- / LBR.ca / - Au cours des deux dernières années, j’ai eu la chance de faire trois voyages de tourisme pur, c’est-à-dire que ces voyages n’étaient motivés par rien d’autre que le désir de découvrir des cultures différentes et des lieux nouveaux. Ce n’étaient pas des voyages d’affaires ou d’études. Mais attention! Cela ne signifie pas pour autant que je ne fréquente que les lieux ou les sites marqués au fer rouge par le tourisme de masse.
C’est ainsi qu’entre 2004 et 2006, je me suis retrouvé successivement en Roumanie, en Irlande et en Alsace. « Veinard », direz-vous. Peut-être… Mais mon objectif n’est pas de vous raconter mes pérégrinations du genre « Grands explorateurs » et encore moins d’épater la galerie. Vous n’avez rien à faire de mon album de photos et je vous comprends très bien.
Je veux vous amener vers une autre trajectoire, celle de l’identité. On dit souvent que les voyages servent davantage à se comprendre soi-même qu’à découvrir l’autre. J’ai réalisé en Alsace que mes trois dernières destinations ont un fort dénominateur commun : la quête identitaire d’une collectivité. Ces trois nations ont toutes connu (et connaissent encore…) un parcours non linéaire dans la formation de leur identité collective. Un pays ou une région? Partager les pouvoirs avec une entité supra-nationale ou centraliser les fonctions administratives? Quelle religion? À travers toutes ces questions, j’en viens à me demander si je ne cherche pas à comprendre ma propre « québécitude » à l’occasion de mes périples outre-mer. Voyons voir…
Quêtes identitaires collectives
La Roumanie d’abord. Parmi mes trois destinations, ce pays d’Europe de l’Est représente sans aucun doute la quintessence de la quête identitaire complexe. Il est situé au confluent de multiples influences culturelles : latine, slave, orientale, orthodoxe, francophone… Sans compter que son passé communiste récent, qui a dérivé vers le totalitarisme, a laissé de puissantes traces jusque dans l’architecture. Il y a de quoi marquer un peuple! Aujourd’hui libérée du joug de Nicolae Ceausescu, la Roumanie aspire à l’Europe. Son adhésion à l’Union européenne est prévue pour 2007, si elle parvient notamment à juguler la corruption endémique. Dans les rues de Bucarest comme dans les campagnes de Bucovine, on sent que les Roumains veulent être considérés comme Européens au sens du marché commun. Ils veulent faire un trait sur leur passé troublé et ils aspirent à rejoindre le camp de l’Occident. Cela se sent même dans les choix de consommation et la musique.
L’Irlande ensuite. Je n’ai pas encore compris ce qui m’attirait tant dans ce pays escarpé, au propre comme au figuré. Est-ce son histoire marquée, comme celle du Québec, par la domination britannique? Serait-ce plutôt sa relation d’amour-haine avec l’Église catholique, encore comme au Québec? Étais-je attiré par la terre ancestrale de nombreux Québécois dont les aïeuls ont fui la Grande Famine de 1846-1848? C’est peut-être un mélange de toutes ces raisons… Après de longues années de lutte pour leur émancipation, les Irlandais ont enfin acquis l’indépendance en 1921. Aujourd’hui membre à part entière de l’Union européenne, le « Tigre celtique » a su profiter des bienfaits du marché commun, dont la monnaie unique (l’euro) et les généreuses subventions, tout en gardant farouchement son indépendance. Il reste bien sûr la délicate question de l’Ulster et des relations entre les communautés protestantes et catholiques du nord de l’île, toujours rattaché au Royaume-Uni. Là encore, la quête identitaire se fait sentir. Protestants ou catholiques? Royalistes ou républicains? Britanniques ou irlandais? Le sud de l’île, majoritairement catholique, a trouvé sa réponse par l’accession à la pleine souveraineté et en participant pleinement aux institutions internationales. Il aimerait bien que le nord le suive dans cette voie…
L’Alsace maintenant. Voilà une région qui a choisi son camp entre les deux rives du Rhin : ce sera la France! Comme la Roumanie et l’Irlande, l’Alsace a aussi une personnalité complexe : elle a su préserver son originalité au sein de l’Hexagone, notamment avec son dialecte et la tolérance qu’elle accorde depuis plusieurs siècles à la diversité religieuse. Dans un petit village alsacien, j’ai visité une église qui sert à la fois au culte catholique et au culte protestant depuis 1687! Malgré cette « société distincte » et le fort sentiment d’appartenance, les Alsaciens ne revendiquent pas leur indépendance. Ils trouvent leur compte au sein de la République française, ce qui ne les empêche pas d’être très présents sur la scène internationale. Strasbourg, le chef-lieu de la région, a fait le pari des institutions de l’Union européenne : elle abrite le siège du Conseil de l’Europe et du Parlement européen.
De retour chez nous…
Et le Québec dans tout ça? Si voyager permet surtout de se comprendre soi-même, j’essaie encore de voir comment le Québec, une autre société en quête de son identité, peut trouver une inspiration dans les modèles étrangers.
Au terme de mes visites sommaires en Roumanie, en Irlande et en Alsace, j’ose une recette à saveur québécoise : sur la base d’un métissage à la roumaine (au Québec les influences culturelles sont autochtone, française, britannique, américaine, catholique et protestante), ajoutons une souveraineté à l’irlandaise assaisonnée d’une ouverture sur le monde à l’alsacienne. Il s’agit-là, il me semble, d’un projet nettement plus emballant et contemporain que le confinement éternel dans la position défensive de province au sein d’un ensemble fédéral qui se refuse à reconnaître la spécificité québécoise.
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