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L’affrontement Wal-Mart au Québec, pas un hasard…

Bras de fer entre la culture Wal-Mart et la culture québécoise
2005-02-16 10:34 - Commentaire d'opinion

Il ne s’agit pas d’un hasard que le 1er groupe à s’élever contre la culture entrepreneuriale Wal-Mart en Amérique du nord, émane du Saguenay-Lac-St-Jean. C’est tout simplement qu’à cet endroit vit la plus forte concentration de porteurs de la culture québécoise. Une concentration suffisante pour dire au Géant que chez-nous ça se passe pas de même.

Quand on parle de société distincte on se limite souvent à la différence linguistique. Pourtant, il existe d’autres différences non moins importantes même si elles sont moins apparentes. C’est le cas de la relation différente qu’ont les québécois avec l’argent, de celle qu’ont les américains. De mon avis, cette différence est à la base de l’affrontement avec Wal-Mart. Au Québec, il existe certains comportements bannis et pour lesquels l’argent ne peut pas constituer une excuse, alors que ces mêmes comportements vont devenir acceptables pour nos voisins américains ou canadiens à la condition qu’on y mette le prix.

Par exemple, au Québec, on n’offre pas une somme d’argent, voire une récompense, pour dénoncer un malfaiteur, ça ne se fait pas! Si un québécois dénonce, c’est par sens civique, pas pour de l’argent. Les autorités policières ont été à même de le constater lorsqu’ils ont implanté la ligne Info-crime, l’équivalent du «Crime Stopper » qui lui, offre des récompenses aux délateurs. Au Québec, les gens participaient à Info-crime, mais refusaient la récompense. C’était contre leurs valeurs, si bien, qu’on a conclu qu’il était préférable de retirer l’aspect récompense du projet. Quelques dix ans après, Crime Stopper et FBI Most Wanted offrent toujours des récompenses, alors qu’Info-crime s’en remet au sens civique des gens.

Dans un autre secteur d’activités, la télé-réalité aux États-Unis, on peut facilement faire une série en se basant sur le principe que pour 1 million de dollars, il va sûrement se trouver quelques américains disposés à se livrer à n’importe quelle bassesse « bitchage » (réf. Survivor) alors que quelques millions de spectateurs vont les regarder, sans s’indigner outre mesure. Au Québec, les producteurs ont vite compris que la tenue d’une série de ce genre serait impensable. Chez-nous on ne se « bitch » pas pour de l’argent. Aucun montant ne pourrait compenser l’opprobre social que devrait subir celui qui a publiquement trahi ses « tchums » pour de l’argent. Il y a des choses qui peuvent se faire aux Etats-Unis pour de l’argent qui ne peuvent pas se faire ici. On ne voit pas le capitalisme de la même façon.

C’est possiblement quelque chose de cette nature, que voulaient dire les employés du Wal-Mart de Jonquière. Quelque chose du genre : « Vous pouvez nous faire travailler à petit salaire mais nous obliger à chanter une chanson au début du quart de travail et oser nous appeler associés en refusant de nous consulter, chez-nous ça ne se fait pas! ».

D’un point de vue québécois, il y des choses dans la culture de Wal-Mart qui nous apparaissent comme des insultes à l’intelligence des gagne-petit. Dans la langue régionale on dira : « Il y a quand même des limites à faire simple! ». Ce sont précisément ces limites, que la culture de Wal-Mart a ignorées. Même si sa politique des bas prix a fait la loi pour le reste de l’Amérique du nord, il semble que cette loi se heurte à des éléments de la culture québécoise qui, justement n’ont pas de prix. J’aime à penser, que ce soit le Québec, qui soit le 1er à dire au « Killer », que chez-nous au-delà des prix, il y a des valeurs. Et, que pour faire des affaires ici, il faut respecter les valeurs des gens d’ici, en sachant que ça suppose plus qu’un affichage dans les deux langues.

Mario Lamontagne,
Alma

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