Réaction à l'article: Le kirpan, la vraie intégration et le racisme sous-jacent - Par Sylvain Gaudreault
Un commentaire Daniel Dion de St-Constant
2006-03-16 13:39 - Commentaire d'opinion
Comme bien d’autres personnes, je ne suis pas d’accord avec le jugement de la cour suprême autorisant le port du kirpan dans les écoles. Je crois que la cour suprême a erré dans cette affaire.
Je ne ferai pas de commentaires sur les perceptions de certains énoncés que d’aucuns jugent douteux ou de fort mauvais goût. Je dirai simplement ceci : je perçois énormément de colère et de frustrations derrière la force (ou la faiblesse) de ces commentaires et je ne me permettrai pas de dire que ces sentiments puissants sont nécessairement mauvais. Ils découlent de valeurs profondes et souvent innées, je dirais même viscérales.
Le kirpan est un symbole religieux mais il reste une arme blanche, même amoindrie par les modifications qu’on lui a apportées et par les contraintes faites à son accès. Ce n’est pas parce que sa lame a été grandement émoussée et qu’on limite grandement son accès qu’il n’est plus une arme blanche. Ce poignard, quoique symbolique, demeure ce qu’il est fondamentalement : une arme blanche. Même si on dit qu’aucun incident fâcheux n’est arrivé au Canada en rapport avec le kirpan, ce poignard aurait servi ailleurs dans des actes de violence, dont l’assassinat de Mme Indira Ghandi.
Je ne crois donc pas que le kirpan soit inoffensif. Je ne voudrais pas que quiconque soit assailli avec un kirpan « fait ou modifié au Canada », même si sa lame a été émoussée. Je pense que si quelqu’un me le plantait quelque part en moi, ça ferait mal et ça saignerait. Ça ne serait pas une blessure symbolique ni du sang symbolique! Le kirpan est un symbole et une arme blanche.
Je trouve ridicule qu’on introduise dans le débat le fait qu’une paire de ciseaux ou un simple crayon puisse devenir des armes. Ces objets n’ont pas été créés dans un but offensif alors que le poignard a été créé dans ce but. Il ne faut pas mêler entre elles les intentions des personnes et la nature des objets. Presque n’importe quel objet peut être utilisé avec des mauvaises intentions. Mais un poignard, même symbolique, reste une arme.
Il avait été suggéré par le conseil d’établissement de la commission scolaire concernée que le kirpan soit rendu inoffensif en modifiant le matériel dont il est fait. Ce compromis a été rejeté par les Sikhs. Sans faire un procès d’intention, on peut dire que le kirpan est demeuré de ce fait une arme blanche et donc une menace.
On dit aussi que le kirpan a perdu son caractère dangereux parce qu’il est difficile d’y avoir accès. Il faudrait découdre une doublure créée spécialement pour y accéder. Ensuite, il faudrait le libérer de son autre entrave, directement liée au fourreau qui le contient. On dit aussi qu’il est impossible de faire ces choses pendant une bagarre. Soit ! Mais est-il possible de libérer le kirpan de toutes ses entraves dans un lieu caché dans le sein d’une école et de l’utiliser ensuite ? Oui, c’est possible. Il en est de même de toute arme blanche qui ne possède pas le caractère symbolique du kirpan et qui aurait été introduit illégalement sur les lieux d’une école.
Ce qui choque certaines personnes est qu’on permette une exception à une règle simple et claire : il est interdit d'introduire une arme blanche dans une école. Que cette exception soit associée à une minorité visible ne rend pas la chose plus ou moins choquante dans la réalité ! Ceux qui s’en prennent aux « étrangers » dans cette affaire en disant qu’ils peuvent tout faire mais que les autres sont contraints de respecter la règle simple errent. Je ne crois pas que cela aurait changé quoi que ce soit si un autre groupe, considéré comme n’étant pas une minorité visible, avait voulu porter un symbole ressemblant au kirpan.
