Certes les politiciens ont besoin de la presse et les journalistes des politiciens.
Un commentaire de Guy Bouchard de Saguenay
2006-06-07 08:44 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - Le récent épisode de turbulence entre les journalistes parlementaires à Ottawa et le gouvernement de Stephen Harper relativement à la tentative des conservateurs de contrôler les conférences de presse, illustre bien le fragile équilibre existant entre ces deux groupes qui s’affrontent. L’un et l’autre ont un immense pouvoir, mais sont des colosses aux pieds d’argiles.
Certes les politiciens ont besoin de la presse et les journalistes des politiciens. Les premiers les utilisent allègrement pour communiquer avec la population ou passer leur message tandis que les seconds doivent recueillir et « vendre » de la nouvelle, ils doivent être lus. Cette nécessaire cohabitation sert généralement bien l’exercice de la démocratie. Cependant, à l’occasion, la tentation des uns et des autres de manipuler l’opinion publique, même involontairement ou pour des motifs louables, demeure toujours présente.
Cet équilibre précaire, est également tributaire des impératifs économiques dont dépendent les médias. Des journaux, des réseaux de radio ou de télévision, ce sont des entreprises qui doivent performer et être rentables. La compétition ou, à l’inverse, de la concentration des entreprises de presse complexifie encore davantage cette relation avec le politique. Dans ce contexte, la couleur éditoriale de chaque « boîte » risque parfois, même sans préméditation, d’être teintée d’une certaine retenue dans les propos ou les idées véhiculées.
Il faut garder à l’esprit que la grande majorité des journalistes exercent leur profession avec un grand souci d’honnêteté. Cependant la condition humaine qui nous caractérise tous, remet fortement en question le mythe de l’objectivité journalistique. Celui ou celle qui recueille, analyse et transmet l’information, le fait avec tous les filtres que sont ses origines sociales, son éducation, son sexe, ses préférences, son vécu etc. Évidemment le professionnel de l’information rompu à sa profession et aguerri, peut jusqu’à une certaine limite « dompter » ses préjugés et perceptions pour tendre au maximum vers cette objectivité tant recherchée.
À notre époque, un autre danger guette la presse. Les attitudes de «consommer/jeter» qui caractérisent nos sociétés modernes ne sont pas sans influencer la façon de faire l’information. Les gens consomment la nouvelle comme ils le font avec les nombreux gadgets qui parsèment notre vie quotidienne. À tous les niveaux, nous nous lassons rapidement de ce qui nous est offert et recherchons constamment la nouveauté. Les medias suivent souvent cette tendance malheureuse à nous offrir une information succincte, éphémère et souvent, faute de temps, très peu fouillée. La succession des reportages des bulletins d’information font parfois penser aux bulles d’air qui atteignent la surface d’un liquide, gonflent, brillent et finalement éclatent, tout de suite remplacées par les suivantes.
En somme, ce « sixième pouvoir » qu’est l’information est une institution extrêmement importante mais combien complexe et fragile. Il faut que ses membres se serrent les coudes et se protègent. Ils doivent, autant que faire se peut, rester au-dessus de la mêlée et garder leurs distances. Si les journalistes parlementaires cédaient aux pressions du bureau du Premier ministre, ils créeraient un dangereux précédent. Il serait ensuite possible, cela s’est déjà vu, très près de nous, que ce soit le début d’un subtil contrôle de la presse qui n’est jamais souhaitable dans nos sociétés.