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Crise de l’industrie forestière : quand le pire devient réalité

Lettre d’opinion - Par le président de la Fédération Québécoise des Municipalités, Bernard Généreux
2006-08-23 15:22 - Commentaire d'opinion

MONTREAL, le 23 août 2006 - / LBR.ca / - Il faut bien le reconnaître et l’admettre, la mise en oeuvre des recommandations de la Commission Coulombe et, particulièrement, la réduction de 20 % de la possibilité forestière ont créé partout dans les régions forestières du Québec une onde de choc jamais vue dans l’histoire forestière du Québec. Cette mise en oeuvre s’ajoute aux modifications structurelles que connaît cette industrie depuis quelques années. Pensons simplement au conflit du bois d’oeuvre, à l’appréciation du dollar canadien, à l’invasion de nos marchés traditionnels d’exportation par de nouveaux concurrents et aux coûts d’approvisionnement en fibre. Ajoutons-y aussi une croisade sans précédent de dénigrement de la gestion forestière du Québec alimentée et supportée dans les lieux de haut savoir et devant des auditoires métropolitains ignorants de ce qui se vit sur le terrain, mais aveuglés par une vision biaisée et tronquée de la réalité forestière.

Vous avez là tous les ingrédients nécessaires pour mettre en péril, bien sûr, une industrie forestière, mais surtout des communautés, là où vivent des hommes et des femmes qui ont pour gagne-pain un travail en forêt, à l’usine de transformation du bois ou à celle de fabricants d’équipements forestiers ou, encore, qui possèdent leur entreprise de camionnage, d’exploitation forestière, etc. Car c’est aussi cela l’industrie forestière dans les régions.

Ce sont aussi des hommes et des femmes qui innovent, qui mettent leurs talents au service de l’industrie, qui aiment « leur » forêt, qui contribuent à la vitalité et au dynamisme de leur communauté.

Mais l’industrie forestière, c’est aussi une industrie qui s’est éloignée des régions, de ses besoins et de ses attentes. C’est une industrie très concentrée où les pôles de décisions sont principalement localisés dans les grands centres, loin des préoccupations régionales, et qui doivent répondre à des actionnaires de plus en plus exigeants. C’est aussi une industrie marquée par une concentration de la connaissance et des savoirs et, pour compléter le tableau, caractérisée par une gestion gouvernementale centralisée. En d’autres mots, la gestion forestière au Québec, c’est un réseau « tissé serré » où les régions sont plus souvent qu’autrement spectatrices.

Quand tout va bien, on peut, à la limite, tolérer pareille situation. Mais quand cette industrie est au bord du gouffre, que des milliers de travailleurs, de travailleuses et d’entrepreneurs risquent d’y perdre emplois ou entreprises, il est aussi temps d’amorcer un virage majeur, de provoquer des changements importants dans nos pratiques et dans nos habitudes et, surtout, de mettre à contribution les régions et les communautés forestières du Québec.

Le défi actuel est colossal. Il faut changer nos pratiques de gestion forestière, rationaliser l’industrie pour la rendre plus compétitive, développer la 2e et la 3e transformation et redonner à cette industrie un nouveau lustre comme secteur industriel pour qu’elle puisse renouveler sa main-d’oeuvre. Et tout cela dans des délais relativement courts et avec des ressources gouvernementales de plus en plus limitées.

Dans ce contexte, l’accélération des fermetures d’usines en Gaspésie, en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord, au Saguenay-Lac-Saint-Jean fragilise encore plus les économies locales souvent dépendantes et tributaires de l’activité forestière. Sans compter la rumeur venant du forestier en chef annonçant une nouvelle coupure de la possibilité.

Cette étape de la rationalisation qu’effectue actuellement l’industrie ne doit cependant pas se faire au coût de la survie de nos communautés. Si, pour y arriver, les règles du jeu doivent être modifiées, par exemple le rattachement d’un CAAF à l’usine, il faut absolument que le monde municipal et, au premier chef, les MRC, y soit associé et partie prenante à cette redéfinition des façons de faire. Il faut nous assurer que cette opération se réalise gagnant-gagnant et que la diversification des productions soit accessible aux communautés visées par la transformation en cours.

Rappeler que l’industrie forestière représente quelque 100 000 emplois directs, plus de 10 milliards de dollars en valeur ajoutée et près de 12 milliards de dollars en exportation, c’est rappeler que la crise forestière touche toute la société québécoise. Je crois que nous avons tous à gagner à serrer les rangs et à développer une nouvelle culture forestière. Enfin, le premier ministre du Québec reconnaissait lui-même que la crise que traverse actuellement l’industrie forestière est de loin la plus importante de son histoire. Bien qu’il évolue constamment, si on en croit la possible diminution de la possibilité forestière, le diagnostic sur la forêt a donc été posé : il faut maintenant passer du débat à l’action. Pour cela, il est temps que le gouvernement donne aux régions du Québec les moyens de se prendre en main et de rompre leur dépendance face à l’exploitation des ressources naturelles sur leur territoire.


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/Renseignements: Louise-Andrée Moisan, Directrice des communications,
(418) 651-3343, Cell. : (418) 563-6599/

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