IL EST GRAND TEMPS D’ÉLIRE LE PREMIER MINISTRE AU SUFFRAGE UNIVERSEL
René Lévesque disait de l’idée d’élire le chef de l’exécutif au suffrage universel : « ce genre d’exécutif correspond aux besoins de compétence et d’efficacité d’un peuple de six millions de citoyens infiniment mieux que la présente loterie ministérielle »..
2005-02-18 15:57 - Commentaire d'opinion
- / LBR / - Le système qu’on pratique actuellement rend toute la société prisonnière du régime des partis politiques et de leur vie interne. Et cela non seulement au moment de l’élection où les partis nous limitent à voter pour leurs chefs, mais par la suite quand ils imposent aux députés la fameuse discipline de parti.
Déjà à l’élection de 2003, les électeurs ont clairement répudié Bernard Landry, mollement élu Jean Charest et durement remis Mario Dumont à sa place. Et voilà que le choix pour la prochaine élection s’annonce comme une lutte entre…Landry, Charest et Dumont! - Et le phénomène n’est pas que québécois. Qui apprécie le choix au fédéral entre Martin, Harper et Layton, le quatrième, Gilles Duceppe s’étant lui-même interdit le poste de Premier ministre. - Au Royaume Uni, la population manifeste une profonde insatifaction avec Tony Blair; mais Blair sera élu en mai, faute d’alternative valable.
Le Québec déploie un dynamise souvent exemplaire aux plans culturel, social et économique. Le Québec politique, lui, offre un spectacle de scission entre les électeurs et les élus. Dans le domaine politique, au lieu de puiser énergie, leadership, créativité dans l’ensemble de la population, comme on le fait dans tous les autres domaines, nous tolérons que la vie tordue interne des partis nous impose de nous restreindre à leur choix. Qui a envie d’attendre que la popularité de Jean Charest atteigne le point de congélation avant que les Libéraux, entre eux et entre eux seulement, nous offrent un autre choix? Qui a vraiment envie d’attendre le congrès de juin pour savoir comment les Péquistes, entre eux et entre eux seulement, décideront pour nous qui mènera le combat de la souveraineté, sensé être un projet de société, pas un projet de parti.
Il est plus que grand temps que les Québécois élisent le Premier ministre, eux-mêmes, directement et à partir d’un bassin potentiel de centaines de candidates et de candidats, et à partir d’un horizon plus coloré que le seul bleu, rouge ou caille. La démocratie, c’est le pouvoir du peuple. Or, présentement le pouvoir se trouve largement dans les mains du seul Premier ministre. Il est, bien sûr, important de débattre de réforme du mode de scrutin, comme on le fait maintenant, de façon à rendre l’Assemblée nationale plus représentative. Mais le pouvoir n’est pas à l’Assemblée. Il est dans le bureau du PM.
Pour ceux qui pourraient penser que le changement serait trop radical, rappelons qu’au plan municipal, et depuis toujours, nous élisons le chef de l’exécutif au suffrage universel direct, et pour un mandat fixe en plus! En tout respect pour Madame Boucher, si nous pratiquions le régime parlementaire à Québec, c’est elle qui serait mairesse de Québec depuis quatre ans et non pas Jean Paul L’Allier puisque Mme Boucher a remporté plus de sièges tandis que M. L’Allier a remporté plus de votes. Personne au Québec ne tolérerait que le pouvoir exécutif municipal ne soit ailleurs que dans les mains d’un maire élu directement par le peuple. Et pourtant, au plan national, nous tolérons que le choix nous soit dicté par les tractations internes des partis, les chicanes de clans, les affrontements des mous et des durs.
Le gouvernement actuel a introduit un projet de réforme parlementaire où il admet en toutes lettres que l’exécutif a bouffé tout rond le législatif. C’est le temps de lui dire qu’il faut une véritable séparation des pouvoirs avec une Assemblée nationale qui a des dents et un Premier ministre élu par l’ensemble des citoyennes et des citoyens. Nous pourrions alors devenir aussi fiers du Québec politique que nous le sommes déjà du Québec sur les autres plans.
André Larocque Professeur associé à l’E.N.A.P.
Sous ministre à la réforme des institutions démocratique 1976-85, 2002-03