Lettre ouverte suite à la démission de monsieur Raymond Boucher
J’ai remis au ministre des Finances, monsieur Michel Audet, ma démission en tant que président du conseil de la Société des alcools du Québec.
2006-02-25 07:18 - Commentaire d'opinion
MONTRÉAL, le 24 février 2006. - / LBR.ca / - J’ai remis aujourd’hui au ministre des Finances, monsieur Michel Audet, ma démission en tant que président du conseil de la Société des alcools du Québec. Ce geste est à mon entière initiative et je tiens à expliquer les motifs de ma décision et mon point de vue sur la controverse qui entoure présentement la SAQ.
La tempête médiatique qui secoue la SAQ a pris, selon moi, des proportions tout à fait démesurées par rapport à la gravité des fautes qui lui sont reprochées au niveau de ses pratiques commerciales et de la gouvernance de son conseil d’administration. Il n’y a pas eu de fraude, de malversations, de gaspillage de fonds publics et personne s’est enrichi personnellement, comme l’a démontré le rapport de la firme KPMG suite à son enquête sur les négociations non-autorisées sur les produits transigés en Euros. Néanmoins la SAQ se trouve aujourd’hui sérieusement déstabilisée. Le lien de confiance avec sa clientèle et ses employés est compromis, tout comme ses relations avec ses fournisseurs et leurs agences de représentation.
Il m’apparaît de plus en plus évident que la crise que vit la SAQ est alimentée par une opération médiatique et politique qui dépasse largement la Société et vise en fait le gouvernement libéral et le Premier ministre Charest. Je constate en effet qu’en plus des attaques sur la SAQ et son PDG, on s’en prend maintenant aux membres du conseil d’administration en général, et à moi en particulier, nous reprochant de bénéficier de traitements illicites et, surtout, d’être d’allégeance libérale.
Et voilà que, comme par hasard, nous assistons depuis peu à une campagne de salissage en règle contre les ministres et le premier ministre lui-même (billets d’avions, voyages, etc.). On en est rendu à l’étalage des frais de buanderie de notre premier ministre alors qu’il est en mission à l’étranger. Chic!
Dans ce contexte force est de constater que l’étiquette d’ »organisateur politique libéral » qu’on se plaît à coller à ma personne (j’ai présidé la campagne du PLQ en 2003) est devenue une distraction importante qui me compromet dans l’exercice de la fonction de président du conseil et qui est nuisible aux intérêts de la SAQ. De plus elle risque de nuire au gouvernement et au premier ministre en particulier. Inutile de vous dire que je préfère, dans les circonstances, privilégier ces intérêts supérieurs aux miens.
C’est donc avec regret que je quitte la SAQ que j’adore, espérant sincèrement que le bon sens des Québécois aura bientôt gain de cause sur ceux qui s’affairent à saboter nos institutions, et ne démontrent chemin faisant aucun respect pour les personnes qui se consacrent honnêtement à la vie publique et au progrès de notre société. J’invite les partis d’opposition et la communauté journalistique à cesser leur exploitation débridée et honteuse de la situation malheureuse dans laquelle se retrouve pour le moment une société d’Etat qui, jusqu’à tout récemment, jouissait d’un très haut taux de satisfaction de sa clientèle et était, à juste titre, une source de fierté pour les Québécois.
J’ai le sentiment de m’être investi avec compétence, dignité et intégrité dans l’exercice de mon mandat à titre de président du conseil d’administration de la SAQ, un poste non rémunéré soit dit en passant.
Nous avons accepté de relever le défi d’un plan stratégique ambitieux développé sous la direction de Louis Roquet et approuvé par le ministre des Finances de l’époque et par le gouvernement. Ce plan vise à faire de la SAQ une entreprise encore plus performante à l’intérieur de son mandat en tant que monopole. Sans augmenter son taux de majoration, la SAQ entend faire passer le dividende annuel remis au gouvernement de quelque 550 millions à un peu plus de 900 millions en cinq ans. Toute une commande, vous en conviendrez.
Le conseil a recruté pour mettre à exécution ce plan, Sylvain Toutant, un jeune québécois qui s’est distingué de façon remarquable au sein du monde du commerce de détail canadien en tant que PDG de Réno-Dépôt. Il s’est donné le défi de faire de la SAQ le meilleur détaillant au Québec. En quelques dix-huit mois, il a réussi à relancer le vaisseau amiral qu’est la SAQ sur une nouvelle voie et les résultats se pointent déjà: alors que les ventes auront augmenté de 9.0% en deux ans (incluant une grève prolongée et sans une expansion significative du réseau de succursales), les dépenses n’auront pas augmenté en dollars absolus et le dividende aura passé de 575 à 667 millions, soit une augmentation de 17%.
Les frais d’exploitation de la SAQ auront passé de 23.8% de ses ventes à 21.5%, un exploit remarquable.
Comme vous savez on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. Monsieur Toutant s’est attaqué au défi de mettre en application la vision de ses prédécesseurs Gaétan Frigon et Louis Roquet, soit celle de faire de la SAQ un véritable commerce de détail qui négocie les prix de ses fournisseurs pour qu’ils reflètent enfin l’importance de son pouvoir d’achat et afin d’obtenir rien de moins que le meilleur prix coûtant canadien. Ce virage ne se sera pas opéré sans déplaire à plusieurs fournisseurs et agents, et c’est le moins qu’on puisse dire.
Devant la controverse soulevée récemment par les pratiques récentes de la SAQ en matière de la détermination de ses prix, le conseil d’administration de la société a pris, selon moi, toutes les mesures qui s’imposaient pour aller au fond des choses et restaurer le plus rapidement possible la confiance envers la SAQ :
1- A la demande du président directeur général notre comité de vérification a mené une enquête approfondie dans le cas du cafouillage qui s’est produit en fin d’année dernière dans la négociation des produits transigés en Euros. Un rapport de la firme de juri-comptabilité KPMG nous a indiqué où la SAQ avait erré et des mesures appropriées ont été prises, incluant le départ de deux vice-présidents. Rappelons que ce rapport a blanchi de façon non équivoque et le conseil d’administration, et le président directeur général dans cette affaire. La SAQ s’est excusée pour ces ratés et a annulé toutes les transactions fautives (29 produits sur 603). Aucun client de la SAQ n’a eu a payer un prix « gonflé » pour quelque produit que ce soit.
2- La crise ne montrant aucun signe d’essoufflement, le 22 février le conseil d’administration a demandé au ministre des Finances de mandater le vérificateur général du Québec à faire enquête sur les pratiques commerciales de la SAQ découlant de sa Politique d’achat et de mise en marché, ce que conseil des ministres a accepté de faire le 23 février. Nous sommes confiants que cette enquête viendra valider les pratiques de la SAQ.
Je n’ai aucun doute que le vérificateur général confirmera en bout du
compte que l’intégrité des membres du conseil d’administration de la SAQ et de sa direction n’est pas en cause dans la présente controverse, comme l’a fait la firme KPMG. Nous pourrons alors passer au vrai débat, soit celui de l’avenir de la distribution de produits alcooliques au Québec. D’ici là cessons de nous tirer collectivement dans le pied et permettons à la SAQ de fonctionner dans des conditions viables pour un commerce de détail de son importance.
Enfin, je tiens à remercier sincèrement les membres du conseil et de la
direction qui m’ont si bien appuyés. Je leur souhaite, ainsi qu’à tous les
employés de la SAQ, de retrouver très bientôt la sérénité qu’ils méritent
grandement.