- / LBR.ca / - Ceux qui croient que l’esprit d’entreprise manque de vigueur au Saguenay–Lac-Saint-Jean devraient aller faire un tour au festival Regard sur le court métrage ces jours-ci. Cet événement est devenu une véritable PME culturelle, sans trahir l’esprit de fête et de découverte qui lui a donné naissance.
Quand on évoque l’entreprenariat, on pense d’abord à des commerces et à des usines. Pourtant, dans une région qu’on qualifie volontiers de «pépinière d’artistes», il est tout à fait logique que l’entreprenariat s’exprime à travers une de nos grandes richesses naturelles: la vitalité artistique et la créativité de nos artistes.
À sa onzième année, Regard sur le court métrage au Saguenay amène le monde sur nos écrans et permet l’essentielle rencontre entre créateurs et gens de l’industrie. Il donne également à plusieurs jeunes créateurs l’occasion de travailler dans le domaine qui les passionne et de le faire ici, au Saguenay.
Persévérance
Ça n’allait pas de soi, comme le raconte avec amusement Éric Bachand, fondateur de l’événement et actuel directeur artistique. «La première fois que j’ai appelé à la SODEQ pour avoir de l’aide, ils m’ont expliqué tout le processus et ils m’ont dit «bonne chance» sur un ton qui en disait long!» D’ailleurs, la première demande a été refusée: «En toute naïveté, je cherchais 500$ pour éponger le déficit de la première édition», explique Bachand.
C’est vrai qu’il fallait une certaine dose de naïveté pour croire que l’organisme gouvernemental apporterait son soutien à un festival naissant, marginal et «en région». Pourtant, onze ans plus tard, la SODEQ reconnaît l’importance du festival et lui accorde quelques dizaines de milliers de dollars annuellement. Et Éric Bachand est bien trop dépourvu de malice pour y penser, mais moi ça me fait un petit velours que Regard sur le court métrage soit devenu un succès pendant que la SODEQ se plantait avec sa tentative réorganisation des grands festivals de films à Montréal.
De la passion et du plaisir
En fait, je crois que le succès du festival tient beaucoup à son esprit bon enfant, passionné et résolument festif. Regard est très sérieux, mais il ne se prend pas trop au sérieux même si son rayonnement est international avec des films provenant d’une quinzaine de pays. Cette année, il y a même des gens de l’extérieur de la région qui sont venus pour agir comme bénévoles au festival; c’est dire à quel point l’événement est en train de devenir un incontournable.
Les artistes qui participent à Regard s’amusent ferme. C’est pour ça qu’ils reviennent et qu’ils en parlent à leurs amis. Par exemple, Francis Leclerc, dont le festival a présenté plusieurs films au fil des ans, est de retour cette année pour réaliser le film improvisé. Il a amené son copain Roy Dupuis. C’est comme ça, Regard, c’est un peu une affaire de chums.
Vedettes et grosses pointures
Les vedettes comme Roy Dupuis, Francis Leclec, ou Sylvain Marcel, le porte-parole au célèbre «Ah Ha!», attirent les projecteurs sur le festival et contribuent à le faire connaître. C’est une bonne chose, mais les vedettes les plus importantes sont peut-être ailleurs. Regard est une formidable vitrine pour des cinéastes talentueux d’ici, comme Sébastien Pilote, qui y présente un nouveau film cette année. Et il y a, dans la programmation de Regard, de nombreux films primés et sélectionnés dans des festivals importants, comme Histoire tragique avec fin heureuse, de Regina Pessoa, couronné à Annecy, Séoul et Hiroshima, Spraekker, de Aage Rais-Nordentoft, Grand Prix à Brest, Eût-elle été criminelle… de Jean-Gabriel Périot, gagnant de quatre prix internationaux, Banquise, de Claude Barras et Cédric Louis, sélection officielle en compétition au Festival de Cannes, Sniffer, de Bobbie Peers, Palme d’Or du court métrage et prix Norman McLaren au Festival de Cannes 2006, Noël Blank, de Jean-François Rivard (à qui on consacre d’ailleurs une rétrospective), prix Génie 2004 du meilleur court métrage dramatique, et plusieurs autres.
Si les noms de ces cinéastes sont inconnus pour l’instant, nous pourrons peut-être bientôt nous vanter d’avoir été parmi les premiers à les découvrir. Comme nous avons eu la chance de faire, sur les écrans de Regard, la découverte des films de Francis Leclerc, Ricardo Troggi, Jean-Marc Vallée, Robin Aubert, Denis Villeneuve, Louis Bélanger et tant d’autres.
Certains réalisateurs et organisateurs de festivals étrangers sont venus au Saguenay pour présenter leurs films et pour voir ceux qui sont projetés ici. Samedi soir par exemple, le français Martin Rit et le belge Xavier Diskeuve étaient là pour présenter leurs films à une salle comble qui leur a fait bon accueil. Au delà des riches rencontres qui s’en suivent, cette notoriété acquise par Regard sur l’échiquier mondial du court métrage est sans doute une des principales fiertés de l’équipe de Caravane Films, qui organise le festival.
Autre raison de se réjouir, le public de Regard suit fidèlement et augmente année après année. L’événement a d’ailleurs mis de l’avant une foule d’initiatives pour développer son public. Ainsi, en plus des tournées dans les écoles, des séances scolaires, ados, familiales et de projections dans des vitrines d’édifices de la rue Racine, Regard organise cette année des projections sur écran de neige. Animées par les Clowns noirs du Théâtre du Faux coffre, ces séances extérieures gratuites expriment de façon audacieuse la nordicité assumée d’un festival sans complexe.
Une nouvelle façon d’être régionaliste
Regard sur le court métrage au Saguenay est un bel exemple de ce qui me fait espérer le meilleur pour l’avenir de la région. Avec ses projections à Chicoutimi et à Jonquière (et même à Alma en avant-première), le festival reste imperméable aux querelles de clochers et occupe au mieux le territoire pour accroître son rayonnement, augmenter son accessibilité et exploiter tout le potentiel de chaque lieu.
Mais surtout, cet événement organisé par une équipe jeune, débrouillarde et déterminée présente un visage réjouissant et moderne de l’entreprenariat régional : axé sur la culture, fidèle à sa passion, et tourné vers le monde tout en restant fier porteur de l’identité régionale.
Bel exemple à suivre.
Denise Turcotte
Saguenay
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