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Transparence pour les nuls - Par Denise Turcotte

Un texte de L'oiseau-mouche, le blogue de Pascal D'amours, Sylvain Gaudreault et Denise Turcotte.
2006-09-12 13:22 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Étrange réponse du maire de Saguenay, cette semaine, à la Fraternité des policiers qui s’étonnait des contradictions de l’administration municipale. Alors que le maire refuse catégoriquement la mise en place d’une équipe d’endiguement, la Fraternité apprend qu’une résolution du Comité exécutif demandait récemment au ministère des Affaires municipales d’absorber les coûts de la mise en place d’une telle équipe. Et le maire de répondre, sur un ton condescendant :

«Si y suivent pas les résolutions d’la Ville qui les concernent, font pas leu job là ! Si y sont pas au courant là, chu pas pour les prendre par la main pis leu fére l’école…». (Déclaration de Jean Tremblay, bulletin de nouvelles de CBJ-Radio-Canada, 6 septembre 2006)


Je ne disserterai pas sur l’à-propos pour la Fraternité des policiers d’asseoir un de ses membres devant le bureau du greffier afin de surveiller le passage des résolutions. En revanche, il y a longtemps que je trouve que la Ville fait bien pitié dans sa façon de rendre publics ses documents. Je ne comprends pas comment il se fait que les procès-verbaux des assemblées du conseil de ville, du comité exécutif et des conseils d’arrondissement ne sont pas systématiquement rendus disponibles sur Internet, tout comme le budget, le plan triennal d’investissement et le rapport financier annuel.

En fait, depuis que la Ville a finalement mis en ligne son site web, j’ai la nette impression qu’il s’agit d’une coquille ville qui ne contient pratiquement pas d’informations consistantes. Et j’avoue aussi que je digère très mal que la culture y figure comme sous-élément de la rubrique «Tourisme». Comme si la culture, c’était seulement «pour la visite» ! Comme si ça n’était pas partie intégrante de notre vie à nous, habitants des lieux! Mais ça c’est une autre histoire, j’y reviendrai peut-être un de ces jours.

La déclaration de Jean Tremblay m’a tout de même fourni un bon prétexte pour vérifier ma perception sur la vacuité du site web de Saguenay. Je viens de me payer une petite virée sur les sites Internet de toutes les villes québécoises de plus de 20 000 habitants. Juste pour voir. Il y en a cinquante-deux.

Piètre figure

Non, ce n’était pas le fruit de mon imagination : Saguenay est vraiment le cancre de la classe avec son site web dépourvu d’informations que la plupart des autres villes rendent accessibles aux internautes. J’ai concentré mon attention sur quatre éléments : les procès-verbaux des assemblées, le budget, le rapport financier et le plan triennal d’investissement.

  • Les procès-verbaux sont disponibles dans les trois quarts des villes étudiées (38 sur 52, plus deux villes qui les promettent pour bientôt).

    En passant, j’ai aussi poussé une pointe sur les sites des municipalités de la région. J’ai constaté qu'on veut visionner en ligne les procès-verbaux des assemblées du conseil de toutes les villes du Lac-Saint-Jean : Alma, Dolbeau-Mistassini, Roberval et St-Félicien. On peut même avoir accès à ceux de Chambord, Métabetchouan-Lac-à-la-Croix et Hébertville-Station.

  • Les budgets de 38 des 52 villes sont disponibles sur Internet
  • 17 villes publient leurs rapports financiers sur le web
  • 12 villes rendent accessibles leur plan triennal d’investissement

    Il n’y a que 9 des 52 villes qui, comme Saguenay, ne rendent aucun de ces documents disponibles sur le web. Et parmi les villes de plus de 100 000 habitants, Saguenay est la seule à se comporter ainsi. En fait, 34 villes (65 % de l’échantillon) rendent disponibles au moins deux types de documents.

    Au passage, j’ai constaté que plusieurs villes ont garni leur site web d’une foule d’informations intéressantes et de liens pertinents avec les organismes de leur milieu. En plus de la programmation culturelle complète et du bottin des organismes communautaires et sportifs de la ville, ils fournissent des informations pertinentes pour les investisseurs, les organisateurs de congrès ou les nouveaux habitants. Certains sites donnent également accès à des outils comme des listes de locaux commerciaux disponibles, ou encore la liste des appels d’offre (et les résultats des appels d’offre passés). J’ai même trouvé, sur les sites de Trois-Rivières et de Shawinigan, un «carrefour giratoire animé» qui explique de façon très visuelle comment il faut conduire son véhicule dans ce genre d’intersection. Bref, les sites des autres villes sont pleins d’exemples inspirants.

    Pas d’excuses

    On pourrait se dire que c’est une question de choix, que Saguenay met ailleurs son énergie pour communiquer avec ses citoyens. Mais hélas, je crois que c’est loin d’être le cas. Par exemple, on pourrait croire que Saguenay est très «hot», puisqu’elle donne accès en ligne au rôle d’évaluation. Mais non : presque toutes les autres villes offrent cette possibilité. C’est la même chose pour les services en ligne des bibliothèques. De plus, la plupart des villes (34 sur 52, soit les deux tiers) offrent sur leur site une version électronique du bulletin municipal qu’elles publient. Dans plusieurs villes, on peut même s’abonner pour recevoir automatiquement les procès-verbaux, les communiqués ou le bulletin.

    On est bien loin de cela à Saguenay, puisqu’il n’y a pas de publication municipale à part la très fade programmation des activités que nous avons récemment reçue. Vous savez, c’est cette brochure où le seul mot qui ressort est le mot « division », écrit en beau noir bien gras en haut de chaque page. Vous n’avez pas remarqué ? On pourrait en parler à monsieur Delisle du Palais municipal tiens, il paraît qu’il a des ressources de marketing qui ont du temps en trop à vendre… Ils pourraient sans doute aider à rehausser l’apparence de la brochure.

    Je comprends que tout l’argent a servi à faire le magnifique dépliant couleur qui nous expliquait sur papier glacé combien nous serons prospères grâce aux croisières, mais tout de même, ce serait bien qu’il reste un peu de fonds pour informer correctement les gens de ce qui se passe dans leur ville !

    Et surtout, qu’on ne me dise pas que c’est trop cher ! On peut transférer un document en format PDF en quelques secondes à peine et il existe pour le faire des logiciels comme PDF995, qu’on peut télécharger gratuitement. Et puis je vous écris sur un blogue gratuit, c’est bien la preuve qu’on peut mettre de l’information en ligne à peu de frais !

    Franchement, il n’y a vraiment pas d’excuses pour ne pas rendre disponibles les documents municipaux sur Internet. La technologie est là, elle est accessible et même les gens qui n’ont pas d’ordinateur peuvent y avoir accès dans les institutions d’enseignement ou dans les bibliothèques publiques. Avouons que c’est bien plus pratique que de se rendre à l’hôtel de ville et bien plus économique que de payer les frais de photocopie.

    En fait, à la lumière des informations que nous donne l’analyse des sites web des autres villes québécoises, on peut même se demander très sérieusement si l’administration de Saguenay ne se complait pas dans le secret. Ou si ses bonzes ne préfèrent pas garder un contrôle absolu sur toute l’information qui sort. Il est vrai que des internautes qui consultent les documents dans l’anonymat de leur sous-sol, ça peut être plus embêtant que des gens à qui on sait exactement quel document on a remis et quand. Et je ne parle même pas des journalistes…

    Voyons Monsieur le Maire, va-t-il falloir qu’on vous prenne par la main pour vous montrer à quoi ressemble la transparence municipale au XXIe siècle ?

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