La cour suprême fait deux exceptions à la permission accordée dans le port du kirpan : il ne peut être porté dans une cour de justice ni dans un avion. Eh bien ! Et pourquoi donc ? Pour des raisons « symboliques » ? Ce serait tolérable partout, sauf en ces endroits ? La belle affaire...
Bien des gens, sinon une majorité, éprouvent une aversion innée face à une arme. C’est un réflexe chez une grande proportion des gens. Que cette arme soit portée par un soldat ou un policier, je ressens quand même cette aversion naturelle ! Même si un policier et un soldat ont reçu une formation spéciale et ne peuvent utiliser leur arme que dans l’exercice de leurs fonctions, elle conserve son caractère dangereux. Au Canada, il n’y avait que ces deux groupes et ceux possédant un port d’arme ayant un droit associé à une arme. On vient d’en créer un autre en autorisant les Sikhs à en porter une, même si celle-ci a un caractère symbolique et même si on a diminué une part de son aspect dangereux. Voilà donc une autre chose qui choque certaines personnes.
Il ne faut pas confondre une aversion avec l'intolérance.
Les Sikhs que j’ai vu et entendu à la radio et à la télé, interrogés au sujet du kirpan, ont demandé la même chose à tous les Canadiens : que le kirpan soit considéré un symbole et seulement un symbole, au même titre que les quatre autres objets que leur religion les oblige à porter en tout temps. Je ne suis pas d’accord. Il faudrait que leur symbole ne soit pas également une arme blanche pour que je sois d’accord avec leur demande. Si ce symbole était fait de caoutchouc, je serais d’accord. Là, ce serait un symbole et seulement un symbole. Je trouve qu’on commet une erreur en disant que le kirpan est un symbole. C’est un symbole et une arme blanche, même amoindrie. C’est bien plus qu’une nuance puisque ça change tout !
J'ai entendu un Sikh à la radio dire que le kirpan est un signe de protection de soi-même et des autres. Une jeune dame Sikh expliquant les symboles de sa religion a dit devant les caméras de Radio-Canada que le kirpan représente leur intolérance face aux abus qui pourraient être commis contre eux. Un peu agressant, non ?
Lorsqu’on me demande de ne pas tenir compte d’une simple réalité tel le fait que le kirpan soit un poignard et donc une arme blanche, on me demande plus que d’avoir de la tolérance et/ou de faire un compromis : on me demande de me fermer les yeux et de nier une évidence. Je n’aime pas cela !
Il peut être choquant aussi pour certaines personnes de voir que les symboles religieux associés à nos appartenances religieuses sont interdits dans nos écoles et dans une majorité de nos lieux publics mais sont permis pour d’autres groupes, comme les Sikhs et les Musulmans. On n’en finirait plus d’argumenter à ce sujet et on ne règlerait pas le problème de toute façon. Mais les gens ont le droit d’aimer ou de ne pas aimer ça. Le respect est de mise en toute circonstance et il est déplorable que des gens dérapent en faisant des attaques personnelles et/ou racistes.
Il n’y a pas ici que des questions d’intolérance, d’irrespect et de racisme.
Qu'en est-il des gens des autres provinces au Canada ? Sont-ils unanimes à n'avoir aucun mal avec la pratique du kirpan ? Sont-ils des exemples de tolérance à suivre pour nous ? Certains d'entre eux vont-ils une fois de plus voir dans notre différence un prétexte à nous mépriser, faisant ainsi preuve de leur intolérance ? Cela me rappelle un monologue d'Yvon Deschamps. Sans pouvoir le citer, il disait: "Moi, l'intolérance, je ne tolère pas ça !"
Ici, au Canada et au Québec, certains sont prêts à douter de notre tolérance et même, je pense, à nous dire que nous pourrions en manquer si nous osions parler contre le port du kirpan. Ça pourrait être le cas mais l'intolérance n'est pas toujours une faute. Il est naturellement intolérable de voir que certaines choses vont trop loin.
