- / LBR.ca / - Qui a remarqué la une du Quotidien mercredi, 20 septembre ? Une photo couleur qui prenait le tiers de la page illustrait la démolition de l’usine Port-Alfred d’Abitibi-Consolidated. Le titre ? « Port-Alfred CROULE » (avec les majuscules s.v.p.). Juste en haut, sur une bande qui faisait toute la largeur de la page, noir sur blanc : « Alcan et le syndicat sur le pied de guerre à Alma ». Sur la droite, tout à côté de la démolition de l’usine, une photo du pape Jean 1er : « Le maire Tremblay veut un quai ». Le lien direct avec l’avenir du site de l’ancienne usine est on ne peut plus clair…
Et c’est ainsi que va l’actualité sur la planète Saguenay-Lac-Saint-Jean. Un seul journal, propriété d’un des plus grands groupes de presse du Québec, Gesca, filiale de Power Corporation, détermine le climat social de toute une collectivité. Les autres médias, radios et télés, ressassent les mêmes nouvelles. Si vous n’êtes pas dans Le Quotidien, vous n’existez pas.
Et pourtant…
Et pourtant… En ce mercredi, il y avait matière à faire de bonnes nouvelles, positives, qui requinquent une région. Mais non… Il fallait se rendre à la page 6 du Quotidien pour enfin tomber sur LA bonne nouvelle qui aurait dû faire la une. Hé oui ! La rédaction du journal a choisi de traiter les indicateurs de persévérance scolaire des jeunes de la région après les articles et photos couleur des funérailles d’Anastasia De Sousa et de son meurtrier, le papier sur la démolition de l’usine Port-Alfred, l’article sur les rumeurs de grève à l’Alcan d’Alma, et même après les strings des infirmières. Les études du Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS) ne se méritaient même pas une page impair, la première que les lecteurs regardent.
Étant d’un naturel optimiste, je me suis précipité à la page éditoriale pour lire l’opinion du journal sur le fait que les jeunes du Saguenay-Lac-Saint-Jean se démarquent sur la scène québécoise quant à la persévérance scolaire. Mais non ! Carol Néron a plutôt choisi de parler avec légèreté de l’agenda des prochains mois du ministre Jean-Pierre Blackburn : « Du pâté chinois au menu automnal de J-P Blackburn ». Et jeudi ? Il n’est pas encore trop tard pour féliciter les jeunes de la région qui ont le meilleur taux de « diplomation » de tout le Québec. Allez, un petit effort Carol ! Hé bien non ! L’éditorialiste régional persiste et signe : « Croisières : les mauvaises surprises de la météo ». Misère ! Faut-il en rire ou en pleurer ? Décidément, il n’y a rien à faire. Le pessimisme est roi au 1051, boulevard Talbot.
Information et climat
Nous savons déjà que l’information est au cœur de la démocratie. Mais elle est aussi un maillon essentiel du développement d’une collectivité. Elle détermine l’actualité. Elle insuffle un climat social.
Je ne dis pas qu’il faille cacher les moins bonnes nouvelles. Je pose simplement les questions suivantes : ce jour-là, quelle était la nouvelle la plus importante entre la bonne performance scolaire des élèves et la démolition d’une usine abandonnée ? Quel événement risque d’avoir l’impact à plus long terme sur la région entre le transfert de cadres d’Alcan « au cas où » et la persévérance scolaire des jeunes ? Qu’est-ce qui touche davantage les gens d’ici entre les funérailles de la jeune De Sousa et la réussite de centaine d’adolescents du Saguenay-Lac-Saint-Jean ? Si la une du Quotidien de ce triste mercredi était l’exception, je n’en parlerais pas dans L’Oiseau-mouche. Malheureusement, ce type de couverture est courant de la part du Quotidien.
Vous êtes fatigués des sudokus et autres mots-croisés ? Je vous invite à essayer un nouveau jeu : faites votre propre couverture de presse en fonction des nouvelles publiées dans Le Quotidien. Outre l’exercice pédagogique qui vous éclairera sur le merveilleux monde des médias, vous constaterez peut-être que ça ne va pas aussi mal dans la région qu’on aime le dire. Vous en viendrez aussi à vous convaincre que parler de malheurs, de sang et de drames, ça fait vendre davantage de papier que la réussite scolaire des jeunes. Quelle est la règle d’or des barons de la presse ? Entretenir les malheurs d’une région est directement proportionnel au bonheur des actionnaires.