauvage, méchant et américanisé. Mais depuis, j'ai voyagé.

Et lorsque j'ai voyagé, je me suis rendu compte que j'avais plein de choses en commun avec des Canadiens de partout. Et je me suis rendu compte qu'il y en avait plein, dans le nord de l'Ontario, qui partageaient ma langue. J'en ai rencontré plein aussi du Nouveau-Brunswick, et même de Colonmbie Britanique. Et partout, quelle que soit la langue de mes interlocuteurs, j'ai été reçu en ami. Certains m'ont même reçu chez-eux et nourri plusieurs jours, sans rien demander en retour. Quelle pourrait donc être l'utilité d'une stupide frontière entre moi et eux?

Et en plus de cette amitié que j'ai concrètement expérimentée, mêlée chez eux d'une sincère et gênante inquiétude face à l'éventualité d'une rupture du pays, j'ai aussi constaté que nous partagions des objectifs commun sur le chemin de la réalisation desquels une frontière serait très certainement nuisible. Simplement à titre d'exemple, quelle sera notre influence sur l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta lorsque nous aurons craché une frontière au visage des Albertains? Certains me diront que les Albertains n'ont pas à se sentir offusqués par notre choix d'ériger une frontière entre nous et eux. Mais comment ne seraient-ils pas frustrés de nous voir briser le pays auquel ils tiennent?

C'est donc pour toutes ces raisons que je suis profondément triste d'avoir vu Québec Solidaire se laisser arraisonner par des péquistes de gauche frustrés par leur propre parti. QS n'aurait pas dû céder à ces amateurs de pays charcuté. À quoi bon racourcir ainsi les ambitions de tous les futurs Québécois, qui devront tous renoncer à être premier-ministre de tout le Canada si la séparation du Québec se fait? Le Québec a produit plusieurs grand premiers ministres du Canada. Pourquoi priver tous les enfants du Québec de cet avenir possible? Pour ma part, je crois que c'est une idée stupide, et surtout maintenant que ce projet n'a même plus d'objectif réellement progressiste, et que le PQ tourne à droite et se moque des syndicats.

L'autre raison qui m'a retenu, c'est le féminisme affiché par QS. Non pas parce que je crois que les femmes ont terminé leur bataille pour l'égalité. Bien au contraire. Je crois fermement que le féminisme doit continuer son combat pour que toutes les femmes d'ici et d'ailleurs aient une vie heureuse, exempte d'injustices et de violences. Mais je crois que les hommes doivent maintenant aussi commencer leur propre combat d'émancipation. Les hommes réussissent moins bien que les femme à l'école, et doivent quand même continuer sans être aussi encouragés que le sont les filles par des programmes gouvernementaux et communautaires destinés seulement à elles, tels que les Scientifines ou « Chapeau les filles ». Ils se suicident plus que les femmes, et sont plus touchés par la toxicomanie et l'alcoolisme, comme par une vaste gamme de problèmes sociaux divers. Le suicide est d'ailleurs la principale cause de mortalité chez les hommes de moins de 40 ans. Ce n'est pas anodin... Ils sont la tête de turc de tous les publicitaires, qui leur donnent systématiquement le rôle de l'imbécile du couple. Ils ont plus de misère à voir leurs enfants après une séparation, et meurent de toute manière plus jeunes que les femmes. Toutes ces manifestations de détresse devraient être sérieusement analysées, et les forces progressistes du Québec ne devraient pas les prendre à la légère. Pour que cette compassion soit visible, Québec Solidaire aurait du affirmer avec la même force son intention de lutter contre ces détresses que contre les injustices qui touchent les femmes. Malheureusement, ce n'est pas ce que QS a choisi de faire. QS a choisi de s'afficher FÉMINISTE, sans contrepartie approppriée pour montrer également sa compassion envers les hommes qui souffrent.

Voilà donc les deux raisons pour lesquelles je ne me suis pas présenté pour briguer l'investiture de Québec Solidaire à Alma. Et si Québec Solidaire abandonne la souveraineté, et intègre à côté de son Féminisme un appel égal à la compassion et à la lutte contre les détresses masculines, je reverrai ma position.

Mon offre tient aussi pour le PQ. Si le PQ abandonne la souveraineté, je pourrai recommencer à considérer ce parti. Mais je ne crois pas que le PQ sera capable de se remettre aussi profondément en question. Et si on me demandait de parier, je gagerais que ce sera la cause de sa perte. Car telle pourrait être la solution à la question nationale: les gens du Québec pourraient bien finir par trouver le projet souverainiste ridicule et inutile comparé aux défis qui nous attendent tous au cours des prochaines décennies, défis pour l'affrontement desquels nous aurons probablement besoin d'agir de concert et en bonne entente avec tous nos concitoyens du Canada.

Il ne me restera donc plus qu'à choisir entre les Libéraux et le Parti Vert. Et honnêtement, je ne sais pas encore quoi penser. Heureusement, ici, c'est un solide candidat qui se présente pour les Libéraux. Et je pourrai donc faire avec lui comme je faisais avec Stéphan Tremblay. Je voterai pour l'homme plutôt que pour le parti. Et je le ferai d'autant mieux que le plan vert du Québec, écrit par les Libéraux, a été reconnu comme l'un des plus solides de l'Amérique du Nord. Il ne me restera plus qu'à leur hurler de ne pas dégeler les frais de scolarité. Comment comprendre qu'on fasse payer nos jeunes pour s'instruire alors qu'on envoie des chèques aux assistés sociaux qui décident de rester chez eux? Je connais plein de jeunes mêres de familles qui sont obligés de rester sur le BS car leur situation financière serait trop désastreuse si elles s'inscrivaient à l'école! Et on veut monter la facture? Ridicule! Mais lutter contre ce détail m'apparaît mille fois moins coûteux que de lutter contre un autre référenum divisif et inutile.

Et si nous sommes de plus en plus nombreux, à gauche, à trouver ridicule le projet des frontièristes, le PQ et le Bloc pourraient être en bien mauvaise posture dans les mois et les années qui viennent.

Mais ça, c'est à la population du Québec de le décider. Et je ne connais pas l'avenir plus que vous.

François Privé
Alma

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