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Forum social régional : un vrai coup de fraîcheur - Par Denise Turcotte

Un texte de L'oiseau-mouche, le blogue de Pascal D'amours, Sylvain Gaudreault et Denise Turcotte.
2006-10-18 06:08 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Trois semaines que le Forum social régional a eu lieu et je n’en ai pas encore parlé, c’est une honte! Au diable donc l’actualité morose sur fond de fermetures de scieries et de hausse de rôles d’évaluation municipale. Laissez-moi plutôt chercher à l’horizon l’éclaircie, le coin de ciel bleu entre les gros nuages. Même si je n’ai pu passer qu’une petite demi-journée au séminaire Marie-Reine-du-Clergé où se tenait le premier Forum social régional les 22, 23 et 24 septembre dernier, j’en suis ressortie pleine d’énergie et plus confiante que jamais. Ça mérite bien une gommette, n’est-ce pas ?

Ainsi donc, inspirés par la philosophie de Puerto Allegre et la devise «Un autre monde devient possible», 1 350 personnes ont participé à ce grand rendez-vous aussi sérieux que festif. Tables rondes, ateliers, conférences, kiosques, spectacles, il y en avait pour tous les goûts sur une très grande variété de sujets allant de l'économie régionale à la saine alimentation en passant par l'énergie et la concentration de la presse. S’y côtoyaient des étudiants du secondaire et du collégial (près du tiers des participants), des élus, des universitaires, des militants du milieu communautaire, des citoyens engagés et des bibittes alternatives en tout genre. La diversité. Vous savez, cette chose belle et précieuse qui sert de creuset à l’innovation véritable.

Et des jeunes. Des sacs à dos, des bébés trimbalés par leurs parents, des vêtements bigarrés à côté des complets-cravates, de la différence, de l’air frais. Wow ! Tiens donc, ils n’ont pas tous pris l’autobus pour Montréal ? Mais non ! Partout des jeunes. À l'accueil des jeunes. Au micro des jeunes. Aux commandes des jeunes. Juste pour voir tous ces jeunes se démener, échanger, brasser des idées, croire à des choses, ça valait le déplacement.

L’intergénérationnel à l’œuvre

Pendant une des discussions auxquelles j’ai assisté, une des jeunes femmes impliquées dans l’organisation du Forum expliquait que ça n’est pas facile pour les jeunes d’être pris au sérieux. Elle racontait comment le comité organisateur du Forum social avait délibérément choisi de mailler les jeunes avec des personnes plus âgées lorsque venait le temps d’aller faire des représentations ou de solliciter des appuis institutionnels.

À voir le résultat, cette stratégie a drôlement bien fonctionné. Espérons qu’on l’adoptera plus largement. Les lieux de pouvoir sont parfois considérés comme la propriété d’une génération et il est bien difficile pour les plus jeunes d’ouvrir des brèches dans les chasses gardées sans la complicité de sympathisants plus âgés.

Parmi ceux qui ont accepté de faire confiance et d’épauler les jeunes, j’ai remarqué plusieurs personnes associées à la Pastorale diocésaine. Drôle de coïncidence, au moment où refait surface le débat sur la prière à l’hôtel de ville, et excellent prétexte pour souligner que si certains portent leur foi en étendard et la donnent en spectacle, d’autres préfèrent en mettre plus discrètement les préceptes en action. Je suis pragmatique, on me permettra d’apprécier bien davantage l’œuvre des seconds, de la saluer et de souhaiter qu’elle se poursuive.

Le pouvoir de nos rêves

Bien sûr, le Forum social régional n’a pas réglé tous nos problèmes ni relancé notre économie. Il n’en avait pas la prétention du reste. Des liens ont été créés, des idées ont été lancées, mais on ne sait pas vraiment quelles suites y seront données. La grande variété de sujets abordés faisait la richesse de l’événement, mais elle peut aussi être source d’éparpillement. Pourtant, ce n’est pas ce que je retiens.

Ce qui me reste, ce sont des étincelles dans les yeux des participants, la force des rencontres, le plaisir des échanges et l’immensité du champ des possibilités qui s’ouvre quand on ose briser l’isolement de ceux qui veulent aller de l’avant mais qui ne savent pas trop comment s’y prendre. Je me désolais récemment qu’autant de mes concitoyens décrivent un horizon bouché pour la région (lire mon texte) et j’affirmais qu’il faut réapprendre à rêver pour sortir notre coin de pays de sa torpeur. C’est ce rêve nécessaire pour entreprendre des actions structurantes que j’ai vu poindre à Métabetchouan il y a trois semaines. Ce que j’ai entrevu, c’est le pouvoir de nos rêves. J'en veux encore.

Denise Turcotte

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