Vive notre langue! Vive la liberté! Vive l'indépendance!
Business is business. On croirait entendre Elvis Gratton. Mais c’est pourtant bien une auditrice de l’émission Indicatif présent qui écrivait hier ces mots que Marie-France Bazzo a lus en onde le plus sérieusement du monde.
2005-02-11 07:46 - Commentaire d'opinion
- / LBR / - Quelles complaintes désolantes que celles des fatigués de la liberté, des disciples de l’à-plat-ventrisme et des valets du néocolonialisme! À droite, on les entend nous presser: Vite, vite, dépêchons-nous de parler tous anglais pour pouvoir mieux nous agenouiller devant nos grands patrons walmartiens. Des jobs à 8 $ l’heure, on en veut plus. Et à gauche, l’écho répond: Mettons-nous à l’anglais mur à mur pour pouvoir communier à la grand-messe des pseudorévolutionnaires modernes. Nous sommes si petits dans notre coin avec notre français, langue dépassée et mourante.
Les uns travaillent pour Wal-Mart, les autres pour Wal-Martin. Quand ils débarquent dans les officines fédérales, ces petits francophones bilingues étiquetés par Statistique Canada s’empressent de parler anglais. Dès qu’une personne autour de la table ne parle pas français, ils sont si heureux de pouvoir montrer ce qu’ils ont appris à l’école. On les met dans un bureau pour donner des services en français, ce qui veut dire faire de l’anglais en français. Rien de compliqué. On prend des phrases en anglais et on les redit en français. Mêmes idées, mêmes mots. Il n’y a que la prononciation qui change. Ils n’ont jamais lu Zola, ni Hugo, pas plus que Vigneault, ni Miron, mais ils sont fiers du serment d’allégeance à la reine d’Angleterre qu’on leur a fait prêter. Fiers de vivre dans une monarchie plus de deux cents ans après la Révolution française et de parler la langue de leur conquérant pour gagner leur pitance.
Mais ce n’est pas l’anglais qu’il faudrait leur enseigner dès la première année, à ces incultes, à ces parfaits inconscients arrivés au stade ultime de l’acculturation, c’est l’histoire. Nos ancêtres les patriotes doivent se retourner dans leur tombe, eux qui sont morts pour la liberté, d’entendre certains d’entre nous prêcher la soumission et dire à leurs enfants, comme le clergé d’autrefois, qu’il faut courber l’échine et parler la langue de l’autre quand il vient raser nos forêts, polluer nos rivières, nous imposer le règne absolu du commerce et de l’exploitation des êtres humains comme du bétail.
Le français est la langue de mon peuple. Ma patrie est le Québec. Chaque jour, quoi qu’en disent les John Charest de ce monde, on nous humilie et nous écrase chez nous. En Outaouais, région par excellence de la servitude au Québec, on force des Québécois à parler anglais au travail, dans les commerces, dans la rue. Le français ne s’impose pas du tout. L’anglais est omniprésent. Ce n’est pas une vue de l’esprit, mais bien la réalité pure et simple. Il faut vraiment être aveugle pour ne pas la voir. Les Anglais s’installent sans jamais faire l’effort d’apprendre le français.
Vous ne me croyez pas? Allez donc faire un tour à Camp Fortune, une station de ski située à Chelsea, en banlieue de Gatineau. Vous y verrez du personnel anglais en masse qui ne dit pas un mot de français. Des patrouilleurs qui vous adressent spontanément la parole en anglais. Des moniteurs qui n’enseignent qu’en anglais. Allez aussi faire un tour dans la municipalité de Pontiac, dont le chef des pompiers parle uniquement anglais et exige que son personnel s’adresse à lui en anglais. Passez par l’épicerie Loblaws du secteur Hull de Gatineau, où tout est bilingue, y compris les messages publicitaires enregistrés qu’on entend toutes les 10 minutes. Faites un saut à Ottawa et écrivez-moi si vous trouvez un seul Loblaws avec des messages enregistrés bilingues. Aux dernières nouvelles, le bilinguisme à la mode Loblaws était bon uniquement pour le Québec. Puis, revenez finir votre tournée au magasin Tigre géant de La pêche, où l’on sert les gens en anglais et où l’on congédie les employés qui osent parler français au travail.
De l’autre côté de la rivière, en face de Gatineau, il y a la Cour suprême, qui a passé beaucoup de temps depuis 1977 à tailler en pièces la Charte de la langue française pour que l’anglais puisse continuer à gagner du terrain chez nous. Et en plus, notre timide gouvernement à Québec ne nous donne même pas les moyens de faire respecter ce qui reste de la Charte. On est en train de se faire passer sur le corps comme de vulgaires paillassons.
Mais si la servitude de certains de mes compatriotes m’arrache le coeur, je sais que nous sommes nombreux à éprouver la même fierté. Le combat pour langue française est indissociable du combat pour la libération du peuple québécois. Nous n’avons aucune chance de survivre, et notre langue et notre culture disparaîtront, si nous ne prenons pas en main notre destinée. Si nous ne mettons pas fin à notre état de dépendance pour enfin devenir indépendants.
Hier, j’ai emmené ma fille de 14 ans voir 15 février 1839. Elle a pleuré. Demain, j’expliquerai à mon fils de 8 ans comment nos ennemis d’Ottawa et de Québec s’emploient à faire disparaître la langue de chez nous. Je dirai à mes enfants que ces sombres politiciens sont tellement pris de panique qu’ils dépensent des millions pour coller des drapeaux partout. Des millions qu’ils nous ont volés et que nous aurions pu employer pour mettre des livres dans nos bibliothèques scolaires.
Je n’aurai de repos que lorsque mon peuple sera libéré, mon peuple qui était il y a 200 ans ce que les Timorais étaient hier et ce que les Tibétains sont aujourd’hui. Un peuple qui a survécu envers et contre tous et qui aujourd’hui relève fièrement la tête parce qu’il ne veut plus que ses enfants grandissent avec la peur du colonisé.
Vive notre langue! Vive la liberté! Vive l’indépendance!