Réaction à l'article: La morale n'est pas d'origine divine
Les Révélations de Dieu ou du Diable ?
2007-01-30 14:12 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - L’auteur Normand Rousseau vient de publier un livre incroyable : La Bible immorale chez Louise Courteau éditrice. Soulignons au départ qu’il s’agit de la troisième publication consécutive de cette maison d’édition sur des thèmes majeurs de l’actualité religieuse de ce début de troisième millénaire. Les héritiers de l’impérialisme romain de François-J. Lessard a ouvert la porte au livre choc de Paul C. Bruno, Débaptisez-moi pour l’amour de Dieu. À ce rythme-là, l’éditrice sera excommuniée avant la nomination du prochain pape.
Mais revenons à l’éclatante, pour ne pas dire virulente, démonstration du diplômé en Sciences bibliques qui ose s’attaquer directement aux fondements même du christianisme et du judaïsme : la Sainte Bible. Pour bien comprendre le procédé, rappelons-nous que le Catéchisme de l’Église Catholique, à l’article 105, définit clairement la Révélation : « Dieu est l’auteur de l’Écriture Sainte. La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint ». Et l’article 85 déclare solennellement : « La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église… »
Et vlan ! La bombe est amorcée : Dieu révèle et le Magistère seul interprète… Que les humains obéissent et écoutent humblement les interprétations de leur directeur-dictateur spirituel romain. Mais Normand Rousseau refuse d’écouter et d’obéir, refuse de croire aveuglément ce que Rome fait dire aux écrits révélés. Il s’empare du texte officiel reconnu par le Magistère, soit La Bible de Jérusalem, et ose étudier ces textes tels qu’ils sont écrits en français. Pas de compromis possible : ou Dieu lui-même a révélé ces textes sacrés mot par mot, ligne par ligne, texte par texte et tout ce qui est écrit est vrai, est Vérité. Pas seulement ce qui fait l’affaire de la doctrine religieuse catholique mais tout, absolument tout est Vérité à croire et vient directement de Dieu. Ne serait-il pas plus juste de penser que des humains se sont servis de Dieu pour justifier ou expliquer la triste condition humaine face à la maladie, à la mort et aux massacres de toutes sortes ?
Normand Rousseau nous fait voyager à travers un enfer qu’aucun chrétien digne de ce nom ne pourrait imaginer s’il prenait le temps et avait la patience de lire toute la Bible. Car il faut bien voir que la Sainte Bible est une incroyable litanie d’ordres donnés par Yahvé en personne : massacre de 30 000 hébreux par Moïse, Josias immolant tous les prêtres de hauts lieux, Élie qui égorge 450 prêtres de Baal, Ézéchiel qui fait lapider, Isaïe provoquant l’hécatombe de Bocra, etc. Les meurtres se comptent à presque toutes les pages, les sacrifices d’humains ou d’animaux et même des infanticides par milliers sont exigés de Yahvé, des « humanocides » tel le déluge, Sodome et Gomorrhe sont réclamés par ce Dieu vengeur, l’esclavagisme y est pratiqué à haute échelle et prôné directement par Yahvé, par Noé, Abraham, Joseph et ses frères, Moïse, Jésus, Paul, Pierre. Le racisme meurtrier, l’infériorisation de la femme, sa « démonisation » y sont bénis par Yahvé en de multiples endroits.
On pourrait croire le Magistère qui affirme que l’Ancien Testament présente un Dieu vengeur pour préparer la venue d’un Dieu Rédempteur dans le Nouveau Testament mais l’auteur de La Bible immorale nous montre que les vingt derniers siècles ne furent guère mieux. S'il y a une quelconque révélation, pour une fois, elle nous vient de l'auteur. Normand Rousseau nous révèle, preuves et citations à l'appui, que le Nouveau Testament est encore plus immoral que l'Ancien à bien des points de vue. Par exemple, le Nouveau Testament prône le sacrifice humain ultime, celui d'un homme-dieu sur la croix ; il impose l'esclavage permanent et héréditaire et il rajoute au fardeau infériorisant millénaire de la femme le fameux, pour ne pas dire fumeux, péché originel. Pire encore, la violence biblique va prendre des proportions quasi-planétaires avec l'expansion du christianisme, religion qui se dit universelle : croisades, inquisitions, conversions massives et forcées par une colonisation évangélique. Et dès les premiers balbutiements de cette religion, les Pères de l’Église expliquèrent et justifièrent l’esclavage en citant les textes anciens. Saint Augustin écrivit : « La volonté de Dieu étant nécessairement juste, il s’en suit qu’il n’y a nulle injustice dans l’esclavage »(p.220 de l’écrit) et le très grand Thomas d’Aquin ajouta : « Il n’y a pas d’obligation envers sa propre chose (son esclave) » (p.221 de l’écrit). Inutile de parler de l’infériorisation de la femme par le catholicisme, cette ignominie perdure et est encore prônée par l’Église en ce début de troisième millénaire.
L’auteur nous montre que Dieu ne s’est révélé qu’à des hommes, jamais à des femmes, on dirait presque un dieu sexiste, que les trois monothéismes ainsi que le zoroastrisme, le sikhisme et même les mormons se réclament de source divine révélée alors que le bouddhisme, le confucianisme, le jaïnisme et le shintoïsme refusent toute forme de révélation divine. Rome a décrété que la Révélation biblique était fermée, terminée alors que le judaïsme et l’hindouisme acceptent la possibilité de nouvelles révélations. Que de surprises intéressantes ! Dieu ne décide plus quand il se révèle ou se révélera, le pape décide !
Bref, voila un grand livre à déguster, sauf pour les âmes sensibles. Le chrétien pourra y perdre sa foi, le catholique voudra peut-être renier son Magistère, le théologien entrera en thérapie ou cherchera à faire enfermer l’auteur, le simple lecteur que je suis continuera à rire sous cape de toutes ces fantaisies religieuses qui de plus en plus me démontrent qu’il y a assurément de la diablerie sous tous ces textes qui se disent « révélés » par le Divin.
Gérard Bécotte, Lic. Es Lettres, libre penseur.
Normand Rousseau, La Bible immorale, Louise Courteau éditrice, 567 pages, 2006, ISBN : 2892392845