- / LBR.ca / - Au cours des derniers jours, nous avons été témoins d'une multitude de réactions par rapport à la tuerie du Collège Dawson. De la culture gothique au registre des armes à feu, tout y est passé. Tout ou presque... J'aimerais aborder ici un angle que je n'ai pas vu au cours de mes lectures de journaux ou de blogues: J'aimerais mettre en parrallèle notre réaction à ce massacre et notre réaction à la menace terroriste.
De Dawson à Washington: l'obsession sécuritaire
Lorsque des kamikazes percutent des grattes-ciel en avion ou que des tireurs fous s'introduisent dans nos écoles, les premières pensées de plusieurs nord-américains sont les mêmes: Comment ont-ils pu faire ça ? ou alors Comment empêcher la répétition du massacre ? Notre réflexe premier est un réflexe sécuritaire. Nous pensons qu'en régissant les armes à feu, qu'en émettant des certificats de sécurité, qu'en ajoutant un peu partout des caméras de surveillance, nous serons plus en sécurité. Or, cette attitude est une illusion, mais nous voulons croire en cette illusion.
Des détecteurs de métal à la porte de nos écoles jusqu'au contrôle étanche de nos frontières, la logique de notre réaction aux deux phénomènes est la même. Nous réagissons à la violence en tentant de contrôler ses effets plutôt que de chercher à en comprendre les causes. Nos autorités passent une éternité à tenter de contenir les excès de la violence mais ne se soucient pas ou peu de ses mécanismes. Pour imager j'ajouterais qu'au lieu de désamorcer les bombes, nous contruisons des cages de verres autour d'elles.
La guerre au terrorisme telle que pratiquée par Bush et Harper est une utopie. On s'attaque aux effets de la haine plutôt que de s'attaquer aux causes. À travers toute l'orgie des discours sur la sécurité (contrôle des frontières, suspension des droits, etc.) pourrait-on prendre deux secondes pour réfléchir aux causes de la folie terroriste. Et si l'on tentait de briser la spirale de la haine plutôt que de simplement faire la guerre au terrorisme, aurait-on plus de chance de réussite ?
Bien souvent la cause de la violence prend naissance dans un sentiment d'humiliation et de haine. Par exemple, les musulmans radicaux se sentent humiliés par l'Occident. Humiliés par la politique étrangère américaine dans la région. Humiliés par le sort de leurs frères Palestiniens. Si le Canada et les États-Unis avaient travaillé sérieusement à une solution durable au problème Palestinien, je vous affirme qu'il y aurait aujourd'hui beaucoup moins de terroristes que le 11 septembre 2001. C'est pourtant l'inverse qui se produit et le nombre de terroriste augmente de jour en jour chez les jeunes musulmans vivant un sentiment d'aliénation.
Kamikazes terroristes ou tueur fou comme Kimvert Gill, dans les deux cas la haine trouve souvent sa source dans une forme ou une autre d'humiliation. Dans le cadre d'une mécanique déviante, la haine semble se transformer progessivement en délire puis en folie meurtière.
Travailler sur les causes de la haine
Malgré les débordements médiatiques incroyables ces jours-ci autour de la tuerie de Dawson (on cherche les trous dans les murs au Collège Dawson, on fait le pied de grue devant la demeure familial afin de recueillir des larmes, etc.) il y a quand même quelques articles ou chroniques intéressantes dans les journaux. Au lieu de se poser l'éternelle question «Comment ?», de rares observateurs se demandent «Pourquoi ?» et cherche à comprendre les motifs de la haine.
Depuis quelques années, notre société a consacré beaucoup d'énergie contre la violence congugale ou les enfants maltraités ce qui a permis des avancés considérables au chapitre de la sensibilisation et de la dénonciation. Nous n'avons qu'à penser à la portée sociale du documentaire «Les voleurs d'enfance» par exemple. Cependant, il appert que bien souvent notre réflexion s'est arrêté à la cellule familiale ou immédiate, comme si elle représentait le seul vecteur de déterminisme social. Étonnant de constater la faiblesse de notre réflexion concernant la violence, le mépris, l'humiliation et l'intimidation entre les enfants. Nous avons trop souvent tendance à banaliser ces comportements en affirmant: « Ce ne sont que des jeux d'enfants ! ». Bien sur, nous avons entendu parlé ici et là d' actions contre le taxage et l'intimidation à l'école, mais jamais cette question n'est devenu une «question sociale» au même titre que la maltraitance. Je ne suis pas spécialiste, mais j'ose affirmer qu'il y a là un embryon important de la violence dans notre société.
Pascal D'amours
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