- / LBR.ca / - Que les cyniques aillent se rhabiller! Il est faux de prétendre que d’un gouvernement à l’autre, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. À chaque jour, le premier ministre Stephen Harper fait prendre conscience aux Canadiens et aux Québécois ce que signifie l’élection d’un gouvernement conservateur. Imaginez s’il était majoritaire!
J’étais déjà inquiet de l’élection d’un gouvernement de droite le 23 janvier dernier. Recul sur la conciliation famille-travail avec le versement de 100 $ par mois aux enfants de moins de six ans, prolongation de la mission offensive de l’armée canadienne en Afghanistan, croissance du budget militaire, abolition du registre des armes à feu, hausse de l’âge du consentement sexuel, volonté de contrôler les représentants de la presse parlementaire à Ottawa, « god bless Canada », entente à rabais sur le conflit du bois d’œuvre avec les amis du régime Bush… En quelques mois de règne, Stephen Harper a rapidement imposé son style de gestion, notamment motivé par des considérations d’ordre moral, une première dans l’histoire politique canadienne. D’une tradition de type parlementaire britannique, voilà que l’administration publique du Canada glisse subrepticement vers un type présidentiel à l’américaine.
Aucune nuance
Depuis samedi dernier, avec la position du premier ministre sur la question des frappes israéliennes en territoire libanais, mon inquiétude a laissé place à la honte. J’ai honte d’être citoyen d’un pays qui a exprimé à la face du monde, avec aucune nuance, un appui sans faille à la stratégie militaire d’Israël dans le nouveau conflit avec le Liban. Bien que j’en étais déjà pas mal convaincu, j’ai maintenant acquis la certitude qu’il y a urgence à renverser ce gouvernement. Aucun « vote stratégique », aucune voix au sein du conseil des ministres, aucun « Plan Marshall », aucune vague promesse de création d’emplois dans ma région ne me fera marchander mon désaccord, voire mon indignation, face à ce gouvernement marqué du sceau du conservatisme social et de la courte vue.
Comprenez-moi bien. Il n’est pas question ici de soutenir le Hezbollah ni le Hamas, ces organisations qui confondent religion et politique. Dans le cas du Hezbollah, il semble se foutre totalement de l’état de droit que le gouvernement libanais tente de faire régner au pays du Cèdre. Mais je ne crois pas pour autant que la solution à la situation explosive au Proche-Orient passe par une cristallisation des positions. Stephen Harper est le chef de gouvernement qui est allé le plus loin dans sa prise de position idéologique en qualifiant de « mesurée » la réaction de l’armée israélienne aux attaques du Hezbollah et du Hamas. Même George W. Bush n’est pas allé aussi loin. Il faut le faire! Nous savons tous que la détention de trois soldats israéliens par le Hamas et le Hezbollah offre un joli prétexte à Tsahal pour pilonner ses voisins et ainsi éradiquer toute forme de terrorisme. Mais puisqu’il faut s’en tenir aux motifs invoqués, qu’ils soient faux ou réels, n’est-il pas charrié de trouver « mesurée » une réplique qui jette de l’huile sur un feu déjà passablement allumé et qui, à son septième jour, avait déjà fait plus de 240 morts dont bon nombre de civils? L’horreur. Il n’y a pas d’autres mots pour décrire la réalité au Sud-Liban.
Méconnaissance
Outre ce glissement sans précédent vers une radicalisation de la politique extérieure du Canada, la réaction de Stephen Harper dévoile autre chose sur le personnage et son gouvernement qui doit faire face à son premier vrai test face à l’opinion publique. En effet, les ratés dans l’évacuation des ressortissants canadiens et la position tranchée du premier ministre révèlent la méconnaissance de ce dernier quant aux liens étroits qui unissent la communauté libanaise avec le Québec. Le Liban est membre de l’Organisation internationale de la francophonie. Cette appartenance à la grande famille francophone a fait en sorte que de nombreux Libanais ont choisi d’émigrer au Québec, surtout dans les années 1970 et 1980, alors que la guerre faisait rage dans leur pays. Sachant cela, Stephen Harper aurait-il osé aller aussi loin dans ses prises de position? Aujourd’hui, en offrant des sièges de son « Air force one » à une centaine de ressortissants canadiens en « stand by » sur l’île de Chypre, Stephen Harper ne tente que d’amadouer une opinion publique de plus en plus critique. Mais le mal est fait. La crise israélo-libanaise a dévoilé le vrai visage du premier ministre pour ceux et celles qui doutaient encore de la profondeur de ses convictions idéologiques de droite.
La honte m’assaille. L’horreur me dégoûte. Aujourd’hui plus que jamais, je considère qu’il y a urgence à renvoyer dès la première occasion Stephen Harper et ses sbires locaux, dont Jean-Pierre Blackburn, député de Jonquière-Alma, sur les banquettes de l’Opposition.
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