J’ai perdu ma collègue Françoise, elle est partie pour une retraite bien méritée. Ces derniers mots furent : Pauvre-toi, t’es pas sortie du bois ! Ça m’a laissée perplexe…
Comment une enseignante, encore passionnée, pouvait-elle me laisser sur ces mots? Le tout vient peut-être du fait qu’elle aimait encore enseigner et que moi je me demande « quand je peux enseigner»? Sa tâche consistait à enseigner, encadrer et récupérer, à l’occasion elle faisait des activités spéciales et soulignait parfois les fêtes avec une activité à caractère pédagogique.
Les élèves appréciaient grandement ces quelques entorses du quotidien. Étrangement, en période de négociations, mon principal moyen de pression c’est de menacer de me limiter à seulement enseigner…et on s’insurge face à cela!
Je me questionne donc sur mon rôle, mes implications et les attentes de la société actuelle. Voici quelques-unes des tâches qui m’ont été imposées graduellement depuis dix ans : ramasser de l’argent, souligner les fêtes avec beaucoup d’emphase (Halloween, Noël…), les causes humanitaires, la correspondance des divers milieux (gouvernement, municipalité, santé…) sans compter les nombreux visiteurs qui nous arrivent à l’improviste ! Je pense à l’hygiéniste dentaire ou à l’infirmière pour la campagne de vaccination. La classe est maintenant porte ouverte et tous peuvent s’y engouffrer bousculant au passage les savoirs lire, écrire et compter.
L’an dernier, nous avons fait une journée complète d’activités culturelles avec les élèves, l’opinion publique s’en est offusquée. Cette année, on n’avait pas le cœur à la fête le 31 octobre, l’opinion publique s’en est encore offusquée. On en est à se demander où l’on se situe et ce que notre société veut bien faire de notre rôle qui rappelons-le, est principalement : d’enseigner, d’encadrer et de récupérer.
On est fortement incité à multiplier les projets médiatiques de toutes sortes afin d’attirer la clientèle. Le journal local est devenu un pamphlet publicitaire où les professeurs sollicités à outrance deviennent comme la publicité l’exige« gonflables » par la force des choses, ne savent plus quoi inventer pour s’y retrouver en évidence.
Dernière innovation du ministère, transformer les enfants en entrepreneurs, par l’entremise du concours « Entrepreneurship », afin qu’ils puissent gagner de l’argent qui sert trop souvent à acheter du matériel scolaire. Me voilà du même coup promue au rang de gestionnaire de micros entreprises.
Depuis la fin de la convention collective , les enseignants et les enseignantes essaient de mettre en lumière les besoins des élèves. Les manques de ressources, l’intégration, le ratio de plus en plus élevé. Mais qu’est-ce que la société québécoise retient de toute cette agitation? Un soi-disant 31 octobre où les enfants ont été brimés dans le port de leur costume ou bien le rôle réel de l’école : enseigner, éduquer, récupérer ? Sommes-nous relégués au rang d’animateur?
Il est déjà assez difficile de conjuguer nos différents rôles.
J’en suis au milieu de ma carrière et je réalise à quel point les temps ont changé. Malgré la belle évolution de l’école, avons-nous réussi à garder la vraie place de celle-ci ? C’est à se demander si certaines instances ne sont pas en train de nourrir la polémique actuelle afin de dévier le vrai débat du devenir de l’école québécoise.
Je réalise que les pendules ont besoin d’être remises à l’heure. Réagissons!
Le débat actuel va bien au-delà des apparences. La mascarade a assez duré. Enlevons nos masques!