La sortie attendue du rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise (Commission Coulombe), a suscité dans la région un séisme médiatique de grande magnitude, à nul autre pareil à travers le Québec.
2005-02-10 10:58 - Commentaire d'opinion
- / LBR / - On s’attend d’ailleurs à une deuxième onde de choc avec la prochaine riposte des forestières et papetières de tout le pays. Rien de moins sûr toutefois que ces propos alarmistes reflètent la réaction d’une majorité de citoyens et citoyennes qui auront compris les grandes orientations de la Commission. C’est notre intention de faire état d’un autre point de vue sur la question, qui rejoint probablement celui du plus grand nombre.
Car celui ou celle qui parcourt le rapport, ne serait-ce qu’en diagonale ou dans ses conclusions (sur internet au: http://www.commission-foret.qc.ca/rapportfinal.htm), ne peut s’empêcher de prendre la mesure d’un projet régional et national extrêmement stimulant pour la relance de l’industrie forestière et de toutes les activités qui y sont reliées.
Bien sûr, la CRÉ, les médias et les industries ont vite focalisé sur la “catastrophe” appréhendée contenue dans la recommandation 6.1 portant sur la révision du calcul de la possibilité ligneuse. Réduite d’environ 20%, elle laisse présager des pertes effectives de coupes oscillant entre 10 et 15% selon les régions et les écosystèmes. Résultante d’une fâcheuse conjoncture régionale (ruptures de stocks appréhendés, Paix des Braves, projets d’aires protégées, baisse globale de la demande en papier journal, Approche commune, etc.), la mesure fait craindre à court terme des milliers de pertes d’emplois. Qui en plus, s’ajouterait aux récents malheurs régionaux de fermetures d’usines. On comprend donc aisément la réaction, qui est celle que provoque toute crise socio-économique. Et il faut lui trouver une sortie, nous en convenons.
Le maître mot lancé pour atténuer le choc est celui de transition. On fera tout chez les élus et les forestières en particulier pour étirer l’application des recommandations de la Commission le plus longtemps possible. Comment? En rognant sur les pourcentages de réduction évoqués ci-haut et les clauses onéreuses pour l’industrie –appelée à assumer le paiement complet des travaux sylvicoles remboursés à ce jour par l’État–. C’est une soupape temporaire que ne favorise pas directement, mais indirectement, la Commission Coulombe. Lisons en effet la recommandation 6.11:
“Que le Ministère adopte une stratégie de transition pour le réaménagement de
l’enveloppe de base en fonction des priorités suivantes :
· L’acquisition de connaissances (chapitre 3);
· Un programme de voirie forestière (section 4.12);
· La réhabilitation de la forêt feuillue (section 6.6);
· Des projets de sylviculture intensive (section 6.7);
· Des projets de forêt habitée (section 6.8);
· Un programme de soutien aux intervenants du milieu forestier” (section 7.1).
Pour compréhension, “l’enveloppe de base” ce sont les 296M$/an alloués par le MRNFP à l’ensemble de la gestion forestière québécoise, y compris les crédits aux forestières sur les droits de coupe, de l’ordre de 63M$/an. On suggère donc au gouvernement d’investir massivement dans ces programmes de production et de protection du milieu forestier :
· en ajoutant à l’enveloppe de base des sommes supplémentaires afin d’assurer le financement de mesures transitoires (soyons raisonnables, disons 30M$);
· en récupérant les 63M$ des crédits sylvicoles liés à la remise en production des aires communes et qu’assumeraient dorénavant les forestières;
· en comptabilisant les 66M$ de contribution annuelle réelle de l’industrie.
Peut-être disposerait-t-on ainsi entre 400 et 450M$ par année sur quatre ou cinq ans pour tout le Québec –ce qui n’est pas « le Klondike », mais un bon début!–. Cela pourrait non seulement résorber les pertes d’emploi, mais susciter des initiatives et des vocations nouvelles dans le vaste éventail des emplois liés à la forêt.
Il serait trop long de détailler par le menu les plus que stimulantes propositions soumises ci-haut. Mais il faut rappeler qu’elles répondent aux voeux le plus souvent oubliés de milliers de mémoires déposés depuis quarante ans à l’occasion de cinq réformes –ou tentatives– de réformes:
· L’exposé sur l’administration et la gestion des terres et forêts du Québec en 1965;
· L’énoncé de la politique forestière du Québec en 1972;
· La nouvelle politique forestière en 1986;
· La Stratégie de protection des forêts en 1994;
· La révision du régime forestier en 2000.
Si les gouvernements successifs ne s’étaient pas entêtés à servir d’abord les intérêts des industriels de la forêt, le virage en vue se négocierait beaucoup plus en douceur. Le principe universel de cause et d’effet s’applique ici inexorablement: à trop s’éloigner des lois régissant les mécanismes naturels et ceux d’une saine économie, on s’expose tôt ou tard à l’explosion, à la crise, inévitable. Surtout qu’en l’occurrence, la Commission n’a trouvé aucune évidence des effets positifs de la sylviculture pratiquée à ce jour, ce qui a soustrait $2,76 milliards des coffres de l’État depuis 1970 (de 23 à 160M$/an selon les périodes, p.179).
Faut-il continuer sur cette erre d’aller? Au contraire, nous estimons que gouvernements, entreprises et travailleurs doivent foncer résolument vers les solutions proposées, pleines de promesses. Et se dire qu’en définitive, une bonne partie des salaires et profits engrangés à ce jour doivent figurer au titre de trop-perçus excessifs sur le Capital Nature et d’intérêts prélevés prématurément. Il n’est que normal de se serrer la ceinture, comme de se cracher dans les mains pour repartir sur de nouvelles bases, plus saines et plus stimulantes.
En conclusion, deux pistes d’action :
1.On ne saurait trop conseiller la lecture de ce rapport à toute personne préoccupée par l’avenir de notre forêt. Elle le parcourra avec intérêt et grand plaisir, parce qu’au fond, il répond enfin honnêtement à des questions maintes fois esquivées ou niées par nos gouvernements successifs sur l’avenir de notre forêt. Avenir jusqu’à présent lourdement hypothéqué par une gestion forestière qui la mène....pas très loin d’une friche peu commercialisable!
2. Que l’État n’hésite pas à enfin accorder aux régions et aux régionaux les outils qui leur manquent pour se « revirer de bord », comme le réclame d’ailleurs la CRÉ :
· des argents frais de reconversion tangible du territoire forestier et de ses ressources, surtout pour les deuxième et troisième transformations, mais aussi
· plus d’espace forestier libéré des CAAF, afin de réaliser ces projets, en particulier ceux de la forêt habitée, de la sylviculture intensive, de la recherche et du soutien aux intervenants du milieu forestier.
Le rapport de forces est engagé, les négociations en cours : exigeons que l’État n’évacue pas ses régions une sixième fois en quarante ans, au profit des « Corporations », qu’on ne sent vraiment pas disposées à dépasser un statut quo qui les avantage...