- LBR.ca / - Voilà. Les dés sont jetés. Les élus de Saguenay ont gagné. Ils pourront concrétiser leur projet structurant si les parties fédérale et provinciale acceptent d'y contribuer financièrement.
Impossible de cacher que je suis déçu, très déçu même. Ce qui me console cependant, c'est qu'en dépit de la joie exprimée par les élus au moment de la fermeture du registre, je réalise qu'il s'agit en fait d'une victoire moins convaincante qu'il n'y parait. Partons du principe que près de 45 % des gens inscrits sur la liste électorale ne votent plus depuis plusieurs années. Ils ne se déplaceront certainement pas plus pour signer un registre puisque la vie municipale ne fait aucunement partie de leurs préoccupations. Il reste donc environ 55 % d'électeurs qui ont un intérêt marqué ou léger vis-à-vis les questions d'ordre municipales. De ce pourcentage, il faut à priori retrancher ceux dont l'attachement pour leur municipalité se résume à se déplacer qu'une seule fois aux quatre (4) ans, soit la journée du scrutin. Pas question pour ces citoyens de s'exprimer une seconde fois. Soustrayons également un nombre appréciable d'électeurs dont le fait de tenir le registre à un seul endroit et qu'il ait lieu au cours d'une période de fin d'année très intense, les a incités à ne pas y aller. Vue sous cet angle, la victoire des élus et de ceux qui appuient totalement ce projet est beaucoup moins probante et donne plus de significations aux 431 signatures inscrites au document officiel. Mais en bon démocrate, je m'incline face au choix exprimé.
Comme il y a des gagnants et des perdants dans chaque combat, respectons la tradition et procédons pour une dernière fois à une remise des trophées.
Prix orange :
— Je le décerne à toutes les personnes qui se sont déplacées pour apposer leurs signatures. Un véritable vent de fraîcheur dans ce duel inégal. Merci pour votre constance et votre implication.
Prix quartier d'orange :
— À ceux et celles qui avaient véritablement l'Intention de signer, mais dont la distance et les stratégies déloyales ont agi comme éléments de démotivation. Il y aura certainement une prochaine fois. Également au maire Jean Tremblay qui a avoué suite à sa victoire que le projet manquait effectivement d'explications et de tonus et qu'il s'engageait à l'alimenter davantage pour mieux éclaircir certains aspects.
Les Prix citron :
— À M. Christian Joncas qui après avoir tant critiqué ce projet et les élus, jette soudainement l'éponge 2 jours avant le début de l'exercice. Pas question selon lui, de mettre de l'huile sur le feu. C'est pourtant ce qu'il a fait au cours de la dernière année. Il y va finalement avec une prédiction digne de Jojo Savard, à savoir que le nombre de signatures nécessaire à la tenue d'un référendum ne serait pas atteint. Discours très motivant et surtout des plus respectueux pour ceux et celles qui avaient l'intention d'exercer leurs droits. Une mention également pour son plaidoyer favorable au péage pour la future autoroute 175. Sans entrer dans le détail, je puis vous assurer que M. Joncas vient de se tirer dans le pied et mettre en péril sa crédibilité. Cette intervention n'a pu que nuire à la signature du registre.
— Un zeste de citron à M. Jacques Tremblay du Comité des citoyens de Laterrière car ses explications tiennent largement plus la route que celles de M. Joncas. Un zeste aussi à M. Jacques Munger, directeur général de la Société de transport du Saguenay qui souhaite accroître les revenus de la société grâce aux touristes des bateaux de croisières. Avant de dresser un plan de diversification, M. Munger, il serait préférable de consolider vos acquis et votre clientèle actuelle, car il y a beaucoup de points à améliorer. Utilisant ce moyen de déplacement depuis environ 11 ans, je suis donc en mesure de l'évaluer correctement.
