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Pour une mission renouvelée du Bloc québécois

Un commentaire de Laval Gagnon de Chicoutimi.
2006-05-22 16:54 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - À la suite de l’échec de Meech sous les conservateurs jusqu’à la défaite référendaire de 1995 sous les libéraux, le Bloc québécois a incarné à Ottawa l’élan nationaliste et souverainiste québécois. Depuis le référendum de 95, le Bloc n’a aucun mandat de représentation ni de promotion du projet souverainiste. En attendant les conditions propices à la tenue d’un 3e référendum sur la souveraineté, le Bloc a trouvé sa pertinence dans la défense des intérêts du Québec dans la capitale fédérale. Une mission paradoxale et difficile à assumer pour un parti souverainiste.

Heureusement pour lui, le scandale des commandites et le rapport Séguin sur le déséquilibre fiscal ont abondamment alimenté ses positions sous les Libéraux. Mais il demeurait dans une position électorale fragile, surtout depuis la défaite du Parti québécois. Autant Paul Martin aura payé le gros prix pour se défaire du scandale et contrer l’usure du pouvoir, autant Stephen Harper aura eu relativement peu à faire pour fissurer la forteresse bloquiste et obtenir des gains électoraux significatifs.

Pour finir, l’impact du premier budget du gouvernement Harper et les résultats des récents sondages indiquent que le Parti conservateur a pris le dessus sur le Bloc québécois en termes d’intention de vote. Même si le Bloc demeure de loin le parti fédéral le plus enraciné au Québec, la nouvelle donne politique interpelle avec une acuité renouvelée, sinon son existence, à tout le moins sa mission.

La nouvelle conjoncture

Comment peut-il ou doit-il défendre les intérêts du Québec à Ottawa alors que, de retour au pouvoir, les conservateurs dépressurisent la question québécoise avec une politique de la main tendue ?

Comme le souligne de plus en plus souvent Gilles Duceppe, la stratégie politique du Bloc se résume désormais à ceci : quand c’est bon pour le Québec on vote pour, quand c’est mauvais, on vote contre. Valable sous les libéraux arrogants et centralisateurs, cette stratégie minimaliste pourrait s’avérer très rapidement contre-productive en termes électoraux. Dès le moment où le gouvernement conservateur pose les premiers jalons d’une démarche de négociation favorable aux provinces dont il a tout intérêt à ce qu’elle l’amène vers un mandat majoritaire, Gilles Duceppe passe pour un gérant d’estrade souverainiste qui souhaite secrètement que rien n’aboutisse.

La stratégie conservatrice mènera-t-elle Stephen Harper vers un gouvernement majoritaire et préparera-t-elle, entre-temps ou après coup, la réélection de Jean Charest ? La menace est réelle pour le Bloc et le Parti Québécois. Bien sûr, Jean Charest ne profite pas (encore) des gains conservateurs, mais le Parti québécois non plus, lui qui voit les électeurs récalcitrants glisser (stratégiquement) vers les tiers partis. Les souverainistes ne risquent-ils pas de s’empêtrer dans leurs tactiques électorales et leur débat référendaire, pavant ainsi la voie à une renaissance électorale de Jean Charest ou l’élection de son éventuel successeur ? Si l’on en juge par les réactions contradictoires du Gilles Duceppe et d’André Boisclair face au budget fédéral, on doit conclure que là aussi, la menace est réelle.

En fait, le Bloc est en quelque sorte dépassé sur sa gauche par une radicalisation de l’option péquiste, et sur sa droite par un adoucissement de l’approche fédérale envers le Québec. D’une part il est dépendant de la stratégie référendaire péquiste, qui, rappelons-le, préconise désormais une souveraineté sans partenariat. Il n’y aura un référendum que lorsque le PQ reprendra le pouvoir, et ce référendum ne sera gagnant que si une forte majorité de francophones votent en faveur de la souveraineté sans offre de partenariat.
Il est dépendant d’autre part de la percée réelle des Conservateurs qui occupent habilement et de plus en plus le vide politique créé par la défaite cuisante des libéraux fédéraux et le purgatoire des péquistes, les deux anciens clans ennemis.

La défense des intérêts du Québec

Est-il nécessaire de rappeler que la souveraineté du Québec ne se fera pas à Ottawa.

