- / LBR.ca / - Les infrastructures élaborées par la société capitaliste ont créé un rapport de production qui demande de moins en moins d’interventions humaines. De la mécanisation à l’automatisation jusqu’à la programmation de la production, la poursuite de la marche entreprise par la révolution industrielle a ainsi permis une augmentation du rapport de la plus-value à l’avantage des investisseurs. Pourtant, la logique de ce système de production devrait naturellement tendre à faire diminuer la valeur des produits pour les rendre plus accessibles auprès de la population, mais ce n’est pas le cas.
Un des problèmes fondamentaux vient de l’éthique entrepreneuriale qui fonde sa morale décisionnelle sur l’importance de faire des choix stratégiques pour survivre dans l’esprit de compétition qui règne sur un marché mondial qui cherche à s’ouvrir, mais qui demeure très protectionniste dans les faits. Bien qu’il puisse être bénéfique dépendamment comment on l’oriente, cet esprit de compétition provoque actuellement un développement économique et social très individualiste et opportuniste qui crée des zones économiques empreintes de disparités et d’inégalités selon leur degré de développement. La globalisation de l’économie mondiale par secteur d’activité a vu émerger des multinationales qui cherchent à profiter de ces inégalités et de ces disparités pour dominer le marché mondial et s’imposer comme chef de file dans la distribution des biens dont ils font le commerce. Ce faisant, ils créent une convergence des capitaux vers leur architecture de production et tendent à faire se perpétuer ce modèle de développement économique.
L’offre et la demande
Les bassins de population servant de débouchés aux produits de consommation offerts par la société contemporaine se retrouvent dans des conditions de vie industrialisée très différentes où l’inflation générée par l’offre et la demande dicte le prix de vente. L’inflation, pourtant, ne veut pas dire grand-chose pour le paysan qui ne trouve plus sa place dans l’infrastructure de production. Toute la main d‘œuvre ainsi mobilisée dans les pays en développement aux fins de production des multinationales génère des produits que le travailleur ne peut même pas se payer vu la conjoncture de l’économie occidentale. À ce niveau, les mouvements pour élaborer des routes alternatives au commerce capitaliste trouvent leur sens dans l’élimination des intermédiaires superflus et la revalorisation du travail des travailleurs localisés dans des zones de commerce défavorisées par la globalisation de la production.
Vous avez sans doute entendu parler du café « équitable ». Eh bien, cette expression de la justice sociale cherche à promouvoir une autre vision des échanges, une autre vision du monde où l’on reconnaît la valeur du travail. Les mouvements sociaux en faveur du changement social et de l’évolution des mœurs cherchent eux aussi à développer une société plus juste où l’État prend la place qui lui revient dans le respect de la diversité et des besoins de chacun. Comme l’a expliqué J-J Rousseau à travers « l’Homme naturel », le peuple, dans son désir d’assurer sa protection et de faire régner la justice sociale, place son espoir dans l’État en se constituant en société civile et devient par le fait même, citoyen.
Prise de conscience
Lorsque l’État a pris les couleurs du néo-libéralisme au coeur de sa bureaucratie, une prise de conscience a commencé à se faire sentir dans les pays concernés. À force de diminuer les services à sa population et de laisser se privatiser l’essentiel des richesses collectives, l’État s’est retrouvé à court de moyens pour assurer sa mission conférée par la collectivité. C’est alors qu’après différentes grandes mobilisations citoyennes à travers le monde, comme à Paris, Seattle et Québec, que la convergence s’est poursuivie et que sont apparus les Forums Sociaux Mondiaux.
Dans ces forums, le citoyen retrouve sa place et toute sa valeur dans un esprit d’ouverture. Il se conscientise sur divers enjeux et cherche de nouvelles alternatives. Nous sommes au point historique de l’émergence d’un nouveau contrat social, la prochaine étape dans l’évolution du rapport de production et de distribution. Mais cela ne peut pas se faire uniquement à l’échelle des forums mondiaux. La prise de conscience citoyenne doit se transposer à la base pour ensuite revenir au sommet. C’est dans cet état d’esprit que se prépare le Forum Social Régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean (FSR02) qui aura lieu du 22 au 24 septembre prochain. Il faut que la population de cette région du Québec prenne conscience des enjeux qui la touchent au niveau régional afin de reprendre son pouvoir citoyen et de faire entendre sa voix.
Une invitation
Le FSR02 sera un lieu de convergence des groupes de défense et de luttes collectives, mais aussi une occasion de débattre publiquement de sujets chauds qui nous préoccupent. Nombreux séminaires, plénières, conférences et formations sont à l’horaire. Les élus de notre région, les maires, les députés, les universitaires, les entreprises, les organismes et la population, tous sont conviés à prendre part à cette fin de semaine pour donner lieu à des échanges constructifs et formateurs.
Une foire artisanale et de produits du terroir permettra aux gens de la région de redécouvrir qui nous sommes et ce qui fait notre fierté dans la grande foulée de l’implantation massive des multinationales et des produits de dumping qui nous envahissent.
International
Il ne faudrait pas oublier de mentionner la présence d’une programmation culturelle et artistique riche en émotions. La région a été mobilisée pour venir présenter ses réussites et partager son rayonnement à la collectivité. Dans ce forum à saveur locale, nous chercherons aussi à dépasser le niveau régional et ferons des prises de conscience à différentes échelles. Il est aussi à souligner que plusieurs délégations internationales ont répondu à l’appel et ont entamé des démarches pour être présentes et venir partager leur vision d’un nouveau monde. Nous ferons aussi le lancement d’un réseau de communication de la société civile où les citoyens pourront s’associer librement en groupe de diffusion de l’information pour conscientiser et amener les gens à agir quand ils se sentent interpellés.
De plus, par la concrétisation de ce forum, d’autres régions seront amenées à se mobiliser afin d‘en arriver prochainement à un forum social québécois. La construction d’un monde nouveau commence par les régions, en pleine conscience de notre environnement et du monde qui nous entoure. Il faut apprendre à penser, vivre et agir autrement, parce qu’un nouveau monde est devenu possible.
Vincent Gagnon
Chicoutimi
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