— Un autre prix citron à M. Jacques Côté, député, pour sa déclaration parue dans l'édition du Progrès Dimanche du 17 décembre dernier : « “ce projet n'a pas à faire les frais d'une opposition parce que certaines personnes jugent inconvenant que la séance de signatures ait été placée peu avant la période des Fêtes ou parce que seul l'arrondissement de La Baie a été choisi pour recevoir les opposants au règlement d'emprunt". Un beau coup de pied à la démocratie M. Côté. Je ne suis pas du tout surpris de ce commentaire déplorable considérant le semblant de démocratie démontrée par vous et votre parti politique lors des fusions forcées. Quelle belle réussite, n'est-ce pas M. Côté . On a qu'à constater les résultats pitoyables affichés à Montréal, Québec et dans une moindre mesure à Saguenay. On peut ainsi mieux comprendre les responsables du dossier du quai des bateaux de croisières de ne pas vous avoir consulté depuis le début du processus.
— et un dernier, mais celui-là conjoint. Je l'attribue aux ministres Françoise Gauthier et Jean-Pierre Blackburn pour leurs sorties spectaculaires lors de la visite de M. Harper. Ils dorment” “publiquement” sur ce dossier depuis des mois et soudainement, ils se sentent dotés d'une mission très particulière, soit de convaincre la population de ne pas apposer leurs signatures sur le registre. Si ce projet est aussi grandiose, si important pour notre économie locale, qu'attendez-vous alors pour sortir des sous . Je crois plutôt que ces 2 ministres sont déjà en campagne électorale. Si l'on veut diversifier notre économie Mme Gauthier, on peut le faire autrement et de façon plus sécuritaire, c'est à dire en finançant des projets qui sont viables. Et les idées ne manquent pas, croyez-moi.
En conclusion :
Si l'opération signatures n'a pas du tout obtenu les résultats escomptés, peut-on en conclure que les élus de Saguenay et certains autres acteurs en sont totalement responsables ? Personnellement, je n'y crois pas. Il y a des limites à frapper toujours sur le même clou. Nos élus ont quand même réalisé de belles choses. Comme bien d'autres, je crois qu'une majorité de citoyens du Québec n'a plus la flamme politique. Les taux de participation aux diverses élections confirment amplement cette théorie.
Et ce laisser-aller me rappelle soudainement la déclaration-choc d'un membre issu d'un groupe social, au cours d'un débriefing l'an dernier. Il disait à peu près ce qui suit :
» »... en général, les Québécois sont des égoïstes. Tout ce qui compte pour eux c'est leur chèque de paie, avoir une belle pelouse verte, une voiture de l'année, participer à des 5 à 7... Ce sont des gens qui excellent à régler l'ensemble des problèmes mondiaux lorsqu'ils sont confortablement assis dans une brasserie en compagnie d'une bonne bière. On leur demande de prendre part à des marches de solidarité pour protester contre la pauvreté, la hausse du carburant ou des loyers, mais ils ne se présentent pas. Ce sont toujours les mêmes personnes qui s'impliquent » .
Est-ce que cet intervenant avait raison ? Certains pourraient dire qu'il n'a pas tout a fait raison et qu'il n'a pas tout a fait tort. Je vous laisse le soin d'y réfléchir lorsque vous jugerez le moment opportun. Il est indéniable toutefois, qu'on assiste à un désintéressement significatif à l'égard des enjeux sociaux et économiques.
Et qu'importe les motifs qui ont conduit à cette philosophie de l'indifférence, j'ose espérer qu'elle ne dure éternellement. Dans le cas contraire, il est possible entre autres que nos gouvernements suite aux pressions exercées, modifient encore les lois applicables afin de restreindre davantage les droits des citoyens, comme l'a fait certains articles du projet de loi no 137 sanctionné le 19 décembre 2002. En effet, pourquoi conserver des dispositifs de contrôle démocratique qui permettent à la collectivité de s'opposer à certaines décisions des élus, si ces mêmes citoyens les utilisent peu ou pas du tout .
Joyeux Noël et Heureuse Année 2007 à toutes et à tous.