Comment alors le Bloc peut-il revenir activement et positivement (aux yeux de la population québécoise) à sa vocation de défendre les intérêts du Québec ? Justement, le Bloc ne devrait-il pas profiter de la conjoncture qui favorise relativement le Québec pour faire avancer le Québec ? Ne devrait-il pas conséquemment adopter une attitude proactive et constructive en se faisant le porte-voix des intérêts historiques du Québec, non seulement en matière de déséquilibre fiscal et de représentation internationale, mais aussi comme promoteur des revendications traditionnelles du Québec qui, les sondages le démontrent sans cesse et sans défaillance, correspondent aux aspirations profondes des Québécois et Québécoises ?

Pour rendre ce recentrage crédible, le Bloc doit mettre en suspens son option souverainiste. Non pas l’abandonner. La mettre en suspens. De toute façon, il le fait tacitement dans ses interventions politiques à Ottawa depuis le référendum de 95. Le déclarer publiquement lui donnera une nouvelle crédibilité politique et ouvrira un tout nouvel horizon plus concret, plus tangible, celui des demandes traditionnelles du Québec envers Ottawa.

Qu’elles aient pris la forme de la souveraineté culturelle sous Bourassa, du livre beige de Claude Ryan, ou du rapport Allaire, ou qu’elles se soient exprimées plus vigoureusement avec le concept de la souveraineté-association ou dans l’idéal de l’indépendance, ces aspirations traduisent à divers degrés la nation québécoise et les valeurs particulières d’une société distincte dans sa quête d’autonomie.

Le Bloc doit au plus tôt poser un acte de foi envers la population et avoir confiance en sa sagesse lorsque viendra le temps des choix. Parce qu’il incarne encore le choix majoritaire des Québécois francophones dans la relation qu’ils entretiennent avec le gouvernement canadien, le Bloc doit être à la hauteur de ce lien de confiance en essayant de tirer le maximum du système fédéral en faveur du Québec.

Qu’on soit d’accord ou non, il est certain qu’une forte majorité de Québécois, dont plusieurs souverainistes, souhaitent encore conserver une association avec le Canada, à travers un spectre politique qui va du fédéralisme renouvelé à la souveraineté-association en passant par le statut particulier.

La souveraineté si nécessaire

Cette réalité, constante depuis quarante ans, exprime clairement le sentiment –certains diront l’ambivalence- des Québécois envers le projet souverainiste : pas nécessairement la souveraineté, la souveraineté si nécessaire.

Le pas nécessairement la souveraineté interpelle une fois de plus le Canada anglais, qui devra assumer l’acceptation ou le rejet, implicite ou explicite, de l’existence au Québec d’une société ouverte et francophone désireuse d’avoir les moyens d’assumer son présent et d’assurer son avenir. Quant à la souveraineté si nécessaire, le choix reviendra peut-être une autre fois aux Québécois qui manifestement attendent et souhaitent encore une réponse de l’autre camp. Or, au-delà des belles paroles, l’agenda de M. Harper comporte des priorités canadiennes dont certaines heurteront éventuellement les intérêts du Québec. Voilà pourquoi le fardeau de la preuve pourrait très rapidement se déplacer du côté où il doit être pour le retour du balancier politique, celui du gouvernement conservateur. Le Bloc dispose d’une arme réelle, la balance du pouvoir, qu’il devra utiliser efficacement et pertinemment s’il veut maintenir et augmenter ses appuis populaires et globalement faire avancer le Québec. Les Bloquistes doivent tout de suite établir les marques québécoises en deça desquelles toute entente dans quelque domaine serait partielle et insatisfaisante. Le déséquilibre fiscal et la représentation internationale du Québec font évidemment partie de ces marques, mais ce ne sont qu’une partie des demandes traditionnelles du Québec. Ce faisant, son allié péquiste pourra prendre le relais vis-à-vis du gouvernement Charest sur lequel repose depuis longtemps un doute quant à ses convictions en matière de revendications québécoises.

Toutes les conditions (gagnantes) seront alors remplies pour amener les Québécois à décider, au moment opportun, s’ils souhaitent un autre référendum sur la souveraineté en portant au pouvoir le Parti québécois, et le cas échéant, s’ils souhaitent se donner un pays.

Laval Gagnon
Chicoutimi

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