- / LBR.ca / - Les élites du Saguenay-Lac-St-Jean souffrent d'un unanimisme aigüe. Dans le contexte d'une région avide d'alternatives valables pour assurer son avenir écononomique, certains projets sont rapidement passés dans le tordeur de l'opinion publique préfabriquée.
Le petit dernier de ces dosssiers est celui du champ de tir pour les chasseurs CF-18 postés à la base de Bagotville. Au nom du développement régional, on exclut tout débat et on proclame - Le Quotidien au premier chef - que le débat est clos. Il n'y a rien à ajouter, sauf soi-disant en provenance de la "Secte des Verdoyants" du Plateau Mont-Royal, selon les émules du chroniqueur Jacques Brassard. La nouvelle idole du peuple, Jean-Pierre Blackburn, est en faveur du projet et il est membre d'un gouvernement belliciste. Voilà! Le dossier est clos! Tous aux abris, les CF-18 vont tirer!
Des questions à poser
Qui osera poser des questions dans cette région? L'Oiseau-Mouche sera-t-il le seul média à briser l'omerta du champ de tir? Même l'ex-Zorro du champ de tir de L'Ascension, à la fin des années 1980, se tient mystérieusement coit aujourd'hui. Il faut dire que depuis ce temps, Gérald Scullion est devenu maire de la deuxième plus grande ville de la région. Soudainement, cela semble faire son affaire que le dossier ne touche "que" le Saguenay... Joli prétexte! Hmm... Qui a dit que le pouvoir corrompt... les belles convictions d'autrefois?
Pourtant, des questions à poser, il y en a à la tonne! Quelqu'un peut-il me dire combien d'emplois structurants un champ de tir peut créer? Je trouve que la consolidation des infrastructures et des emplois a le dos large. L'avenir de Bagotville ne dépend-t-il vraiment que du champ de tir? En pleine campagne électorale, quand Stephen Harper est venu promettre 650 militaires de plus à Bagotville, il n'a jamais assorti cette promesse de la condition d'implanter un champ de tir. Pourquoi cela est-il devenu nécessaire maintenant? En outre, ces militaires additionnels seront membres de l'armée de terre.
Un débat mal engagé
Plus fondamentalement, j'ai l'impression que la question du champ de tir est engagée à l'envers. Encore une fois, les élites régionales traitent l'accessoire en faisant l'économie du principal. Sur le long terme, avant d'entreprendre tout développement en matière militaire, je crois qu'il faut d'abord se questionner sur le rôle de l'armée canadienne dans le contexte international actuel. On dirait que l'on traite du champ de tir sous l'angle de la défunte guerre froide. Hé! Ho! Saviez-vous que les CF-18 n'iront plus tirer sur l'Union soviétique?
Avec l'Afghanistan, l'armée canadienne a subtilement glissé vers la frappe offensive plutôt que d'oeuvrer au maintien de la paix sous l'égide des casques bleus de l'ONU. Cette nouvelle tendance est-elle définitive? Le Parlement canadien en décidera-t-il autrement le jour (béni) du retour des Conservateurs sur les banquettes de l'Opposition?
Il faut d'abord faire le débat sur le rôle de l'armée et sur la personnalité internationale du Canada avant de se peinturer dans le coin avec un champ de tir. Le rôle de maintien de la paix n'est pas une sinécure. Il y a du développement à faire là aussi. Pourquoi ne pas envisager pour la base de Bagotville un centre international de formation ou d'entraînement au maintien de la paix en collaboration avec l'ONU? Cette option ne serait-elle pas plus conforme à la personnalité internationale du Canada? Aux deux dernières élections fédérales, les candidats régionaux du NPD avaient lancé une proposition de ce genre.
Je refuse de prendre aveuglément le train du prêt-à-penser du Quotidien et des Conservateurs. Je refuse d'acheter le moindre projet sans poser de questions, simplement parce qu'il est présenté comme un outil de développement régional. Je n'ai pas besoin de rester sur le Plateau Mont-Royal pour observer l'évolution du contexte géo-politique international. C'est pourquoi je suis convaincu qu'il faut d'abord revoir le rôle de l'armée canadienne dans le monde avant de menotter pour longtemps la base de Bagotville.