D’entrée de jeu, je tiens à signaler que je suis un tenant de la laïcisation des lieux et instances publiques.
2007-02-01 07:11 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - D’entrée de jeu, je tiens à signaler que je suis un tenant de la laïcisation des lieux et instances publiques. Ceci étant dit, je m’inquiète de l’hystérie qui entoure actuellement le débat sur l’intégration des ethnies. Hystérie qui a atteint les régions, à preuve la « Charte d’accueil » d’Hérouxville. On se comporte soudainement comme si les minorités ethniques constituaient la menace no 1 des régions du Québec.
Comment en est-on arrivé en région à déclarer massivement la guerre au port du kirpan? Tout ça, dans des lieux où Francine Grimaldi est la seule personne qui porte un turban que les gens peuvent nommer, et j’en suis. Rappelons qu’il y a une vingtaine d’années, chaque petit village du Québec accueillait généreusement une famille de Laotiens, qu’on appelait les « boat peoples ». Combien habite encore ces villages aujourd’hui? J’ai probablement trop de doigts pour les compter. Il paraît qu’ils sont tous déménagés à Montréal et Toronto. Sérieusement, combien de membres de la communauté Sikh qui portent le turban, qui ont un fils et qui vont l’obliger à porter le kirpan habitent les régions? On conviendra que la menace qu’un enfant des régions soit blessé à l’école par le kirpan d’un jeune Sikh arrive assez loin dans la liste des menaces. Il est plus probable que le Sikh qui portera le kirpan se fasse blesser par les autres enfants avec autre chose qu’un kirpan. J’ai l’impression qu’on a sorti un fusil de calibre 12 pour tirer sur une mouche dans ce débat. Je rappelle que je suis pour la laïcisation des écoles. J’en ai contre la teneur apocalyptique qu’on attribue actuellement à ces situations.
L’intégration des minorités ethniques m’apparaît une problématique urbaine pour laquelle je fais davantage confiance aux urbains pour définir les paramètres d’une solution. Lorsque vient le temps de décider de l’usage de la forêt et des rivières je suis agacé par les urbains qui se mêlent de nous dicter la conduite avec des points de vue qui ne tiennent évidemment pas compte de la relation de dépendance que les gens des régions ont avec ces ressources. Le même raisonnement vaut pour l’intégration des ethnies. Souvent, les régionaux ont une idée très approximative, voire théorique, des avantages et inconvénients de la cohabitation avec les ethnies. Il est trop facile de dire « qu’on les retourne tous chez eux » quand il s’agit de personnes qu’on connaît pas, qui ne font pas partie de notre économie et surtout quant on sait que ce n’est pas nous qui allons les conduire à l’aéroport. Tout comme il est trop facile pour l’urbain de dire « ne toucher pas aux arbres ni aux rivières » quant personne autour de lui dépend de ces ressources pour survivre.
Je déplore l’absence de sens critique dans ce débat. Trop souvent on entend qu’en France y tolèreraient pas ça, qu’en France on rit de nous. On oublie de rappeler qu’en France on vit des émeutes importantes sur une base régulière en raison de politiques d’intégration qui font plus parties du problème que de la solution. S’il existe un pays duquel on a pas de leçon à tirer c’est bien la France. Or la radicalisation des positions à laquelle on assiste actuellement réclame des politiques qui s’apparentent dangereusement à celles de la France.
Tous ont été témoins du drame du père de famille qui avise sa fille que si elle revient enceinte à la maison ses valises seront sur la galerie. Quand ça arrive, la jeune fille désespérée tente maladroitement de s’avorter elle-même, quitte le foyer familial ou pire se suicide. Le père regrette alors son excès d’autoritarisme mais il est trop tard, l’irréparable est fait. Mon constat est que la société québécoise se place actuellement dans la situation de ce père de famille par ses excès de hargne dans les messages qu’elle envoie aux ethnies. Plus on va loin dans cette direction, plus on crée un fossé entre les 2 groupes et il arrive un point où il n’est plus possible de bâtir un pont pour la réconciliation.
En terminant, qu’attende les partis politiques pour proposer aux québécois des solutions plus nuancées que le « y ont yeink à s’en rtourner chez eux » qui occupe malencontreusement toute la place.