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Annonce d’Alcan : des enseignements utiles pour préparer la suite - Par Denise Turcotte

Un texte de L'oiseau-mouche, le blogue de Pascal D'amours, Sylvain Gaudreault et Denise Turcotte.
2006-12-19 15:40 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Moi aussi je me réjouis de l’annonce faite par Alcan cette semaine. La région a bien besoin de bonnes nouvelles comme celle-là. Essayons maintenant de voir ce qu’on peut retenir de l’événement pour tenter de faire en sorte que ses effets bénéfiques se multiplient. Et pour commencer dès maintenant à préparer le prochain projet d’envergure.

Refuser de baisser les bras

D’abord cette annonce est un pied de nez à tous ceux qui ont cru que le Complexe Jonquière était bel et bien mort après la fermeture des salles de cuves Soderberg en 2004. On n’a pas arrêté depuis de spéculer sur la longévité des installations de Jonquière et certains éditorialistes se sont même pris à rêver d’une Baie débarrassée de ses vilains entrepôts de bauxite. Bien sûr, on ne peut pas gagner tous les combats sur la planète mondialisée, mais s’avouer vaincus d’avance face aux Chinois et autres compétiteurs d’outremer ne mène certainement pas à la victoire. Il faut plutôt s’informer consciencieusement et bien recenser ses avantages et ses faiblesses; il faut ensuite agir intelligemment pour faire valoir les premiers et réduire les seconds dans tous les dossiers où on pense que nos chances objectives sont bonnes.

L’action syndicale au profit de toute la communauté

Deuxièmement, il faut reconnaître que la décision d’Alcan de construire une nouvelle usine au Complexe Jonquière est le résultat du travail acharné des syndicats, SNEAA et TCA en tête. Tous les intervenants qui ont pris la parole lors de l’annonce ont souligné la collaboration exceptionnelle du syndicat qui a permis un dénouement heureux du dossier. Cela devrait faire réfléchir les nombreux commentateurs prompts à accuser les syndicats de toutes nos misères économiques.

On a surtout souligné que les concessions acceptées par les syndiqués, notamment au sujet de la sous-traitance, ont eu un impact déterminant. C’est certainement vrai, mais je crois que c’est très réducteur. Je pense que ce qui a vraiment fait la différence, c’est l’action d’ensemble menée par les syndicats depuis l’annonce de la fermeture des Soderberg. Il faut se rappeler qu'ils ont investi beaucoup d’argent pour analyser la situation énergétique d’Alcan et pour informer la population sur toute la question des redevances. Ils ont aussi multiplié les démarches auprès des instances politiques à tous les niveaux, rencontrant ministres, députés, membres de la CRÉ, expliquant, argumentant et revenant à la charge avec beaucoup d’aplomb et de détermination. Ils sont également très étroitement associés au référendum régional sur les ressources naturelles qui s’est tenu lors des élections municipales de 2005.

Ce faisant, les syndicats ont modifié le rapport de forces à un niveau bien plus élevé que celui de leur propres négociations contractuelles. Il faut se rappeler que lors de son élection, le gouvernement de Jean Charest prônait le désengagement face aux entreprises et refusait d’accorder de nouveaux blocs d’électricité aux alumineries. La multitude de rencontres politiques des syndicats n’est certainement pas étrangère au virage à 180 degrés effectué par le gouvernement du Québec qui accorde maintenant son soutien au projet d’Alcan.

Utiliser ses forces et réduire ses faiblesses. Bien sûr le syndicat a fait des concessions. Mais il a aussi et surtout travaillé pour que d’autres instances mettent l’épaule à la roue et pour qu’Alcan soit soumise à un rapport de force finalement plus sain. C’est un modèle à retenir.

Des impacts à maximiser

On a déjà beaucoup parlé de tout le potentiel que recèle l’usine de démonstration des cuves AP-50 pour les PME de la région. Nous avons acquis une bonne expertise pour maximiser les retombées locales des grands chantiers de construction, il faut continuer dans cette veine. Il faut aussi s’assurer que les entreprises d’ici pourront exporter le savoir-faire acquis autour de la nouvelle technologie. Évidemment, comme la recherche est complétée, on n’est pas dans le créneau de l’innovation mais plutôt dans la mise en place et dans l’application. Cela signifie que nos entreprises ne seront pas nécessairement appelées à développer des savoir-faire particuliers qui leur donneraient une longueur d’avance. Elles peuvent néanmoins profiter du chantier de Jonquière pour devenir plus efficaces et plus compétitives de façon à décrocher des contrats liés à la construction d’autres alumineries utilisant la technologie AP-50.

Le fonds de 10 M $ prévu par Alcan pour soutenir les entreprises locales est une bonne nouvelle. Mais il faut aller au-delà et s’assurer que les équipementiers disposent d’un soutien concerté qui met à contribution toutes nos forces. Je pense entre autres à nos ressources de recherche (CTA, CQRDA, chaires de l’UQAC, etc.) pour exercer la vigie et fournir du soutien technique, aux ressources gouvernementales du fédéral (par exemple pour l’aide à l’exportation) et du provincial (par exemple pour la formation de la main-d’œuvre), ainsi qu’aux avantages fiscaux (notamment par le biais de la Vallée de l’aluminium), et ainsi de suite.

Il faut également s’assurer que l’usine de démonstration de 44 cuves annoncée par Alcan sera transformée comme prévu en usine complète et que les usines satellites, comme une usine d’anodes adaptés aux nouvelles cuves, seront bien construites à Jonquière. Quant à l’agrandissement de l’usine Alma, la vue aérienne du site est assez convaincante : il y a un trou qui ne demande qu’à être comblé et la balle semble être dans le camp du syndicat.

Il ne faut pas non plus délaisser les efforts de diversification vers la deuxième et la troisième transformation. Ces efforts, qui passent notamment par la recherche, le soutien au transfert technologique et l’apport de fonds pour le démarrage d’entreprise, sont nécessaires pour diminuer notre dépendance face à Alcan, un objectif que la bonne nouvelle ne devrait pas nous faire oublier.

Vers AP-75

L’usine de démonstration de Jonquière permet à Alcan de se positionner comme fournisseur de cette technologie pour d’autres alumineries. Mais la compétition est vive: les Russes et les Chinois disposent de leur propre technologie à 300 kA, ainsi que de prototypes de cuves qui fonctionnent à un ampérage plus élevé. Les Chinois progressent rapidement, comme on le constate notamment dans le secteur de l’alumine où ils sont en train de devenir de gros producteurs, influençant les prix à la baisse.

Lorsque Pechiney a développé la technologie AP-30 (celle utilisée à Alma), elle a poursuivi la recherche pour des cuves à 400 kA, puis est passée très rapidement à 500 kA (AP-50). Pour conserver l’avance, il serait normal qu’Alcan démarre sans délais un projet de recherche pour tester des prototypes à 600 kA puis à 750 kA. Il semble en effet que comme c’est le cas pour les avions, il n’y ait pas de limite théorique à la taille d’une cuve. Un chercheur de la région, Marc Dupuis, a d’ailleurs publié plusieurs articles sur une technologie à 740 kA.

À cet égard, le fait que les travaux de recherche et développement liés à l’industrialisation de la technologie AP50 soient confiés au Centre de recherche et de développement d’Arvida est de bon augure. À nous d’être vigilants et d’éviter de nous asseoir sur nos lauriers, même si ce serait bien tentant de le faire au lendemain d’une bonne nouvelle qui couronne tant d’efforts.

Denise Turcotte

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