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Vie et mort de l'administration Tremblay. Partie 2 : l'opposition - Par Sylvain Gaudreault

Un texte de L'oiseau-mouche, le blogue de Pascal D'amours, Sylvain Gaudreault et Denise Turcotte.
2006-08-29 10:50 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Dans le texte précédent, nous avons vu que le bilan du maire Jean Tremblay à la tête de la ville de Saguenay est à peu près nul. Pourtant, il réussit à maintenir contre vents et marées une popularité qui ferait rougir n’importe quel politicien. Si une bonne part de cette cote exceptionnelle s’explique entre autres par le populisme et la feinte érigés en doctrine, il n’en demeure par moins que sur le terrain, l’ascendant politique du maire est indéniable. Jean Tremblay et ses acolytes ont le contrôle vertical et horizontal de la machine administrative de la ville.

Le conseil actuel

Une saine démocratie exige la présence d’un minimum d’opposition, sinon il y a risque de verser dans le manque de transparence, voire dans les abus de pouvoir. Normalement, le régime municipal en vigueur au Québec devrait faire en sorte que l’opposition au maire émerge des rangs du conseil municipal. C’est ainsi que cela se passe dans toute ville normale. À Saguenay, le contrôle du maire et de son entourage est tel que la survie politique des conseillers municipaux dépend de leur appui à Jean Tremblay. Parlez-en à Gaston Laforest, l’ex-conseiller du secteur Arvida, qui s’était fait traiter publiquement d’«homme inutile » par Jean 1er.

Bien sûr, il est commode de mettre la faute sur le seul compte de l’intransigeance de Jean Tremblay. Il ne faut pas oublier que la faiblesse (l’absence) des voix discordantes autour de la table du conseil s’explique d’abord et avant tout par la couardise des conseillers municipaux. Aucun – j’insiste, aucun – des dix-neuf membres n’est assez culotté pour défier publiquement le maire, pour poser les véritables questions lors des séances publiques du conseil municipal. Il faut le faire! De deux choses l’une : soit que ces dix-neuf individus doivent leur élection à la force du parti virtuel du maire ou soit que ce sont dix-neuf élus incapables de concevoir toute analyse politique qui se tient et, de ce fait, ils restent muets face aux comportements inacceptables du premier magistrat. Des deux options, en tout respect pour les conseillers municipaux, je préfère encore la première quoique, au net, le résultat reste le même…

Quelle est l’alternative, considérant qu’il semble improbable qu’une saine opposition provienne des conseillers municipaux? La réponse se trouve chez les citoyens eux-mêmes.

Le RCS

Cet été, le président du Regroupement des citoyens de Saguenay (RCS), Christian Joncas, a annoncé qu’il quittait son poste. Que l’on soit pour ou contre ses stratégies et ses interventions, il faut reconnaître que ces dernières années, Christian Joncas a tenu le fort tout seul face à la toute puissance du maire. Armé de son dévouement, « pauvre comme Job », le président du RCS a coiffé malgré lui le chapeau de chef de l’opposition putatif. Dans son combat, il n’affrontait pas que le maire, mais tout le conseil! Grâce à Christian Joncas, de nombreux débats ont pu émerger dans les médias et des questions pertinentes ont été posées, comme celle sur le caractère public de Promotion Saguenay.

En revanche, il ne faut pas ignorer le programme du RCS qui, à mon sens, rend cette organisation inapte à représenter une alternative à l’administration actuelle. Sur le fond, le RCS tient en effet le même discours que Jean Tremblay en ce qui concerne la fiscalité. Pour ce type de regroupement, il n’y a point de salut en dehors de la sacro-sainte baisse des taxes. Tout coûte trop cher. À ce chapitre, la différence n’est que sémantique avec l’administration actuelle. Il est donc impossible de qualifier le RCS de véritable opposition au maire.

Vision nouvelle

Les élections municipales de l’an dernier ont vu apparaître un nouveau parti dirigé par Mireille Jean, le parti Vision nouvelle. Cette formation a créé de grands espoirs chez les militants anti-Jean 1er. D’ailleurs, c’était peut-être là son principal handicap… Il n’y a rien de pire en politique que d’avoir une équipe de bénévoles qui oeuvrent contre quelqu’un au lieu de se concentrer à faire la promotion de son chef et de son équipe.

Malgré sa défaite personnelle et celle de l’ensemble de ses candidats, Mireille Jean a choisi de rester à la tête du parti. Aux dernières nouvelles, Mireille Jean semblait motivée à se présenter de nouveau même si, depuis les élections, elle est totalement effacée de la scène publique. Elle ne se présente pas aux séances publiques du conseil municipal et n’intervient pas dans les médias. Pis encore, des éléments de son organisation parmi les meilleurs ont quitté le navire, contestant le style de leadership de madame Jean. Parmi eux, on compte nul autre que le président fondateur, Guy Bouchard. On sent qu’il y a désorganisation… Malgré que l’initiative était intéressante, la confiance semble rompue avec Vision nouvelle.

Un nouveau parti?

Si la véritable opposition ne peut émerger ni des rangs des conseillers actuels, ni du RCS, ni de Vision nouvelle, les citoyens de Saguenay sont-ils condamnés à attendre que Jean 1er parte de lui-même? Je ne pense pas. L’administration actuelle a commis trop de dommages. Il est impensable de rester coi face à ce gâchis (ou face à ce vide). Malgré les résultats décevants, l’expérience de Vision nouvelle a démontré qu’il est possible de faire un parti politique à Saguenay. Il existe un bassin de bénévoles prêts à s’engager à fond dans une campagne électorale.

Il serait temps de créer un nouveau parti politique à Saguenay. Son plus grand défi serait de rassembler des gens qui ont le goût non pas de battre Jean Tremblay, mais de proposer un projet positif. Je pense que cette nouvelle formation devrait avoir le courage de dire clairement que le temps de la fiscalité minceur est fini. Une ville qui a de l’ambition, c’est beaucoup plus qu’un compte de taxes!

Nous avons besoin d’une équipe qui est capable de penser la ville sous l’angle de l’aménagement et de la planification urbaine. Celle-ci doit viser – et ça presse! – à créer une identité, un sentiment d’appartenance à la grande ville, au-delà des arrondissements. Cette équipe pourrait proposer que Saguenay prenne sa place à travers les grandes villes du pays en tant que métropole du nord du Canada. Du coup, elle pourrait se tailler une niche originale sur la scène internationale. Tout un programme! Je rêve? Pas du tout. Il suffit d’avoir de l’ambition. Juste un peu de l’ambition, ce qui manque cruellement à l’administration actuelle. Qui est prêt à reprendre l’idée?

Sylvain Gaudreault

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