Des gens ont dit, pour dénoncer la folie qu'ils perçoivent dans le jugement de la cour, qu'ils se sentiraient maintenant justifiés de créer une religion dont un des symboles serait le port d'une mitraillette ! Ce n'est pas parce qu'on manquerait de jugement d'un côté qu'on serait justifié d'en être dépourvu de l'autre. Pourtant, il faut savoir percevoir au delà de ces paroles prononcées dans des accès de colère.
J’ai retrouvé cette affirmation en faisant une recherche sur Internet : « un Sikh qui sortirait son kirpan pour menacer quelqu’un ou commettre un acte répréhensible désobéirait à sa religion. »
La désobéissance à une loi est-elle donc impossible pour les membres de ce groupe religieux ? Bien sûr que non ! Dans notre pays, nos lois ― morales et religieuses ― interdisent aussi le meurtre et autres atteintes à notre intégrité physique. Pourtant, cela n’empêche pas les meurtres et assassinats de se perpétrer à un taux régulier, bien souvent par des gens qui n’auraient jamais pensé tuer qui que ce soit auparavant, des gens qui croient à ces lois, même des gens religieux !
Le jugement dit qu'un droit semblait se heurter à un autre: celui de la sécurité versus celui de la religion. En disant cela, les juges reconnaissent que le kirpan représente un certain risque à la sécurité. Leur jugement a pour effet d’imposer un risque amoindri à tout le monde, le nommant plutôt un « accommodement raisonnable » . On le fait au nom de la tolérance et le jugement dit même que les écoles ont pour devoir d’enseigner cette tolérance-là à nos enfants !
Je ne crois pas qu’on enseigne la tolérance de cette façon. Je crois plutôt qu’on enseigne qu’on peut faire passer des vessies pour des lanternes à condition que cela soit par « tolérance religieuse. »
Bien des gens craignent d’être taxés d’intolérance. Cette crainte peut mener à des aberrations telles que celle que nous voyons maintenant comme le fait de dire qu’un poignard n’en est plus vraiment un lorsqu’il devient un symbole religieux. J’espère qu’une majorité de gens ne sera pas dupe de cette supercherie. En fait, je crois que c’est déjà le cas.
J'ai le sentiment qu'on lance un message subliminal: les principes religieux en général n'ont rien à voir avec le simple bon sens, avec les lois existantes ou avec les sentiments naturels. En ce sens, il y a un danger de dérapage. Le même vieux dérapage qui existe depuis la nuit des temps : au nom de la religion, on peut faire n’importe quoi ou presque !
Je trouve qu’on a fait de ce débat quelque chose de culturel et de religieux alors que je ne crois pas que ce soit le cas. Ce n’est pas parce qu’un groupe religieux fait une demande d’exception a un règlement ou une loi que cela devient nécessairement une affaire de religion. Si c'en est une pour certains Sikhs, ce ne l'est pas nécessairement pour une majorité d'entre nous. S'il s'agit d'une affaire de racisme pour certaines personnes, ce n'est assurément pas le cas pour tous. Il ne s'agit pas non plus d'une question d'intégration non plus, à mon avis. C'est une simple question de sécurité.
J'imagine que mon opinion pourrait être jugée comme étant une sur-simplification des choses. Pour ma part, je crois qu'on a compliqué cette affaire bien inutilement.
J'admets une certaine intolérance mais seulement à cause d'une aversion innée envers les armes en général et dans le contexte de la sécurité. La race et la religion n'ont rien à y voir. Je ne crois pas qu'on puisse vraiment questionner un tel sentiment naturel ainsi que le concept de la sécurité et c'est en ces choses que la cour suprême et nos concitoyens Sikhs se sont trompés. Je ne crois pas qu'on puise invoquer le droit à la pratique religieuse libre pour permettre à une minorité de porter une arme blanche.