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Que faire du 92 % au référendum régional? No sé! - Par Sylvain Gaudreault

Un texte de L'oiseau-mouche, le blogue de Pascal D'amours, Sylvain Gaudreault et Denise Turcotte.
2006-04-18 10:26 - Commentaire d'opinion

Connaissez-vous la stratégie du coup d’épée dans l’eau? C’est ce que pratique depuis trois ans la Conférence régionale des élus (CRÉ) du Saguenay-Lac-Saint-Jean. La CRÉ a haussé les standards de cette stratégie, atteignant même son paroxysme, avec le référendum régional du 6 novembre 2005. La population qui s’est exprimée à cette occasion a dit OUI à 92 % à la question visant à réclamer des redevances sur les ressources naturelles exploitées dans la région et la décentralisation des pouvoirs. Que se passe-t-il depuis? Rien! Niet! Nada!

Les présidents qui se sont succédés à la CRÉ, Bernard Généreux et Serge Simard, sortent le résultat référendaire quand bon leur semble, à tort ou à raison, au gré de l’actualité. Ne serait-il pas plus pertinent de connaître la stratégie d’action à la suite de ce résultat sans équivoque? La faire partager au plus grand nombre? Créer une conjoncture régionale favorable à un rapport de force face au gouvernement du Québec? C’est le contraire qui se produit. L’élite régionale préfère laisser la poussière s’accumuler sur les résultats référendaires. Pendant ce temps, ce moment fort de la démocratie régionale tombe aux oubliettes de l’histoire. Jean Charest a bien raison de se taper sur les cuisses. Comment prendre cette région au sérieux?

Comme dans Tintin?

Serge Simard devrait savoir qu’il ne suffit pas de crier au loup devant le Cercle de presse du Saguenay – aussi auguste cette association puisse-t-elle être – pour convaincre le gouvernement du Québec de manifester l’ombre du début d’une petite ouverture sur un nouveau partage des redevances en faveur des régions ressources. Ce qu’il faut, c’est une stratégie musclée. Celle-ci devrait être fondée sur le résultat du référendum du 6 novembre et appuyée sur la démonstration que les gens de la région sont aptes à gérer les nouveaux pouvoirs décentralisés qu’ils réclament.

Dans le but de rembourser la dette du Québec, le gouvernement Charest veut alimenter son nouveau Fonds des générations à partir des bénéfices tirés de l’exploitation des ressources hydrauliques des régions. Fort bien! Que voilà une belle occasion pour opposer au gouvernement le résultat référendaire et, du coup, participer à fond au débat national qui s’enclenche sur l’opportunité de rembourser la dette publique! Quelle stratégie entend adopter la CRÉ dans ce contexte? « No sé! No sé! », comme répondraient les Indiens de Jauga au capitaine Haddock dans Le Temple du Soleil… Et Tintin d’ajouter : « No sé! No sé!… Pas moyen d’en tirer davantage… Ils doivent cependant savoir quelque chose… On dirait qu’ils ont peur... ». Hergé était un visionnaire. On jurerait que Tintin parle de la CRÉ du Saguenay-Lac-Saint-Jean…

La CRÉ considère le OUI à 92 % comme un hochet qu’il est bon d’agiter au gré du vent. La dernière trouvaille de Bernard Généreux a été de se servir du référendum pour appuyer la lubie de Karl Blackburn, député libéral de Roberval, dans le dossier de l’Ashuapmushuan. L’ancien président de la CRÉ se disait en faveur du harnachement de la rivière patrimoniale, notamment parce que la région a démontré qu’elle voulait avoir le contrôle de ses ressources naturelles lors du référendum du 6 novembre… C’est à pleurer!

Confiance

Dans ce contexte de la stratégie du coup d’épée dans l’eau, il est pour le moins difficile d’avoir confiance aux élites régionales dans leur quête de l’objectif ultime : la décentralisation des pouvoirs décisionnels en matière de ressources naturelles. Je vous le dit tout net : je n’ai aucunement le goût de confier à Bernard Généreux, Serge Simard ou, pis encore, Jean Tremblay, la gestion des forêts et des cours d’eau de la région. Ouille, ouille, ouille! À ce compte-là, j’aime encore mieux savoir Pierre Corbeil aux commandes. Le ministre est à tout le moins redevable devant les élus de l’Assemblée nationale. Il s’agit-là, il me semble, d’une police d’assurance que je suis incapable de trouver, en ce moment, à l’échelle régionale.

Le référendum du 6 novembre a eu un effet pervers sous-estimé au départ : l’élite régionale s’assoit sur ses lauriers. Au lieu de créer un rapport de force favorable à la région, voilà que la balle revient dans notre camp. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a besoin d’une stratégie solide. Si la population a dit OUI à 92 % à la décentralisation des ressources naturelles, encore faut-il faire la démonstration que la région est en mesure de les gérer. D’aucuns prétendent que le temps des réflexions, débats et autres sommets est terminé. Du vent! Cela sera vrai le jour où la CRÉ assumera un véritable leadership plutôt que de tirer sur tout ce qui bouge. En attendant, le plan de match responsable se fait toujours attendre.

Sylvain Gaudreault

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