Lettre à la direction du Quotidien suite au congédiement du chroniqueur Sylvain Gaudreault.
Un commentaire de madame Denise Turcotte de Chicoutimi
2005-12-09 16:34 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - Sylvain Gaudreault: un congédiement inquiétant
Monsieur Guy Granger, président et éditeur
Monsieur Michel Simard, éditeur adjoint et rédacteur en chef
Monsieur Carol Néron, éditorialiste et coordonnateur de l’éditorial
Journal Le Quotidien
Messieurs,
Mauvaise surprise dans le Quotidien de ce matin: il n’y a pas de chronique « l’Humeur du temps »! Pas un mot d’explication. C’est par un média concurrent que j’apprends que mon chroniqueur préféré, Sylvain Gaudreault, a été remercié par le journal.
Depuis trois ans, Sylvain Gaudreault nous apporte un point de vue jeune et moderne, résolument de gauche, souverainiste, ouvert sur le monde, conscient de l’histoire, préoccupé de démocratie et de droits humains, bref un point de vue que partagent bon nombre de nos concitoyens et qui fait du bien à lire. Ses propos sont bien argumentés et dénotent une réflexion sérieuse. Qu’on approuve ou pas les idées qu’il défend, il a le mérite de soulever des questions souvent laissées dans l’ombre et d’aller au-delà des arguments faciles. Il ajoute même à l’occasion une pointe d’humour ou d’ironie qui augmente le plaisir du lecteur. C’est tout ce qu’on peut demander d’un chroniqueur il me semble: aller au-delà de la nouvelle brute, en proposer une interprétation très personnelle, mettre en perspective, prendre parti, susciter le questionnement, la discussion, ou simplement un sourire. Et « piquer » un peu parfois, ce que le journaliste peut difficilement se permettre sans briser la neutralité et nuire à sa crédibilité.
Comment expliquer que le journal remercie un chroniqueur qui accomplit si bien son travail ? Un survol des archives des derniers mois de l’ensemble de vos chroniqueurs débouche sur le constat suivant: en plus d’afficher ouvertement son allégeance souverainiste, Sylvain Gaudreault est le chroniqueur qui a critiqué le plus ouvertement et le plus souvent l’administration Tremblay. Il faudrait être bien naïf pour croire que c’est étranger à son congédiement dans une ville où les exemples de sanctions à l’égard des opposants ne manquent pas.
Qu’on remercie un chroniqueur qui exprime de façon polie et respectueuse un point de vue réfléchi a quelque chose de très inquiétant. Pour la liberté de presse, pour la liberté d’expression et pour la démocratie qui se nourrit de la pluralité des points de vue. C’est aussi inquiétant pour la crédibilité des gestionnaires de presse et pour celle des journaux qu’ils publient.
Ces inquiétudes s’ajoutent à ma frustration de lectrice.