Lettre ouverte au maire de la municipalité d’Alma, monsieur Gérald Scullion,
Un commentaire de Jean-François Tremblay d'Alma
2006-01-03 14:46 - Commentaire d'opinion
Alma, le 27 novembre 2005
Monsieur Gérald Scullion,
Permettez-moi tout d’abord de vous présenter mes félicitations à la suite de votre réélection à titre de maire de la municipalité d’Alma, ainsi que de vous souhaiter un mandat des plus fructueux.
Comme vous le savez, la récente campagne électorale a ramené au cœur de l’actualité la question de la rénovation du Centre Mario-Tremblay et des améliorations à apporter à notre complexe sportif municipal. Toutefois, aujourd’hui, je voudrais attirer votre attention sur un autre édifice important de notre belle cité : l’église Saint-Joseph.
Construite en 1908, cette église est l’un des plus anciens édifices situés sur le territoire d’Alma. Sa masse imposante, son architecture néo-romane, sa splendide robe de granite noir confèrent à l’église Saint-Joseph un aspect extérieur remarquable. Avec son clocher monumental et sa flèche qui pointe élégamment vers le ciel, ainsi que sa toiture métallique fraîchement restaurée, l’église Saint-Joseph constitue le véritable point de mire du centre-ville d’Alma, qui attire naturellement vers lui tous les regards.
Mais l’église Saint-Joseph ne brille pas uniquement par son éclat extérieur : c’est en effet un écrin qui renferme maints trésors. On remarque d’abord la splendide et unique collection de vitraux, l’une des plus belles en Amérique. On note également la présence d’un orgue à tuyaux imposant, issu des ateliers de la célèbre maison Casavant. On y trouve aussi de nombreux lustres fabriqués en cristal de Bohème, ainsi que des autels en marbre d’Italie. À cela s’ajoute une multitude de tableaux, sculptures et boiseries, lesquels forment un remarquable décor d’inspiration néo-baroque aux accents rococos. Notre église Saint-Joseph représente en quelque sorte un petit morceau de Bavière, ou d’Autriche, situé en plein cœur d’Alma !
Par ailleurs, sur un registre plus symbolique, l’église Saint-Joseph assure encore un rôle de premier plan. Par sa position au sein de notre histoire, notre église est devenue un lieu structurant de notre existence et de notre mémoire collectives. L’on n’a qu’à songer au nombre presque incalculable de mariages, baptêmes, funérailles, rites de passages et célébrations de toutes sortes qui s’y sont déroulés depuis bientôt un siècle, pour réaliser que l’église Saint-Joseph participe à une fonction très importante au sein de notre communauté : c’est un lieu de rassemblement qui contribue à assurer un lien entre les générations.
Enfin, et de façon paradoxale, par sa simple présence au beau milieu du quartier des affaires, l’église Saint-Joseph nous questionne, nous interroge, nous rappelle qu’il y a peut-être «autre chose» dans la vie que la consommation, le matériel et la course au profit. Dans un monde où tout semble changer à vive allure, elle offre un point d’ancrage. Au travers du bourdonnement incessant de la vie moderne, son majestueux et mystérieux silence n’est devenu que plus nécessaire.
Ainsi l’église Saint-Joseph occupe dans notre espace, dans notre mémoire et dans notre imaginaire collectifs une position qui transcende le cadre religieux. Elle constitue un élément important du paysage urbain almatois, ainsi qu’une véritable galerie d’art permanente. Elle représente aussi un lieu de mémoire vivante qui participe de façon significative à l’articulation du sens et de la vie communautaire. C’est un havre de paix au cœur du centre-ville. Et c’est probablement le joyau de notre patrimoine bâti. Nos ancêtres, qui étaient des gens pauvres, se sont imposés d’énormes sacrifices pour la construire et la décorer. Ils nous l’ont transmise en héritage, et c’est un legs inestimable. L’église Saint-Joseph n’appartient pas seulement aux gens qui habitent sur le territoire de la paroisse Saint-Joseph, ou aux gens qui la fréquentent le dimanche. L’église Saint-Joseph, c’est la vielle église d’Alma, c’est un bien qui appartient à toute la population d’Alma. Notre église, il faut la faire connaître, il faut la faire aimer. Notre vielle église, c’est un peu comme notre âme. Et une âme, on n’en a qu’une ; alors, il est préférable d’en prendre soin.
Vous le savez mieux que mieux que moi, Monsieur le maire, Alma est une ville bien administrée et prospère ; en fait, on prévoit que l’année financière en cours se terminera avec un surplus avoisinant les $900 000. Puisque l’argent ne fait manifestement pas défaut, qu’il me soit donc permis de formuler trois suggestions. D’une part, que la municipalité d’Alma effectue une contribution généreuse à la campagne de financement «Mon toit, j’y crois», lancée afin de payer la récente réfection de la toiture de l’église Saint-Joseph. D’autre part, que la municipalité s’engage à participer de façon récurrente aux frais reliés à l’entretien régulier de l’église Saint-Joseph, considérée comme une infrastructure para-municipale. Enfin, que la mise en valeur de l’église Saint-Joseph soit incluse dans le plan de revitalisation du centre-ville. En effet, comme c’est la pratique courante en Europe, il est possible de développer une gestion mixte des églises, de façon à ce que les lieux de culte deviennent aussi des lieux de culture, et cela dans le respect des traditions religieuses.
Monsieur le maire, vous souhaitez faire d’Alma une «ville modèle» au point de vue fiscal, ce qui représente certes une initiative fort louable. Et bien, faites aussi de notre municipalité un modèle pour la conservation et la mise en valeur de son patrimoine religieux !
Jean-François Tremblay M.A.
Alma PQ
courriel : jfrancois.tremblay@al.cgocable.ca