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Les Verts vont regretter Mulcair - Par Pascal D'amours

Un texte de L'oiseau-mouche, le blogue de Pascal D'amours, Sylvain Gaudreault et Denise Turcotte.
2006-02-28 16:02 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Je vous l'avoue d'emblée, l'environnement dont je vais vous entretenir ne m'a jamais vraiment passionné. Contrairement à plusieurs personnes de ma génération, je ne suis pas un militant vert ou un assoifé d'écologie. J'aime bien l'idée que l'on protège l'environnement et que l'on songe aux générations futures, cependant, ma grille d'analyse n'est pas une bible verte foncée.

Je dois par contre admettre que j'avais un faible en matière d'environnement pour Thomas Mulcair à qui Jean Charest a montré la porte cette semaine lors d'un "ajustement" ministériel. J'aimais la rigueur du personnage et sa capacité à ne pas fléchir devant les assauts de ses collègues ministres et des différents lobbys. Certains diront qu'il avait le défaut d'être inflexible alors que je pense qu'il s'agit d'une qualité importante pour un ministre de l'environnement. Être ministre de l'environnement au sein d'un gouvernement, c'est souvent jouer le mauvais rôle. Pour reprendre une image du chanteur Bénabar c'est un peu comme "être une porcelaine dans un magasin d'éléphants". Mulcair est cependant un des rares ministres de l'environnement à avoir imposé son agenda vert dans un gouvernement et il a sans doute fait mal aux orteils de quelques ministres à vocation économique.

À plusieurs reprises, Mulcair a montré qu'il avait du cran et en voici quelques exemples:

La plus belle victoire de Mulcair est assurément dans le dossier du Suroît. Il y a un peu plus de deux ans, Hydro-Québec envisageait de construire la nouvelle centrale thermique du Suroît. Le conseil des ministres avait alors donné son aval au projet lors d'une absence du ministre Mulcair. Quelques mois plus tard, un Mulcair triomphant côtoyait Jean Charest lors d'une conférence de presse annoncant l'enterrement de ce projet honni de plusieurs québécois et il affirmait alors: "On a eu le résultat qu'on voulait!". Les militants verts, bien qu'ils étaient des milliers doivent une fière chandelle à Mulcair.

Dans un autre dossier, le gouvernement Charest envisageait de démarrer l'exploitation gazière dans le golfe du Saint-Laurent. C'était là un projet important pour Charest et son entourage. Il faut savoir que le chef de cabinet de Charest est un ancien dirigeant de Gaz métropolitain. Et bien voilà Mulcair qui décide de se mêler du dossier et exige la tenue d'une consultation publique afin de demander plus de justifications et de baliser ce type de développement. C'était le début de la fin du projet d'exploitation gazière. Le ministre de l'environnement possède un veto que peu de ses prédécesseurs osaient utiliser. Ceux qui croient que tous les politiciens pensent davantage à leur carrière qu'au bien commun doivent maintenant réviser leur position. Visiblement, en se mettant à dos le chef de cabinet du PM (qui a un droit de vie ou de mort sur les ministres) Mulcair n'était plus destiné à un avenir très long.

Encore la semaine dernière, Mulcair a dévoilé une étude du BAPE concernant le projet de réserve aquatique de la rivière Ashuapmushuan. On le sait, son collègue Karl Blackburn de Roberval et plusieurs "bonzes" libéraux souhaitaient ouvrir la porte à un développement hydro-électrique de cette rivière. Mulcair a visiblement joué le rempart une fois de plus et a mandaté le Centre québécois de développement durable (CQDD) afin de renforcer le consensus autour du projet de protection de l'Ashuapmushuan. Et voilà un autre député libéral de plus qui a sans doute mal aux orteils !

Mais l'intervention du ministre Mulcair qui m'a fait le plus de bien est lorsque celui-ci a tenu tête à notre "bon" maire Jean Tremblay dans le dossier des audiences du BAPE concernant la route 175. Notre maire comme tant de ses concitoyens désirait passer outre à toute étude du BAPE sur le projet de route à quatre voies et réclamait du ministre qu'il utilise son pouvoir discrétionnaire. La pression sur le ministre était très forte en région et les gens se déchaînaient sur les ondes afin d'appuyer notre chevalier Tremblay dans sa croisade contre le méchant ministre de l'environnement. Et bien, en plus de se tenir debout, le ministre a réitéré sa position devant le maire et devant toute la population régionale soulevant au passage la colère de notre magistrat. J'étais rassuré pour l'avenir, voilà me disais-je, un ministre qui tiendra tête au maire dans le dossier des bateaux de croissières. Hélas! Hélas!

Alors que le gouvernement Charest s'apprête à déposer au cours des prochaines semaines une nouvelle politique de l'énergie, on a peut-être voulu mettre de côté un empêcheur de tourner en rond un peu trop fatiguant pour quiconque favorise le développement économique aveugle. Les environnementalistes auraient tort de se réjouir en criant "le roi est mort, vive le nouveau roi". Le passage de Mulcair à l'environnement a laissé des marques. La notion de développement durable, bien qu'elle ne soit pas pratiquée de façon cohérente, a fait timidement son entrée dans la machine gouvernementale. Nous devrons dorénavant juger les prochains titulaires de ce poste à la lumières des quelques victoires éclatantes de Thomas J. Mulcair.

Pascal D'amours

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