- / LBR.ca / - Il est des lieux qui nous sont si familiers qu’on a tendance à les prendre pour acquis et à négliger de les revisiter. Pour moi qui ai grandi à Saint-Fulgence, les monts Valin sont de ceux-là. Mais j’ai redécouvert l’endroit avec beaucoup de bonheur depuis deux ou trois ans. Il faut dire que le développement du Parc national des Monts-Valin a permis la mise en place d’infrastructures de grande qualité qui facilitent beaucoup l’accès à ce joyau de notre nature régionale.
Grâce à "la visite"
J’avais le souvenir d’un lieu éloigné et difficile. Un territoire fondamentalement mâle, théâtre d’expéditions à motoneige où les hommes démontraient leur endurance et leur débrouillardise en désembourbant les engins qui ne manquaient pas de s’enliser dans la neige épaisse comme ça. Ma mémoire était peuplée de récits de pêche où les maringouins en attrapaient au moins autant que les pêcheurs. Les milliards de gigantesques bleuets sauvages que j'y imaginais ne se laissaient capturer qu'au prix d'escalades périlleuses et de douloureuses écorchures aux mollets. Les nids de quêpes noires, ma hantise, y foisonnaient comme autant d'avant-postes autorisés à piquer pour tuer, question de faire déguerpir les intrus. Bref, les monts Valin de mon enfance constituaient une toile de fond que je préférais admirer sans trop m’y aventurer. J’estimais ne pas avoir le profil "plein-air" requis pour pénétrer à l’intérieur de ce fabuleux paysage.
Comme c’est souvent le cas avec les attraits locaux, c’est pour faire plaisir à "la visite" que j’y suis finalement retournée. Et quelle belle surprise: non seulement c’est magnifique, mais c’est facile et accessible à tout le monde, même à moi! De quoi me donner envie de partager avec vous ce secret qui reste encore plutôt bien gardé.
Le Parc national des Monts-Valin offre de nombreuses activités: pêche, canot, camping sauvage, interprétation par des guides naturalistes, randonnée, pédestre l’été, à raquettes ou à skis l’hiver, etc. Son réseau de sentiers est vaste et varié; il comporte des relais qui permettent les randonnées de plusieurs jours. D’ailleurs, pour apprécier toute la richesse du parc, il faut certainement quelques jours et plusieurs excursions.
Apprivoiser sans douleur
Mais pour le curieux plus ou moins en forme, - dans mon genre quoi ! - la randonnée du Pic de la Hutte constitue sans doute le meilleur rapport "effort-vue spectaculaire". Il s’agit d’une excursion réalisable sans peine en une demi-journée au départ de Chicoutimi.
On se rend d’abord à l’accueil du parc par le rang Saint-Louis à Saint-Fulgence (compter environ 45 minutes de route). On peut en profiter pour faire un petit arrêt à l’épicerie Roger Tremblay, à l’entrée du village, à quelques mètres à peine du rang St-Louis. On fera là provision de pain de ménage, galettes ou beignes maison pour garnir le panier à pique-nique.
Après avoir payé l’accès au parc (un modeste 3.50 $ par adulte) et s’être procuré la carte des sentiers, on emprunte le chemin du Bras des Canots, une route de 9 kilomètres qui longe la rivière du même nom, un torrent fougeux qui dévale la montagne entre les roches arrondies par son flux puissant. Pas besoin d’un gros pick-up ni d’un "quatre par quatre", même si on droit gravir quelques bonnes côtes bien abruptes: les autos normales circulent sans problème sur cette route de gravier. Je vous l’ai dit, c’est accessible à tout le monde.
Le chemin conduit à un stationnement d’où part de sentier du Pic de la Hutte, long de 1,5 kilomètre. La montée est relativement facile avec son dénivelé d’à peine 80 mètres et les escaliers et trottoirs de bois qu’on a construits sur le parcours. Quelques bancs savamment disposés là où le souffle pourrait manquer permettent de se reposer et d'apprécier le grand calme des lieux. La végétation impressionne par la variété des espèces et le changement qu'on remarque au fil de l'ascension: en haut, on se croirait presque dans la toundra arctique tant les arbres sont rabougris. On est aussi saisi par les falaises noires qui se dressent comme si un géant les avait équarries à la hache un jour où il ne savait pas trop quoi faire de sa peau. Mais même en prenant bien son temps pour apprécier toute la richesse d'une nature généreuse, il est difficile de mettre plus de trois quarts d’heure pour atteindre le sommet. Et c’est là que le clou du spectacle nous attend.
À couper le souffle
Pour peu que le temps soit clair, c’est la région tout entière qui s’étale à nos pieds, rien de moins! De l’église de Saint-Félix-d’Otis jusqu’à la tour à pâte de l’usine Alcan d’Isle-Maligne. Tout simplement époustouflant! La fin de semaine, un guide naturaliste est sur place avec sa lunette d’approche qui permet de voir un peu mieux les détails de ce panorama incroyable. On s’amuse à repérer des lieux familiers, des édifices connus. Le guide renseigne également les randonneurs sur la végétation et la faune de l’endroit, ce qui permet de s’instruire en prime.
Les tables installées sur les belvédères en font des lieux de pique-nique presque surréalistes: même le plus vulgaire sandwich au coco prend des airs de festin lorsqu’on l’avale dans un pareil décor. Il est toutefois prudent d’apporter une petite laine parce qu’à cette altitude, la température est nettement plus fraîche qu’en ville et le vent peut surprendre, surtout en automne. Mais je ne connais pas un touriste qui ne craque pas devant l’immensité de ce paysage grandiose !
Allez-y faire un tour, amenez-y votre "visite". Vous m’en direz des nouvelles !