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Esclaves, associés ou citoyens - par Jean Murdock

Avec l’annonce de la fermeture du magasin Wal-Mart de Jonquière, je pense qu’il est opportun aujourd’hui de rappeler certains grands principes fondateurs de nos sociétés démocratiques.
2005-02-10 17:57 - Commentaire d'opinion

- / LBR / - D’abord est-il nécessaire d’affirmer que les syndicats représentent un élément central des démocraties modernes et que leurs fonctions économique, sociale et politique sont au centre du développement moderne du Québec. Non seulement leur action est légitime, mais leur fonction est essentielle à la stabilité puisqu’ils canalisent les revendications, procurent un interlocuteur pour l’entreprise et surtout représentent une instance de médiation sociale.

Souvent et paradoxalement, les instances syndicales sont celles qui rendent les revendications réalistes, cohérentes et présentables. Les sociétés occidentales modernes ont développé cette extraordinaire capacité de former des nations fondées sur l’existence de différents acteurs politiques et socioéconomiques capables de négociation, de compromis et de projet commun qui garantissent la stabilité et le développement harmonieux de nos sociétés. Dans cette perspective on doit envisager le conflit comme nécessaire à cette médiation et l’existence des organisations sociales et communautaires comme condition sine qua non à la paix et à la démocratie. Dans le contexte actuel de la mondialisation des marchés et de la gestion néolibérale de nos sociétés, et notamment depuis l’adoption des modifications aux lois du travail et de la déréglementation des services publics au profit du secteur privé, c’est le début d’une désintégration graduelle des pouvoirs publics, de ceux de la société civile, de la démocratie, voire même de la nation.

Il semble définitif que l’économique prime sur le politique puisqu’il remet les véritables décisions sociales à des niveaux internationaux et notamment dans les mains des conseils d’administration des grandes corporations multinationales. Cette tendance soutenue par nos gouvernements contribue à l’érosion de ses propres pouvoirs. Cette conclusion nous renvoie aux questions fondamentales soulevées lors de la Révolution française et qui a mené l’établissement de pouvoirs publics; à la République (res publica). Qui plus est, on assiste aujourd’hui à une certaine capitulation de la pensée qui affirme que nous n’avons pas le choix, que nous devons nous adapter aux besoins du marché. Elle conduit à un cynisme politique paralysant et aux diktats des stratégies des firmes multinationales. Cette logique marchande culpabilise les citoyens qui osent s’organiser, questionner, négocier…

Dans le cadre actuel de la mondialisation des marchés, ces logiques sont des positions politiques et sociales qui détruisent peu à peu nos outils de développement. De là, la nécessité de réaffirmer les valeurs sur lesquelles sont fondées nos sociétés et de ne surtout pas céder aux discours de soumission.

Jean Murdock
Professeur de science politique
Cégep de Jonquière

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