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Doha, terminé ? Non ! Ce n’est que le début…

C’est officiel ! Les grandes économies agricoles du monde préfèrent l’échec au compromis.
2006-08-02 07:00 - Commentaire d'opinion

Dr. Sylvain Charlebois
Dr. Sylvain Charlebois

- / LBR.ca / - C’est officiel ! Les grandes économies agricoles du monde préfèrent l’échec au compromis. En juillet 2006, le cycle de Doha, amorcé en 2001, avec entre autres l'intention de faciliter l'accès des pays les plus pauvres aux marchés alimentaires des pays les plus riches, avortait. Aucun échéancier ultérieur ne fut fixé par les membres participants, et les principaux joueurs – l’Union européenne, les États-Unis, le Japon, l’Inde, le Brésil et l’Australie – se reprochent mutuellement la faute de cet échec. Bref, le protectionnisme semble toujours à la mode. Plusieurs personnes, incluant M. Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), cherchent de nouvelles avenues diplomatiques, mais en vain.

L’heure est maintenant à la réflexion. Il faut quand même reconnaître que les objectifs du cycle de Doha étaient ambitieux, voire même périlleux. Ces négociations avaient pour but d’offrir au monde une globalisation plus inclusive pour les pays pauvres en limitant les barrières tarifaires et les subventions agricoles des pays mieux nantis. Or, les échéanciers électoraux aux États-Unis et en France compliquent la donne : celle d’inviter des pays démocratiques, qui dépendent essentiellement d’un suffrage universel domestique, à résoudre une énigme planétaire vouée à être parsemée d’embûches. Par exemple, la plupart des mouvements qui représentent les producteurs agricoles des pays riches, y compris le Canada, briguent le statu quo puisqu’ils y gagnent énormément. Depuis plusieurs années, ces groupes militent avec ardeur pour que leur gouvernement national respectif ainsi que les consommateurs ne concèdent en rien une diminution de leur souveraineté alimentaire. Jusqu’à maintenant, leur lobby s’avère plus qu’efficace.

Par contre, contrairement à ce que plusieurs pays riches préconisent, l’échec des négociations du cycle de Doha était loin d’être inévitable. D’abord, les Américains estiment, et avec raison, qu’ils faut réduire les tarifs à l’importation afin de permettre un meilleur accès à d’autres marchés. Par ailleurs, les Européens, les maîtres incontestés des barrières tarifaires, calculent que les pays émergents doivent protéger leur marché domestique par le biais de tarifs à l’importation. Il y a aussi le délicat dossier des subventions agricoles. Sur ces points en litige, M. Lamy avait construit un habile compromis entre les pays riches, mais aucune des parties n’a mordu à l’hameçon. De ce fait, nous constatons qu’il existe un conflit idéologique entre plusieurs membres, notamment entre les États-Unis et l’Union européenne. D’une part, l’un veut que Doha devienne une entente historique, tandis que l’autre préfère que le cycle de Doha mène à autre chose de plus substantielle. De plus, les membres ne s’entendent pas sur la façon d’aider les pays pauvres et sur la manière de leur offrir les mêmes opportunités dont disposent les pays riches. En quelques mots, c’est l’impasse.

Malgré ce blocage, l’espoir est toujours permis. Ce n’est pas la première fois qu’un tel échec se produit. En 1990, les négociations du cycle de l’Uruguay étaient vouées à l’échec, selon plusieurs. Or, quelques années plus tard, les pays impliqués renouaient le dialogue pour ensuite créer, en 1994, l’Organisation mondiale du commerce, telle qu’on la connaît aujourd’hui. De telles négociations recèlent souvent des constats d’échec des principaux participants. Ceci fait partie du processus. Notons, pour mémoire, que l’agriculture, le principal enjeu du cycle de Doha, représente le chantier inachevé du cycle de l’Uruguay. En outre, plusieurs pays, notamment l’Inde, la Chine et le Brésil, absents en 1990, participent cette fois-ci au cycle de Doha. Pour résoudre cet épineux problème, les 149 membres de l’OMC doivent s’affairer à trouver une solution musclée et juste.

Afin de permettre aux pays pauvres de développer une économie durable et prospère, les pays de l’hémisphère nord doivent éventuellement reconnaître que leurs doctrines agricoles actuelles ne se marient guère à une économie globale, et ils le savent très bien. L’échec de juillet dernier veut tout simplement dire que le contexte géopolitique en vigueur se prête mal à une continuation des négociations, rien de plus. Mais le contexte risque de changer rapidement. Des 149 pays membres de l’OMC, seule la Mongolie n’a pas d’entente bilatérale avec un autre pays. Du côté américain, l’administration Bush a signé 14 ententes et négocie présentement 11 autres pactes avec de futurs partenaires. D’ici la fin de 2006, l’Asie comptera plus de 70 accords de libre-échange. Cette explosion d’accords est susceptible de créer un déséquilibre commercial pour l’Europe et obliger les pays membres à revenir à la table de négociation afin de compléter le cycle de Doha. Le contraire, en revanche, peut être aussi vrai.

Pour le Canada, où les subventions agricoles directes atteignent les 4 milliards $ annuellement, la conjoncture actuelle offre au gouvernement canadien une opportunité de se préparer à la deuxième phase du cycle de Doha. Le Canada compte déjà quelques ententes intéressantes, telles que l’Accord de libre-échange nord‑américain (ALENA), la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) et d’autres accords avec le Chili, le Costa Rica et Israël. Le Canada négocie présentement neuf autres accords et doit poursuivre sa recherche de nouvelles avenues pour l’agriculture canadienne. Une réforme des stratégies de mise en marché, telles que la gestion de l’offre, la transformation des modalités de fonctionnement de la Commission canadienne du blé et une augmentation de la compétitivité de nos agriculteurs, est certes de mise pour les prochaines années. Il faut bien admettre qu’une fois que l’Europe et les États-Unis s’orienteront vers une entente, le Canada devra suivre.

Tout compte fait, les négociations du cycle de l’Uruguay ont duré sept ans, et plusieurs supputent que le cycle de Doha durera au moins dix ans, et encore. Si nous nous fions au calendrier électoral américain, le cycle de Doha prendra fin sous la gouverne du président ou de la présidente qui succédera au successeur du Président Bush. Alors, après seulement cinq ans, donnons au cycle de Doha une véritable chance et laissons le temps faire son œuvre.

Dr. Sylvain Charlebois
Professeur Adjoint
Faculté d’Administration
Université de Regina
Chercheur en distribution et sécurité alimentaire
Regina (Saskatchewan) Canada
t. (306) 337-2695
sylvain.charlebois@uregina.ca

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